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CMN : Le point sur l'activité et les projets

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Nouveau chantier, commandes en cours et attendues, diversification sur les énergies marines ou encore les navires d'expédition, coopération avec d'autres acteurs... les Constructions Mécaniques de Normandie, qui se sont faites discrètes ces derniers mois, ne manquent pourtant pas d'actualité ni de projets. L’activité est bien repartie à Cherbourg. L’entreprise attend toutefois l’entrée en vigueur de gros contrats pour prendre sa décision finale concernant l’édification d’un tout nouveau chantier.

Au printemps 2016, CMN et Ports Normands Associés avaient annoncé avoir retenu comme zone d’implantation la darse des Mielles, à proximité du site actuel du constructeur, de son quai d’armement et de son unité de production d’aluminium, mais aussi de l’élévateur à bateaux. Installé sur une zone de 35.000 m², le nouveau chantier doit permettre à CMN de regrouper ses activités et de quitter ses locaux vieillissants pour s’installer dans une infrastructure moderne permettant d’accroître ses capacités et sa productivité. Le coût de l’investissement était évalué en 2015 à 70 millions d’euros.

 

(© PNA)

(© PNA)

 

Pas de décision avant la fin 2018

Deux ans après son annonce, le projet « suit pour l’instant sa vie à feu doux », explique Pierre Balmer, président de CMN. Nous avons besoin de visibilité sur notre plan de charge pour lancer des investissements d’une telle ampleur et nous attendons par conséquent la confirmation et l’entrée en vigueur d’importants contrats. Ce délai tombe d’ailleurs assez bien car PNA a de son côté à mener des actions préalables à la construction du nouveau chantier, compte tenu notamment des nécessités de remblaiement au nord du quai actuel. En attendant, nous continuons à travailler sur l’ingénierie du projet et la diminution de son coût ».

Le contrat le plus important attendu dans l’immédiat est celui des 39 intercepteurs destinés à l’Arabie Saoudite, dont la finalisation est espérée début 2018. 24 de ces bateaux en aluminium de 32 mètres, basés sur le modèle HSI 32 déjà réalisé à six exemplaires par CMN pour le Mozambique, doivent être produits à Cherbourg, ce qui assurera 3 ans de charge au chantier normand. Les autres seront construits en transfert de technologie à Dammam. « Pour mettre en œuvre le projet de nouveau chantier, il nous faut au moins 3 ans de visibilité et des marges de manœuvre financières. La finalisation du contrat des HSI serait donc le déclencheur devant nous permettre, dans les six mois, de boucler le projet sur les plans technique et financier. Si nous signons en début d’année, nous devrions donc prendre la décision finale à partir de la fin 2018 ».

 

Intercepteur du type HSI 32 (© MICHEL FLOCH)

Intercepteur du type HSI 32 (© MICHEL FLOCH)

 

La commande saoudienne n’est évidemment pas la seule sur laquelle mise CMN. Le constructeur attend également l’entrée en vigueur du contrat conclu il y a un an et demi avec l’Angola par sa maison-mère, Privinvest, la holding d'Iskandar Safa. Ce marché porte sur 8 bâtiments, de l’intercepteur au patrouilleur. « Nous toujours optimistes pour commencer rapidement à travailler sur ce contrat ». Dans le même temps, les discussions se poursuivent avec différents prospects sur plusieurs types de navires, y compris des corvettes fortement armées de plus de 70 mètres dans la région du Moyen-Orient. De bonnes nouvelles sont espérées dans ce domaine à partir de la fin d’année prochaine.

 

Combattante FS56 (© CMN)

Combattante FS56 (© CMN)

 

Patrouilleurs, chalands, remorqueurs et refit d'un navire à passagers

En attendant, CMN a attaqué la construction des trois patrouilleurs de 56 mètres du type Combattante FS56 initialement destinés au Liban (ex-projet DONAS) et repris par l’Arabie Saoudite. Leur livraison est prévue à l’horizon 2020. Sur le marché national, Cherbourg produit en sous-traitance du chantier iXblue de La Ciotat les coques en aluminium des 5 chalands multi-missions (CMM) commandés fin 2015 pour la Marine nationale. CMN doit également réaliser 14 des 29 remorqueurs-pousseurs de 12 mètres (coque acier et superstructure en aluminium) du contrat RP10, remporté avec Merré, qui porte l’affaire et assure la conception et la réalisation du prototype, mis à l’eau récemment.

Dans le domaine civil, le chantier cherbourgeois a repris une activité dans le domaine de la réparation navale et des refontes, participant actuellement, au sein d’un groupement d’entreprises, à la rénovation du Victor Hugo, catamaran de 34 mètres propriété du Conseil départemental de la Manche et qui est exploité pour le transport de passagers vers les îles Anglo-normandes.

 

Vue du démonstrateur d'hydrolienne d'1MW  allant être testé à Paimpol (© HYDROQUEST / CMN)

Vue du démonstrateur d'hydrolienne d'1MW  allant être testé à Paimpol (© HYDROQUEST / CMN)

 

Hydroliennes fluviales et océaniques

Dans le domaine des énergies marines, CMN entreprend par ailleurs une belle diversification. Le prototype d’une hydrolienne océanique est en cours de fabrication. Elle doit être terminée l’an prochain en vue d’une installation au large de Paimpol dans le cadre d’une campagne d’essais. Mais c’est dans le domaine des hydroliennes fluviales que les nouvelles sont les meilleures et que cette activité se développe. Quatre premières machines sont en cours de production et un gros contrat se profile. Allié à l’entreprise grenobloise HydroQuest, CMN va produire les machines destinées à une ferme pilote dans la région de Lyon. Acté ce mois-ci et en attente de signature, ce projet de 12 millions d’euros, financé à hauteur de 50% par l’ADEME, doit voir l’installation d’ici 2019 de 39 hydroliennes fluviales HydroQuest River. Immergées dans le Rhône, elles offriront une puissance totale de 2 MW, permettant une production moyenne annuelle d’électricité de 6700 MWh, soit l’équivalent de la consommation annuelle de 2700 habitants. « L’hydrolien décolle bien et nous sommes dans les prévisions avec de premières machines en fabrication et les 39 autres que nous attendons maintenant, plus d’autres projets à l’étude. Cette activité nouvelle intéresse plusieurs métiers chez nous, sur l’acier, la mécanique, la chaudronnerie ou encore l’intégration », précise Pierre Balmer.

 

Bateaux de pêche construits en 2014 pour le Mozambique (© CMN)

Bateaux de pêche construits en 2014 pour le Mozambique (© CMN)

 

La pêche et les navires d'expédition

CMN se positionne aussi sur les navires civils. En 2014, le chantier a conçu et réalisé ses premiers bateaux de pêche depuis 1987. Cinq unités faisant partie d’un contrat global de 24 palangiers et chalutiers commandés par le Mozambique. « Nous sommes toujours actifs sur le secteur de la pêche, en France et à l’export. Nous avons conçu différents modèles en nous positionnant plutôt sur une gamme de bateaux allant de 23/24 mètres à 70 mètres, sachant que nous pouvons si besoin commencer à 16 mètres ».

Dans le domaine des grands yachts de luxe, le constructeur normand a pour ainsi dire lâché l’affaire. Ses dernières réalisations dans ce domaine sont les Slipstream et Cloud 9, deux très belles unités de 60 mètres livrées en 2009. Malgré une tentative de collaboration avec les chantiers allemands de Privinvest, ce marché, « compliqué » comme le reconnait Pierre Balmer, n’a pas eu de suite pour le moment. Toutefois, l’entreprise regarde de très près le développement de certains segments annexes. « On voit actuellement beaucoup de projets de particuliers pour des yachts d’expédition, sur lesquels nous nous positionnons. Même si l’on parle de produits très soignés, il ne s’agit pas de navires avec des niveaux de finition tels qu’on en trouve sur les grands yachts. Ce sont des bateaux techniques et robustes faits pour l’aventure, un segment où l’on peut apporter des solutions intéressantes ».

Des synergies avec les autres chantiers de Privinvest ? 

CMN mise également sur les synergies et coopérations qui peuvent émerger au sein de Privinvest. « Nous faisons partie aujourd’hui d’un groupe international qui dispose d’autres chantiers, notamment en Allemagne et à Abu Dhabi. Cela nous a permis de rompre l’isolement historique qui était le nôtre et, comme l’avait dit Iskandar Safa lorsqu’il avait repris CMN, la pérennité d’une entreprise comme celle-ci passe par ce genre de choses. Pour l’instant, l’intégration au groupe n’a pas plus d’impact que cela mais nous travaillons afin de développer des synergies avec les autres chantiers, en particulier les Allemands. Il peut par exemple s’agir de plateformes destinées à devenir des yachts que nous produirions ici et qui seraient vendues et finies par les Allemands. Mais on peut aussi imaginer une collaboration sur des programmes à l’export, si le plan de charge est suffisant à Cherbourg, avec une partie de la production en Allemagne ».

Sous-traiter chez Kership à Lorient

Dans le même temps, Pierre Balmer « compte bien faire vivre l’accord que nous avons conclu en 2016 avec Kership », lorsque la société commune de Piriou et Naval Group (ex-DCNS) a racheté à STX France le chantier de Lanester, près de Lorient. Cet accord porte sur la possibilité pour CMN de sous-traiter des éléments de coques métalliques ou des coques entières. « Pour le moment, nous sommes bien en termes de charge à Cherbourg mais avec les commandes que nous attendons et dont certaines comprennent des coques métalliques, nous pourrons être en situation de devoir sous-traiter. Dès lors, je compte bien mettre en œuvre l’accord signé l’année dernière avec Kership ».

Entente cordiale avec Naval Group

Longtemps difficiles, les relations avec les chantiers bretons et plus globalement l’ex-DCNS sont donc toujours placées sous le signe du réchauffement. « Que ce soit Naval Group, Kership ou d’autres chantiers français indépendants, nous sommes dans une phase où des coopérations sont faisables. Cela tient d’ailleurs pour beaucoup aux personnes qui sont en place chez les uns et les autres, de leur volonté à travailler ensemble plutôt que de se livrer une guerre stérile et souvent destructrice pour tout le monde. En franco-français, il y a des commandes importantes à venir et nous pouvons répondre en groupement, par exemple sur les futurs patrouilleurs de la Marine nationale. Mais dans certains cas, nous discutons aussi et sommes convenus d’aller ensemble sur des dossiers à l’export ». Naval Group et CMN se sont ainsi alliés sur certaines compétitions internationales avec différents modes de coopération possibles : « Cela dépend de ce que le client veut. Si dans la gamme de CMN il y a ce qu’il faut, ce sera plutôt l’un de nos modèles, sur lequel on peut intégrer un système de combat de Naval Group. Il est aussi possible, sur certains contrats, de répartir la charge entre les chantiers. Tout est ouvert ». Tout, sauf une consolidation des deux entreprises, Cherbourg suivant la logique de groupe de Privinvest, mais en étant du reste très attentif aux discussions entre Naval Group et Fincantieri en vue d'une alliance franco-italienne dans le naval militaire. 

 

Constructions Mécaniques de Normandie (CMN)