Disp POPIN non abonne!
Construction Navale

Actualité

CMN décroche une commande historique de 30 navires

Construction Navale

C’est le plus important contrat, en nombre de bateaux, de l’histoire des Constructions Mécaniques de Normandie. Un superbe coup double pour le chantier cherbourgeois qui va réaliser des bâtiments militaires et des bateaux de pêche, avec dans les deux cas la vente de nouveaux designs. Ce contrat, signé avec le Mozambique, porte en tout sur 30 unités. Six d’entre elles sont destinées à la marine mozambicaine, les 24 autres étant des chalutiers et des palangriers appelés à renouveler et développer la flottille nationale. Deux types de navires totalement différents dont le cumul, au sein d’une même commande, est rarissime.  CMN, qui travaille en secret sur ce contrat majeur depuis des mois, peut donc être légitimement fier d’avoir décroché un tel contrat. Pour cela, il a fallu convaincre de la validité technique et de l’efficience opérationnelle des bateaux, un challenge d’autant plus important pour le groupe que les designs retenus n’existent pas encore. L’industriel a, néanmoins, pu s’appuyer sur son savoir-faire historique (350 navires civils et militaires construits), sa grande expérience à l’export et la qualité de ses bureaux d’études.

 

 

Chalutier du type CMN 23.5 vendu au Mozambique (© CMN)

Chalutier du type CMN 23.5 vendu au Mozambique (© CMN)

 

 

Cherbourg se remet en selle  

 

 

Ceux-ci ont mené, ces dernières années, un travail considérable pour développer de nouveaux modèles répondant aux plus près aux exigences du marché, avec un souci d’amélioration de l’efficacité, de la sécurité et du confort des plateformes, ainsi que de réduction des coûts d’exploitation et de maintenance. Un investissement qui a enfin payé. Il en va de même pour la stratégie axée sur l’innovation et de la différenciation, le chantier cherbourgeois n’hésitant pas à proposer des designs particulièrement originaux. Des bateaux parfois raillés dans le milieu, d'aucun n’y voyant que des « concept ships » bons pour la communication mais invendables. Tel avait été le cas, notamment, pour le trimaran Ocean Eagle, présenté en début d’année par CMN. Un bateau aux lignes étonnantes qui avait provoqué ici et là des sourires mais qui est aujourd’hui vendu, contrairement à des designs simples et classiques, pourtant présentés par d’autres industriels comme la grande solution que tout le monde devait s’arracher. Ces bateaux, qui ont leurs qualités, trouveront probablement preneur. Mais pour l’instant, ce n’est pas le cas, contrairement à ceux imaginés à la pointe du Cotentin.

 

 

Intercepteur du type HSI 32 vendu au Mozambique (© CMN)

Intercepteur du type HSI 32 vendu au Mozambique (© CMN)

 

 

Renforcement sur le militaire et grand retour à la pêche

 

 

Pour CMN, ce superbe contrat constitue donc, on l’imagine, une forme de revanche. Celle d’un chantier considéré par beaucoup comme moribond et qui, d’un coup, se remet en selle en donnant au passage une belle leçon technique et commerciale. Elle permet notamment au constructeur de se repositionner sur le marché des patrouilleurs en complétant, avec une unité de 32 mètres, une gamme qui était jusqu’ici concentrée sur de petits intercepteurs et des patrouilleurs hauturiers. Un chaînon manquant qui comble un vide par rapport à la concurrence, y compris française, comme Ocea et Kership (nouvelle filiale de DCNS et Piriou). Et puis, bien sûr, CMN signe avec le Mozambique, à la surprise générale, son grand retour à la pêche. Cela, 26 ans après avoir livré son dernier chalutier, construit en 1987. Une situation amusante, d’ailleurs, puisqu’elle pourrait presque passer une « réponse du berger à la bergère », en l’occurrence la contre-attaque de CMN face à Piriou qui, après être monté récemment sur les plates-bandes militaires des Cherbourgeois, se retrouve maintenant avec un nouveau concurrent sur son terrain historique de la pêche…  

 

 

Palangrier développé sur la base du design CMN 23.5 (© CMN)

Palangrier développé sur la base du design CMN 23.5 (© CMN)

 

 

Deux ans de charge pour un chantier qui en a bien besoin

 

 

La commande du Mozambique arrive en tous cas à point nommé car la situation CMN était il est vrai devenue très difficile. Un carnet de commandes réduit à peau de chagrin et des ateliers presque vides, avec par conséquent des mesures de chômage partiel… sans ces 30 navires, l’entreprise et ses 420 salariés n’auraient pas pu continuer longtemps ainsi. Aujourd’hui, ils ont deux bonnes années de travail devant eux. Une visibilité somme toute relativement courte, qui impose d’ores et déjà de regarder vers de nouveaux contrats pour assurer la suite. A ce titre, CMN est en discussion avec différents prospects à l’étranger, et concoure notamment, en partenariat avec le chantier STX de Lorient, à l’appel d’offres pour la construction de trois bâtiments multi-missions (B2M) destinés à la marine française (la commande est attendue cet automne).  Le chantier cherbourgeois compte aussi sur le soutien du gouvernement - dont pas moins de trois ministres (Bernard Cazeneuve, Arnaud Montebourg et Nicole Bricq) se sont rendus hier à la pointe du Cotentin - pour célébrer la bonne nouvelle, afin d’appuyer son offre auprès de la Libye, qui souhaite acquérir quatre à six nouveaux patrouilleurs. Un contrat sur lequel CMN compte beaucoup mais où l’entreprise est en compétition avec plusieurs industriels, dont le Français Raidco Marine.

 

 

Patrouilleur du type Ocean Eagle 43 (© CMN)

Patrouilleur du type Ocean Eagle 43 (© CMN)

 

 

Premier succès pour le trimaran Ocean Eagle

 

 

Mais revenons plus en détail sur les différents types de navires concernés par le contrat signé avec le Mozambique. Tout d’abord, trois trimarans de 43 mètres de la gamme Ocean Eagle, un design innovant dévoilé en février dernier par CMN. Compact, ce bâtiment doté d’une coque en matériaux composites est conçu pour la surveillance maritime. Il peut aussi bien mener des actions de protection de zones littorales ou d’infrastructures offshores qu’assurer des missions de guerre électronique ou de renseignement. A ce titre, il peut mettre en œuvre un drone aérien de la classe 300 kg, comme le Camcopter S-100 de la société autrichienne Schiebel, qui travaille en partenariat avec CMN.  

Capable d’atteindre 30 nœuds, l’Ocean Eagle 43 présente une autonomie de 3000 milles à 20 nœuds et peut franchir plus de 1000 milles à pleine vitesse. Son équipage ne comprend que 7 marins, le bâtiment ayant des logements pour 8 passagers, par exemple des commandos. Les forces spéciales peuvent, notamment, utiliser l’embarcation semi-rigide de 7 mètres lancée à l’arrière de la coque centrale.  

 

 

Patrouilleur du type Ocean Eagle 43 (© CMN)

Patrouilleur du type Ocean Eagle 43 (© CMN)

 

 

Dans sa version présentée en début d’année (Ocean Eagle 40), la plateforme est très bien pourvue en électronique, avec d’importants moyens de détection et de surveillance (radar de navigation et de surveillance, système électro-optique, guerre électronique avec fonction C-ESM pour l’interception de communications…) A cela s’ajoute une liaison de données par satellite permettant l’envoi d’images, de vidéos et données tactiques. L’ensemble est interfacé au système de combat et au système de navigation intégré.

Côté armement, ce trimaran peut embarquer un canon de 20 à 30 mm au dessus de la passerelle et deux mitrailleuses de 12.7mm à l’arrière. L’ensemble offre un champ de battage de 360°. On notera que le modèle retenu par le Mozambique semble être équipé du Narwhal, le nouveau canon de 20mm télé-opéré du groupe français Nexter.

 

 

Intercepteur du type HSI 32 vendu au Mozambique (© CMN)

Intercepteur du type HSI 32 vendu au Mozambique (© CMN)

 

 

Un nouveau type d’intercepteur de 32 mètres

 

 

Le Mozambique a, également, décidé d’acquérir trois intercepteurs rapides du type HSI 32. Un nouveau design que l’on découvre à cette occasion. Ces unités de 32 mètres sont conçues pour atteindre la vitesse de 45 nœuds et effectuer des patrouilles allant jusqu’à 3 jours. En plus de toutes missions dévolues à un patrouilleur traditionnel, le HSI 32 est taillé pour l’interception des menaces nécessitant une grande célérité, comme les attaques terroristes ou la lutte contre les trafics illicites et la piraterie. Dans cette perspective, ces bâtiments, qui offrent à l’équipage une excellente visibilité grâce à leur passerelle panoramique avec vue à 360°, disposent d’importantes capacités de surveillance et de renseignement (radars de navigation et de surveillance, système électro-optique, C-ESM, liaison de données). Comme sur l’Ocean Eagle 43, les équipements sont également intégrés à un système de combat. En matière d’armement, la dotation comprend un canon télé-opéré de 20mm, ainsi que de deux mitrailleuses de 12.7mm, l’artillerie n’offrant aucun angle mort susceptible d’être exploité par un assaillant. Pour l’équipe de visite ou des commandos, un semi-rigide est logé à l’arrière et mis à l’eau au moyen d’une rampe. Pouvant être mis en œuvre par un équipage de 12 marins, le HSI 32 présente une autonomie de 800 milles.

 

 

Intercepteur du type HSI 32 vendu au Mozambique (© CMN)

Intercepteur du type HSI 32 vendu au Mozambique (© CMN)

 

 

Le nécessaire renforcement de la marine mozambicaine

 

 

Grâce à ces six unités, qui devraient être livrées d’ici 2016, le Mozambique va, d’un coup, renforcer considérablement ses moyens navals. Ceux-ci sont, pour l’heure, limités à un vieux patrouilleur de 32 mètres du type Conejera, mis en service en 1981 et désarmé dans la marine espagnole en 2010, avant d’être récemment rénové par Navantia en vue de son transfert au Mozambique. Ce pays arme également 8 vedettes de 7.6 à 9 mètres d’origines sud-africaine et américaine, relativement anciennes. A cela s’ajoutent 10 embarcations semi-rigides de 12 mètres livrées en 2011 par l’Espagnol Neuvisa. Face à la montée en puissance des trafics illicites et bien entendu de la piraterie dans la région, sans compter les éventuelles tensions territoriales, le Mozambique a logiquement décidé de moderniser ses moyens afin de surveiller, contrôler et protéger son espace maritime. Un besoin qui va devenir une nécessité puisque le pays dispose d’importantes réserves de gaz naturel, apparues en 2012 suite à des campagnes d’exploration offshore (bassin de Rovuma). Cet Etat africain, situé face à Madagascar et considéré jusqu’ici comme l’un des plus pauvres du monde, pourrait même devenir, selon certains pontes de l’industrie offshore, le troisième exportateur mondial de Gaz Naturel Liquéfié. L’exploitation de cette richesse va entrainer le développement d’installations en mer. Des sites qu’il conviendra de protéger, ce qui sera le rôle des bâtiments militaires construits à Cherbourg. Ceux-ci seront également en charge de la protection d’une nouvelle flottille de pêche, dont la vocation est de mieux exploiter les ressources halieutiques des eaux mozambicaines.  

 

 

Chalutier du type CMN 23.5 (© CMN)

Chalutier du type CMN 23.5 (© CMN)

 

 

Une nouvelle flottille de chalutiers et de palangriers

 

 

Cette nouvelle flottille, forte de 24 unités, sera composée de chalutiers et de palangriers. D’une longueur de 23.5 mètres, ils adoptent le nouveau design CMN 23.5, dévoilé comme l’Ocean Eagle en février dernier. Présentant une jauge de 195 UMS, ce bateau, armé par un équipage de 8 pêcheurs, présente une autonomie de 10 jours. Conçu comme un navire endurant et économique, il a fait l’objet d’importantes études au niveau de la sécurité, de l’ergonomie au travail, du confort et de l’hygiène des produits pêchés (espaces et chaîne de traitement du poisson optimisés, locaux vie regroupés avec sas d’entrée et situés au même niveau que le pont de travail…)  La forme de la carène a été travaillée pour réduire la résistance à l’avancement et ainsi diminuer la consommation de carburant. En complément d’un équipement complet de navigation et de communication, le CMN 23.5 peut, en outre, être équipé d’un système d’aide à la pêche. Celui-ci permet de reconstituer une image 3D des fonds et des ressources, et d’élaborer une base de données des prises effectuées en fonction des informations du sondeur et de la position géographique du bateau. L’utilisation de ce système doit se traduire par une diminution des coûts en carburant et générer une meilleure gestion des ressources. On notera que ce design peut s’adapter pour un chalutier pélagique comme un chalutier de fond.  

 

 

Chalutier du type CMN 23.5 (© CMN)

Chalutier du type CMN 23.5 (© CMN)

 

Palangrier développé sur la base du CMN 23.5 (© CMN)

Palangrier développé sur la base du CMN 23.5 (© CMN)

 

Palangrier développé sur la base du CMN 23.5 (© CMN)

Palangrier développé sur la base du CMN 23.5 (© CMN)

Constructions Mécaniques de Normandie (CMN)