Marine Marchande
CMA CGM : La direction tente de désamorcer le conflit au Havre

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CMA CGM : La direction tente de désamorcer le conflit au Havre

Marine Marchande

Au Havre, l'ensemble des syndicats de CMA CGM ont appelé à la grève les personnels sédentaires et navigants (officiers et marins) à compter de ce jeudi (l'appel a été finalement levé jeudi soir suite à des négociations avec la direction. Plus d'informations dans notre édition de vendredi). Cette décision fait suite aux annonces d'hier en comité d'établissement. Le management de CMA CGM a annoncé son intention de délocaliser la fonction de Direction de l'armement du Havre à Marseille et de supprimer le poste de Capitaine d'armement. Pour les syndicats, ces mesures entraineront « de facto, à brève échéance la disparition de l'armement sous pavillon français et du personnel de CMA Ships (entité du groupe chargée de l'armement des navires, ndlr) sur le site du Havre. Ne nous y trompons pas, le seul but avoué de cette opération est de lapider dans un premier temps tous les accords sociaux ».
Y-a-t-il réellement une menace ? A Marseille, au siège de la compagnie, on affirme que non et on ne cache pas son étonnement face à ce mouvement. « Il n'y a aucun licenciement mais un déplacement de la fonction de Directeur d'armement et une redistribution des taches du Capitaine d'armement dans le cadre de la réorganisation de la compagnie. Et on entend parler de mort de l'armement français ? C'est totalement disproportionné », a expliqué à la rédaction de Mer et Marine Jean-Marc Lacave, Directeur général de CMA CGM.

Réorganisation du groupe

En quelques années, CMA CGM a connu une évolution très importante, exploitant aujourd'hui une flotte de 350 navires, dont 91 en propriété. Cette croissance va se poursuivre, 51 autres porte-conteneurs devant encore être livrés, dans les toutes prochaines années, par les chantiers asiatiques. Afin de mieux gérer cette flotte sans cesse plus grosse, CMA CGM a adopté une nouvelle organisation, reposant sur deux composantes : une pour la flotte et l'autre pour les équipages, l'ensemble étant piloté par CMA Ships. Concernant l'Armement, une structure est en charge du volet ressources humaines, depuis le recrutement des personnels jusqu'à leur fin de carrière, en passant par l'affectation sur les navires, les formations, l'évolution professionnelle... Les équipages sont, ainsi, fournis aux superintendants. Intégrés à la structure dédiée à la flotte, ceux-ci, en charge de la gestion opérationnelle et de l'efficacité des navires et des équipages, ont chacun la responsabilité de trois bateaux.

Un départ en retraite et des fonctions redistribuées

Jusqu'ici, les navires sous pavillon français de CMA CGM, soit une vingtaine d'unités, étaient gérées suivant un fonctionnement historique, hérité de l'ex- Compagnie Générale Maritime, rachetée en 1996 par le groupe de Jacques Saadé, et de Delmas, compagnie havraise absorbée en 2006. C'est dans ce cadre qu'existaient encore le Directeur et le Capitaine d'armement, fonctions maintenues par un accord signé en septembre 2007 avec les syndicats. C'est précisément de « non respect » de cet accord que les organisations dénoncent aujourd'hui. Pour l'Ugict CGT Officiers, l' « offensive » de la direction « consiste en finalité à intégrer le personnel navigant français dans le moule de la flotte étrangère ». Le syndicat redoute aussi que la remise à plat du protocole de 2007 ne soit le début « d'un processus de remise en cause de tous les accords ».
Avec actuellement 2500 navigants, dont 600 Français, et plusieurs dizaines de navires à entrer prochainement en service, CMA CGM souhaite homogénéiser son système en adoptant, pour toutes ses composantes, la réorganisation que nous avons évoqué plus haut. Dans cette perspective, la compagnie profite du départ en retraite de l'actuel Directeur d'armement, basé au Havre, pour nommer son successeur à Marseille, où se situe le siège du groupe. Dans le même temps, les fonctions remplies par le Capitaine d'armement seront redistribuées aux superintendants, une autre mission au sein de la compagnie étant proposé à l'actuel titulaire du poste.

« Nous n'avons pas intérêt aux dissensions internes »

Pour Jean-Marc Lacave, cette évolution est d'une logique évidente et présente même des avantages pour les personnels. « Le Directeur d'armement sera rapproché de l'état-major du groupe, à Marseille, là où les décisions se prennent. Qu'il s'agisse de recrutement ou de questions statutaires, nous renforçons ainsi, par la proximité, l'importance de la Direction de l'armement. C'est dans l'intérêt des personnels ». Le Directeur général de CMA CGM, qui connaît bien Le Havre pour avoir été le DG du port autonome normand de 2000 à 2008, va rencontrer les syndicats, notamment lors du CCE programmé demain, afin de « dissiper les craintes et donner les assurances nécessaires ». Selon lui, le groupe reste très attaché au Havre (où CMA CGM emploie 900 personnes avec ses filiales) et à ses officiers français. « Pour nous les officiers français sont de bons officiers, notamment grâce à la polyvalence, à laquelle nous tenons. C'est valable en mer mais aussi à terre. S'il n'y a plus de Directeur d'Armement au Havre, où la moitié de nos navires sous pavillon français escale, il faut que les marins trouvent quelqu'un qui relaye leurs questions et leurs soucis. Nous en avons conscience et nous allons faire des propositions aux syndicats ». Jean-Marc Lacave souhaite donc désamorcer ce conflit. « On ne renie pas la nécessité des fonctions en question mais nous les redistribuons, sans conséquence pour l'emploi, afin d'améliorer la performance de l'organisation. Il faut dialoguer et j'espère qu'on reviendra à la raison avant demain. Dans le contexte difficile que nous connaissons aujourd'hui avec la crise, nous continuons à investir mais nous n'avons pas intérêt aux dissensions internes. Tout le monde doit être sur le pont pour passer au mieux cette période ».

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