Marine Marchande
CMA CGM mise toujours sur le gigantisme

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CMA CGM mise toujours sur le gigantisme

Marine Marchande

Le groupe maritime français se prépare à réorganiser significativement sa flotte, en commençant par ses services entre l'Asie et l'Europe. Ces lignes vont voir arriver, cet été, quatre nouveaux porte-conteneurs géants de 13.800 EVP (Equivalent Vingt Pieds, taille standard du conteneur), en cours d'achèvement dans les chantiers sud-coréens. Avec le CMA CGM Christophe Colomb, livré en novembre 2009, ces navires vont être affecté au FAL (French Asia Line) 5. Ce nouveau service, qui débutera ce mois-ci ses rotations, est exploité conjointement avec l'armement danois Maersk Line, qui va y affecter 5 unités de plus de 13.000 EVP. « Ce n'était pas une bonne solution de mélanger les grands navires avec des porte-conteneurs de plus petite taille. Maersk avait de nouveaux bateaux compatibles avec les nôtres et cette alliance, qui nous permet de disposer d'une flotte homogène, représente la formule la plus efficace en termes de capacités et d'exploitation », explique Nicolas Sartini, directeur des lignes Asie - Europe chez CMA CGM. Avec ses 10 géants, le FAL 5 effectuera sa rotation en 70 jours, contre 56 il y a quelques années. Ce rallongement de la traversée, compensé par un nombre de navires plus important pour conserver la cadence (il y en avait plutôt 8 auparavant sur ce type de service), est consécutif au ralentissement de la vitesse.

Le CMA CGM Christophe Colomb (© : CMA CGM - THIERRY DOSOGNE)
Le CMA CGM Christophe Colomb (© : CMA CGM - THIERRY DOSOGNE)

Des gains de l'ordre de 30%

Désormais, les porte-conteneurs sont exploités à allure économique, c'est-à-dire entre 15 et 18 noeuds, voire même à vitesse super économique (12 à 15 noeuds) sur certaines parties du voyage. Cette mesure vise, essentiellement, à réduire les coûts en carburant. L'augmentation de la taille et du nombre de navires permet, en outre, d'accroître de 10% la capacité du service et, par conséquent, d'améliorer sa rentabilité. Par rapport aux services exploités il y a quelques années en 56 jours avec des porte-conteneurs de 8500 EVP, les gains seraient substantiels, étant de l'ordre de 30%. On notera que l'adoption des vitesses économiques, qui entrainent une baisse des rejets de gaz à effet de serre, permet en outre à CMA CGM de se positionner comme une compagnie respectueuse de l'environnement. Car, si, initialement, c'est l'explosion du prix du baril de pétrole puis la crise qui ont incité les armateurs à réduire les vitesses, les compagnies mettent aujourd'hui en avant les conséquences positives de ces mesures pour l'avenir de la planète. D'autant qu'apparemment, et c'est sans doute une bonne nouvelle, l'emprunte environnementale commence à peser, au point que les services se voient désormais classés en « Clean Loops » et « Dirty Loops », une notion qui n'existait pas auparavant. « Certains de nos clients sont de plus en plus soucieux de l'environnement et le fait de disposer de navires plus respectueux sera un atout », confirme Nicolas Sartini.

Le CMA CGM Christophe Colomb (© : CMA CGM - THIERRY DOSOGNE)
Le CMA CGM Christophe Colomb (© : CMA CGM - THIERRY DOSOGNE)

Plus de 10.000 EVP : « le meilleur outil »

Avec les lignes Transpacifiques, les services Asie-Europe représentent un des deux des plus importants marchés mondiaux du conteneur. L'an dernier, malgré la crise, 11.5 millions d'EVP ont été transportés entre l'Asie et l'Europe, dont les deux tiers vers l'Europe du Nord ; alors que 5.5 millions d'EVP faisaient le trajet inverse. Dans le contexte économique actuel et compte tenu de l'évolution des flux, on estime chez CMA CGM que les porte-conteneurs géants sont plus que jamais nécessaires. « Avec ces grands navires, les économies sont significatives et la vitesse économique permet de disposer d'une marge de manoeuvre assurant une fiabilité de premier plan. La réserve de vitesse dont nous disposons permet, en effet, d'être à heure fixe dans les ports. Sur le long terme, nous pensons que les services exploitant de petits navires, comme des 4000 EVP, ne sont pas viables entre l'Asie et l'Europe. Quand le marché se sera définitivement redressé, les unités de plus de 10.000 EVP seront la norme. Pour rester dans la course, il faudra disposer du meilleur outil. Et le meilleur outil, ce sont les navires de plus de 10.000 EVP ». Dans cette perspective, le groupe français attend l'entrée en flotte de ses nouveaux géants. Sisterships du Christophe Colomb, les Amerigo Vespucci, Corte Real, Lapérouse et Magellan seront livrés entre la fin juillet et le mois de septembre. Comme la tête de série, deux d'entre eux (les Vespucci et Lapérouse) seront immatriculés au Registre International Français, les autres battant pavillon britannique. Trois autres unités de 13.800 EVP viendront compléter cette flotte. Dans le même temps, 4 navires de 11.400 EVP entreront en service cette année, complétant les 7 bateaux de ce type déjà en service sur les lignes FAL.

Arrivée de nouveaux portiques au Havre en mai  (© : FABIEN MONTREUIL)
Arrivée de nouveaux portiques au Havre en mai (© : FABIEN MONTREUIL)

10 portiques bientôt disponibles au Havre

Parallèlement, les infrastructures portuaires doivent être prêtes à accueillir ces mastodontes, dont l'efficience serait toute relative si les installations à terre n'étaient pas adaptées. En Asie, les grands ports à conteneurs, modernes, sont déjà capables de traiter de tels navires. S'il en est de même, en Europe, dans des ports comme Rotterdam, il a fallu mettre à niveau les infrastructures de Port 2000. Le Havre sera, en effet, le premier port européen desservi par le FAL 5 dans le sens Est - Ouest. Le Terminal de France, qui accueillera les gros porte-conteneurs de CMA CGM et Maersk, sera donc en position stratégique. Dans cette perspective, d'importants investissements ont été lancés par la GMP (filiale de CMA CGM et DP World), qui exploite le Terminal de France depuis le printemps 2006. Ainsi, quatre nouveaux portiques, du type « super post panamax », sont récemment arrivés au Havre. Ils équiperont le nouveau poste 5, construit dans le cadre de l'extension de Port 2000 et dont la mise en service est prévue ce mois-ci. Long de 350 mètres, le poste 5 est construit à l'Est de Port 2000, dans le prolongement des postes 3 et 4, opérationnels depuis 2006 et dont la longueur cumulée atteint 700 mètres. Sur une longueur de quai de 1050 mètres, le Terminal de France va compter, dès cet été, 10 portiques super post panamax et 3 portiques ferroviaires, à même d'absorber les nouveaux flux engendrés par l'entrée en service du FAL 5.
Outre la place havraise, ont notera que la nouvelle ligne sera également un évènement pour le port allemand de Hambourg, qui accueillera avec le FAL 5 les plus gros porte-conteneurs de son histoire.

Porte-conteneurs dans le canal de Suez (© : CMA CGM)
Porte-conteneurs dans le canal de Suez (© : CMA CGM)

Réorganisation des services

L'arrivée de ces nouveaux géants va entrainer une réorganisation de la flotte de CMA CGM, non seulement entre l'Asie et l'Europe, mais aussi, par ricochet, sur d'autres régions couvertes par les lignes de l'armateur français. Début juillet, alors que le FAL 5 sera opérationnel, CMA CGM va réduire la voilure sur le FAL 2. Actuellement exploité à 50/50 avec China Shipping, ce service aligne 8 navires de 9500 EVP (dont 4 de CMA CGM). Cet été, il disposera d'un porte-conteneurs supplémentaire mais CMA CGM n'y comptera plus qu'une seule unité. Le FAL 1, doté aujourd'hui de 10 navires de 11.400 et 9500 EVP, va être homogénéisé avec des 11.400 EVP. Il en sera de même pour le FAL 3, qui va perdre ses navires de 8200/8500 EVP pour se concentrer sur les bateaux de 9500 EVP, en intégrant ceux provenant du FAL 2. Les anciens 8200/8500 EVP du FAL 3 vont, dans le même temps, être progressivement transférés sur les services Asie - Méditerranée, qui arment actuellement des porte-conteneurs de 5700 et 6500 EVP. Ces derniers passeront, alors, sur les lignes Transpacifique. « Asie - Europe, Asie - Méditerranée, Asie - Moyen-Orient et à l'avenir Asie - Amérique du sud et Inde - Europe... Nous pouvons redistribuer notre tonnage en fonction de l'évolution des marchés avec un outil pertinent », précise Nicolas Sartini.

Le CMA CGM Christophe Colomb (© : CMA CGM - THIERRY DOSOGNE)
Le CMA CGM Christophe Colomb (© : CMA CGM - THIERRY DOSOGNE)

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