Marine Marchande
CMA CGM veut réduire les personnels d’exécution

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CMA CGM veut réduire les personnels d’exécution

Marine Marchande

La direction de CMA Ships, en charge de la gestion des navires de CMA CGM, a présenté aux représentants du personnel un projet au travers duquel elle souhaite réduire significativement, mais sans licenciement, le nombre des personnels d'exécution français embarqués sur ses porte-conteneurs immatriculés au RIF. Pour mémoire, sur les 471 navires exploités aux couleurs de CMA CGM, seuls 23 arborent le pavillon tricolore, permettant d’employer actuellement 463 marins français, soit environ 240 officiers et 220 personnels d’exécution (Pex).

Une évolution à laquelle tout le monde ne pourra prétendre

Pour ces derniers, la direction souhaite donc réduire fortement la voilure, en mettant en avant ce qu'elle appelle « une filière de promotion sociale » visant à faire évoluer les salariés qui le souhaite vers des fonctions d’officiers. Une possibilité qui, bien entendu, ne pourra pas concerner tout le monde. Il semble que ce soit surtout les mécaniciens, électriciens et éventuellement quelques boscos qui seraient susceptibles de prétendre à cette évolution. Sachant qu’un tiers des Pex de CMA CGM a aujourd’hui plus de 50 ans, cette initiative pourrait logiquement intéresser les plus jeunes, si tant est qu’ils puissent et veulent devenir officiers. Sur 220 personnes, seule une quarantaine de profils aurait été pour le moment identifiée. Pour les autres et les non-volontaires, il n’y aura pas de licenciement assure la direction.  

Augmenter le nombre d'officiers

CMA CGM, qui estime que l’ « environnement international extrêmement concurrentiel » justifie de « renforcer et d’améliorer la compétitivité des navires armés sous pavillon RIF », dit envisager en contrepartie de la réduction des Pex une augmention du nombre d’officiers français au sein de la compagnie. Avec comme possibilités logiques d'accroître les effectifs sur les navires au RIF ou d'en armer d'autres sous pavillon tricolore.  

La CFDT veut un maintien du nombre global de marins

Du côté des syndicats, la prudence est de mise. La CFDT fixe par exemple un certain nombre de préalables aux discussions sur le projet, à commencer par le maintien du nombre total de navigants français. Pour elle, « les effectifs actuels tout confondu - marins et officiers - embarqués, représentant 463 navigants, doit être la garantie de l’emploi global minimum pour le futur ». Le syndicat réclame également des garanties sur le fait que les marins qui ne souhaitent ou ne peuvent pas intégrer la filière de promotion sociale puissent « continuer leur carrière à CMA CGM dans toutes les fonctions» .

Concernant les accords sur l’emploi actuellement en vigueur chez CMA CGM, on rappellera que la compagnie est actuellement au mnimum concernant les Pex mais qu’elle va au-delà au niveau des officiers, dont le plancher est fixé à 187, soit plus de 30 en deça des effectifs actuels. 

Vers une fin progressive des Pex ? 

Ce projet laisse en tous cas planer la fin éventuelle, à terme, des personnels d’exécution français sur les porte-conteneurs de CMA CGM. Une perspective que rejettent les syndicats, la CFDT réclamant dans tous les cas le maintien d’un volant minimum de Pex, sans quoi la filière de promotion sociale vantée par l’armement ne serait qu’une étape intermédiaire permettant d’assécher les effectifs pouvant évoluer en attendant que les autres quittent l’entreprise ou atteignent l’âge du départ à la retraite.

Pour l’heure, le projet n’est pas encore très détaillé et balisé dans le temps mais il semble que, s’il voit le jour, le nombre de personnels d’exécution pourrait être inférieur à 100. La prochaine réunion entre la direction de CMA Ships et les représentants du personnel est prévue en avril. 

Comment mettre en oeuvre la « promotion sociale »

Si les intentions de promotion sociale semblent très louables sur le papier, reste aussi à voir comment elles peuvent se concrétiser dans le processus complexe de la formation maritime. L'ENSM propose actuellement des filières, dites B, de formation pour atteindre les différentes prérogatives d'officiers monovalents. Aujourd'hui, le dimensionnement des classes dans les Hydros est adapté au flux et aux effectifs actuels. Si de nombreux candidats devaient arriver en même temps cela poserait sans doute un problème de places. Il ne faut pas non plus oublier que l'accès aux formations d'officiers nécessite des prérequis en termes de certifications STCW et de temps de navigation. Qui ne sont pas les mêmes au pont et à la machine. Bref, un schéma complexe s'annonce en matière de plan de formation pour cette potentielle « filière d'excellence », comme la nomme CMA CGM. 

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