Marine Marchande
CMA CGM : Restructurations et plan d'économie à l'horizon

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CMA CGM : Restructurations et plan d'économie à l'horizon

Marine Marchande

Après une année 2009 catastrophique et une année 2010 où le groupe a dégagé des bénéfices record, c'est le retour à l'austérité chez CMA CGM, numéro 3 mondial du transport maritime conteneurisé. Comme les autres compagnies du secteur, l'armement français est touché de plein fouet par l'effondrement des taux de fret et la surcapacité de la flotte mondiale, consécutive à l'effet cumulé d'un ralentissement de l'économie internationale et la mise en service de nombreux navires, dont les livraisons avaient été reportées durant la crise de 2008/2009. Pour CMA CGM, la situation est d'autant plus délicate que c'est son principal marché, constitué des liaisons Asie-Europe, qui est au coeur de la tourmente actuellement, en raison du contexte financier sur le Vieux continent et de la baisse des échanges. Après avoir résisté au premier semestre, CMA CGM aurait replongé dans le rouge à partir de l'été. Aucun chiffre n'est donné mais les pertes sont sans doute de retour, à l'image de ce qui se produit chez ses concurrents. Ainsi, Maersk Line, numéro 1 mondial du secteur, a enregistré 297 millions de dollars de pertes au troisième trimestre (contre un 1 milliard de dollars de bénéfices à la même période en 2010). Mais la compagnie danoise peut s'appuyer sur un groupe très puissant et diversifié, qui est parvenu, dans la globalité de ses activités, à dégager 371 millions de dollars de bénéfices au troisième trimestre. CMA CGM ne peut, pour sa part, compter que sur ses propres forces dans le conteneur.

Des cessions et un plan d'économie de 400 millions de dollars

Pour le moment, CMA CGM assure que sa trésorerie est positive. Mais l'armement, qui reste limité dans ses capacités d'action par sa lourde dette, pourrait voir ses réserves fondre comme neige au soleil si la crise du transport maritime perdure. Or, aucune amélioration du marché n'est prévue à court terme, de nombreux spécialistes prédisant même que 2012 sera une année catastrophique pour le secteur. Le groupe va donc lancer une nouvelle vague de restructurations et d'économies pour faire face à cette nouvelle période de turbulences. Dans les colonnes du Marin, Rodolphe Saadé, annonce notamment un vaste plan de réduction des coûts : « Il prévoit 400 millions de dollars d'économies en 2012 », précise le directeur général de CMA CGM. L'armement va poursuivre la rationalisation de ses services, la fermeture de lignes n'étant pas exclue, et compte céder des navires (seul un quart de la flotte est la propriété du groupe) pour accentuer la part de l'affrètement, qui sert de variable d'ajustement en termes de capacités. Le groupe compte également se restructurer et vendre certains actifs : « Deux ont déjà été réalisés : 50% de notre terminal de Malte et la Compagnie du Ponant à la maison-mère de CMA CGM, Merit », explique Rodolphe Saadé.

Rodolphe Saadé (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)
Rodolphe Saadé (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Des menaces pour l'emploi ?

On ne sait pas encore exactement comment va se traduire socialement le grand plan d'économie de CMA CGM. Mais les réductions de coûts vont toucher « toutes les filiales », annonce le directeur général du groupe. Restructurations, rationalisations des services, cessions, fermetures éventuelles, réductions d'effectifs dans certains services... De nombreuses questions demeurent au sein du personnel. Il conviendra notamment de voir dans quelle mesure les économies vont toucher les activités françaises du groupe, qui emploie plus de 4000 personnes dans l'Hexagone (pour un effectif total de 17.000 personnes à travers le monde), notamment à Marseille et au Havre.

Contraint de laisser Maersk et MSC prendre le large

Côté flotte, l'heure n'est plus aux investissements. Non que CMA CGM n'aimerait pas commander de nouveaux navires afin de préparer la sortie de crise, mais le groupe ne le peut en raison de sa situation financière. Il doit donc se contenter , pour le moment, du reste de son gigantesque plan de constructions neuves lancé avant la crise de 2008. Ces porte-conteneurs sont financés mais ils sont très peu nombreux. Ainsi, cet été, pour 403 navires en flotte (soit une capacité de 1.35 million d'EVP), on ne comptait plus que 15 navires en commande (pour 146.000 EVP). Dans ce contexte, CMA CGM n'a d'autre choix que de laisser l'écart se creuser avec les deux leaders du marché. A la même période, Maersk Line alignait en effet 644 navires (dont 216 en propriété), pour une capacité de plus de 2.473 millions d'EVP, et en avait encore 53 en commande (dont 20 Triple E de 18.000 EVP chacun) pour 544.600 EVP supplémentaires, soit 22% de la capacité actuelle. Quant au Suisse MSC, qui a lui aussi massivement investi dans les gros porte-conteneurs pour améliorer la rentabilité de son outil naval, il comptait à la fin de l'été 471 navires (2.027 millions d'EVP) auxquels s'ajoutaient 43 unités en commandes (458.200 EVP).

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