Marine Marchande
CMA CGM veut lutter contre le trafic d'espèces protégées

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CMA CGM veut lutter contre le trafic d'espèces protégées

Marine Marchande

En tant qu’armateur, prévenir le trafic d’espèces protégées n’est pas une chose aisée dans le complexe réseau du transport conteneurisé mondial. Comment savoir ce qu’il y a dans une boîte, alors qu’elle arrive scellée par le chargeur à bord des navires ?

C’est le problème auquel a fait face la compagnie CMA CGM quand une ONG américaine lui a signalé, il y a environ deux mois, qu’elle était potentiellement « complice » du trafic de bois de rose, une espèce protégée par la convention CITES, au départ de la Gambie. « Dès que nous avons été alertés par cette ONG, nous avons diligenté une enquête interne », rapporte Guilhem Isaac Georges, directeur RSE du groupe, interrogé par Mer et Marine sur ce sujet. Les juristes de l’armement se heurtent, comme cela était prévisible, à un obstacle de taille : le cadre légal en vigueur en Gambie ne permet pas de savoir précisément ce qui est chargé dans les conteneurs. La déclaration de douane précise simplement qu’il s’agit de bois non transformé (« unprocessed wood »). Du bois de rose, dont la commercialisation est restreinte et soumise à un permis spécifique, peut donc aisément se retrouver au milieu d’un autre type de bois sans que personne ne puisse effectivement le contrôler à bord.

« Partant de ce constat, nous avons décidé d’agir énergiquement avec les moyens dont nous disposions. Et cela a commencé par un moratoire immédiat sur toutes les exportations de bois au départ de la Gambie ». CMA CGM avait déjà dû traiter un sujet similaire il y a une dizaine d’années au départ de Madagascar, également avec du bois de rose. « Aujourd’hui, nous avons décidé de rendre cette affaire publique, parce qu’il est important que nous puissions tous coopérer pour lutter contre ces trafics ».

Ensuite, CMA CGM a décidé de modifier le rapport juridique entre elle-même et les chargeurs. « Nous ne pouvons pas faire de discrimination de marchandises au booking. Donc, ce que nous avons décidé de faire, c’est de désormais demander au chargeur d’attester que sa marchandise ne figure pas sur la liste de la CITES ». Une manière de transférer la responsabilité juridique sur le chargeur.

Pour plus prévenir que guérir, CMA CGM a également décidé d’établir une liste rouge des chargeurs. A partir des données des organismes internationaux, des gouvernements, des douanes ou des ONG, l’idée est d’identifier les chargeurs qui pourraient se révéler problématiques. « A partir de cette base de données, nous allons pouvoir repérer plus facilement les chargeurs avec qui il faut prendre des précautions, demander un audit renforcé du client, vérifier son identité ou encore, comme nous le faisons déjà pour d’autres types de cargaison, demander des photos de la marchandise ».  Une liste noire est également en cours d’élaboration : « avec ceux qui ont déjà été pris la main dans le sac. Pour eux, ce sera une interdiction de prendre en charge leurs marchandises ».

CMA CGM aimerait également un plus grand partage de ces données entre armateurs, « d’une manière qui soit juridiquement compatible, bien sûr. Il y a déjà beaucoup d’initiatives et de bonnes pratiques qui existent, mais cela ne suffit plus. Il faut agir concrètement et le plus largement possible ».

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