Croisières et Voyage
​​​​​​​CMV se lance en France avec un navire dédié et des croisières francophones

Rencontre

​​​​​​​CMV se lance en France avec un navire dédié et des croisières francophones

Croisières et Voyage

La compagnie britannique Cruise & Maritime Voyages annonce ce 14 novembre la création d’une filiale française et le déploiement à l’année d’un de ses navires sur le marché hexagonal. L’Astor, qui va devenir le Jules Verne, sera exploité exclusivement au départ du Havre et de Marseille sur des croisières 100% francophones à compter du printemps 2021. Ce beau petit paquebot de 176 mètres et 289 cabines seulement offrira de nombreux itinéraires exclusifs en Europe du nord, en Méditerranée, en mer Noire, vers les îles Atlantique et même un tour du monde de plus de 120 jours déjà programmé en 2022. Au-delà, si le succès est au rendez-vous, un second navire devrait rejoindre le Jules Verne.

 

Le futur Jules Verne (© CMV)

Le futur Jules Verne (© CMV)

 

A l’origine de ce projet, Clément Mousset et Cédric Rivoire-Perrochat. Ces deux professionnels reconnus de l’industrie française de la croisière, où ils évoluent depuis plus de 20 ans, sont chargés par CMV de piloter sa nouvelle filiale, qui prend le nom de Croisières Maritimes et Voyages et s’installe à Marseille. Objectif : développer le marché francophone en renouant avec les croisières traditionnelles et l’esprit des voyages maritimes sur un petit paquebot. Cela, avec un programme d’itinéraires inédit et sortant souvent des sentiers battus, dans un univers pensé pour une clientèle française en quête d’une alternative aux grands clubs de vacances flottants et aux unités de luxe réservées aux plus riches. Tirant les leçons de la disparition il y a trois ans de Croisières de France, qui a laissé un grand vide sur le marché français, et des attentes d’une clientèle qui ne se retrouve ni dans les compagnies d’expédition ni dans les méga-paquebots qui constituent maintenant l’essentiel de l’offre proposée,  CMV France, qui table sur environ 10.000 passagers par an, entend ouvrir une nouvelle voie et proposer enfin le produit qui manque à une grande partie de la clientèle francophone.

Clément Mousset et Cédric Rivoire-Perrochat, respectivement directeur général et directeur marketing, communication et opérations de Croisières Maritimes et Voyages,  ont réservé à Mer et Marine leur première interview afin de détailler cette nouvelle aventure.

MER ET MARINE : Comment est né le projet CMV France ?

CLEMENT MOUSSET - Autour d’un banal déjeuner, je rencontre Cédric et lui expose l’idée de lancer une « vraie » compagnie francophone, dont le bureau pourrait gérer intégralement le produit. Croisières de France venait de fermer quelques mois auparavant alors que tout le monde s’attendait en France à une réduction de voilure de la compagnie. Le hasard a fait que nous sommes ensuite partis en vacances ensemble à bord du Columbus de CMV, et la compagnie est alors devenue une évidence : un navire britannique offrant un standard fantastique ! Voilà ce dont nous avions besoin. Nous avons été pris très au sérieux par l’armateur, et nous voici aujourd’hui, certains d’un très bel avenir pour cette compagnie.

CEDRIC RIVOIRE-PERROCHAT – Je rejoins Clément sur l’évidence créée par notre expérience à bord du Columbus. Après cette croisière, nous avons travaillé en profondeur et rapidement sur un projet. CMV a une approche très internationale des marchés, sans se contenter d’un regard affirmé sur le marché britannique qui a fait son succès. La compagnie a une vraie expertise sur d’autres pays, l’Allemagne notamment, et la France aussi par le biais de l’un des partenaires clés de la compagnie.

CMV vient de fêter ses dix ans. Quelle est l’histoire de cette compagnie, son positionnement et ses perspectives ?

CM - CMV débute ses opérations il y a 10 ans après le rachat du Marco Polo de la compagnie Orient Lines (alors filiale de NCL). Elle choisit très rapidement d’offrir aux citoyens britanniques une compagnie qui leur ressemble : élégante, qualitative et abordable. Elle imposera son savoir-faire pendant ces 10 dernières années en développant son concept avec l’acquisition de 5 autres navires et en ouvrant les mêmes horizons à la clientèle allemande en rachetant la célèbre marque Transocean. La réussite sur ces deux marchés est telle, que notre volonté de nous rapprocher de CMV n’a été que naturelle puisque c’est ce que nous rêvons de faire en France.

La France qui n’a finalement véritablement découvert la croisière qu’à l’aube des années 2000, à une époque où les nouveaux navires commençaient déjà à atteindre des tailles gigantesques, ce qui s’est encore accentué depuis. Ces grands paquebots ont trouvé une clientèle, mais pour beaucoup de Français, il est difficile de croire que l’atmosphère d’un beau voyage maritime et la convivialité existent sur des navires de 3000 passagers voire plus. Pour les convaincre, il faut ouvrir un marché avec de petits navires, puis se développer étape par étape. C’est le succès des grands marchés comme les USA, l’Allemagne, l’Italie et la Grande-Bretagne.

Notre volonté est ainsi de reprendre la genèse du marché en présentant aujourd’hui à nos clients des croisières dans l’esprit qu’elles étaient à la naissance de cette merveilleuse industrie et dont elles n’auraient – à notre goût – jamais dues dévier.

CRP – Il est intéressant de noter que le positionnement de CMV s’appuie sur des navires de petite et moyenne tailles, aujourd’hui boudés par les grands groupes internationaux à moins que ceux-ci aient des filiales positionnées dans le segment luxe. La compagnie ne souhaite pas entrer dans cette course au gigantisme mais recherche des navires qui vont avec sa philosophie : renouer avec la véritable tradition de la croisière où la place est faite aux destinations, au plaisir de la navigation et aux rencontres. Bien qu’ils soient nécessaires au développement du marché et qu’ils aient un véritable intérêt pour des primo-croisiéristes (notamment les familles), la clientèle de CMV ne se retrouve pas dans ces grands clubs de vacances flottants. Le développement de la compagnie s’est ainsi fait sur des bases solides, saines et raisonnables dans le temps.

Quelle va être la stratégie de CMV France. Dans un univers très concurrentiel, sur quel segment de marché va-t-elle se développer en priorité et sur la base de quel réseau de distribution ? 

CM – Nous allons développer l’ensemble des canaux de distribution, y compris la vente directe car il n’est plus possible de s’en passer aujourd’hui et nous l’assumerons, bien que notre priorité absolue soit le développement des partenariats avec les réseaux de distribution (agences de voyages, tour-opérateurs, groupistes, etc.) qui accepteront de travailler avec nous. Les premiers échos sont plutôt excellents et les premières signatures devraient apparaître dès la semaine prochaine. Je suis très fier et heureux du retour que je peux avoir sur ces premiers contacts. Nous n’avons pas la prétention d’être un géant de l’industrie, mais nous avons des valeurs dans lesquelles nous croyons dans les relations commerciales avec nos futurs partenaires, basées sur la confiance et la réciprocité. Nous ne sommes d’ailleurs pas prêts à tous les sacrifices pour imposer notre compagnie.

CRP – Le segment de marché sur lequel nous nous positionnons est Premium, s’adressant à une clientèle avide de découvertes et de cultures, sur un petit paquebot. Autant dire que nous ne nous positionnons absolument pas dans le créneau des grands clubs-resorts actuels, ni même sur le segment de l’exploration et/ou de l’expédition. Nous gageons à offrir une expérience plus traditionnelle de la croisière, telle que le faisait autrefois des compagnies comme Paquet, tout en restant néanmoins abordable. L’une de nos caractéristiques est de nous adresser en particulier à une clientèle d’« adultes ». Le choix peut paraître étrange, mais le navire se prête peu aux familles, que nous accueillerons néanmoins sur une sélection de dates pendant les vacances scolaires.

Il y a déjà des compagnies françaises et les gros opérateurs ont développé des produits francophones. Pourquoi lancer une nouvelle offre ? Comment va-t-elle se différencier ? Comment résister à la concurrence des grands noms du secteur, déjà bien implantés sur le marché français ?

CM – Si l’on parle de Ponant, de Club Med Croisières ou encore de Latitude Blanche, comme le mentionnait Cedric auparavant, nous ne nous positionnons pas sur le même segment. D’autre part, ces compagnies s’adressent une clientèle plus largement internationale, les Français ne représentant qu’entre 10 et 30% de leurs passagers selon la flotte. Si l’on regarde du côté des gros opérateurs, ces derniers ont souvent cherché à conquérir le marché de manière plus brutale, apparaissant parfois comme très arrogants pour certains et ne parvenant pas à atteindre les objectifs qu’ils s’étaient fixés. On peut avoir le produit le plus beau du monde, mais si la marque est trop peu connue ou mal adaptée au marché visé, alors le produit stagnera sur ce marché.

Pour nous, il est important de remettre le passager au cœur des choix de la compagnie. Nous avons écouté les passagers, les agents de voyages, l’ensemble des protagonistes ; nous sommes tous, dans notre équipe, des professionnels passionnés par la croisière, nous connaissons notre métier, nous connaissons nos valeurs, nos qualités et nos défauts et il est donc normal de savoir écouter nos futurs clients et partenaires. Nous souhaitons conquérir une clientèle qui n’est pas attirée par les grosses unités et qui n’a pas les moyens d’aller sur les compagnies de luxe.  Nous proposons des itinéraires originaux et de longue durée. Notre croisière inaugurale au départ du Havre et en direction de Marseille touchera tous les ports de l’Atlantique afin que chaque Français puisse venir à la rencontre de « son » navire !

CRP – Pour aller plus loin, ce que nous proposons à bord du Jules Verne est une expérience 100% francophone, sans autre langue mélangée. Nous souhaitons réellement garantir un environnement où les passagers se sentiront comme chez eux. Les expériences passées observées sur le marché français, et les études qualifiées mais aussi les retours clients, montrent sensiblement que le segment sur lequel nous nous positionnons est attendu par une large part des croisiéristes qui ne se reconnaissent plus dans l’offre actuelle majoritairement composée de très gros paquebots ou d’unités de luxe aux tarifs jugés trop élevés pour eux. Encore une fois, nous ne nous positionnons pas en concurrent des « majors » du marché français, mais en alternative concrète répondant aux attentes d’une clientèle en demande d’une offre abordable et de petites unités.

Cette aventure rappelle celle de CDF. Quelles leçons tirez-vous de l’échec de cette compagnie qui était pourtant appréciée de la clientèle, surtout à ses débuts ? Le marché français est-il si spécifique qu’il doit être géré sur place ? Avez-vous contrairement à CDF l’assurance de pouvoir piloter le produit depuis la France et non d’être soumis au management d’un siège à l’étranger ?

CM - Cette aventure n’est en rien un « copié / collé » de l’aventure CDF. Avec tout le respect que j’ai pour les anciens salariés, cette compagnie a été sacrifiée au titre des déboires financiers de sa maison mère espagnole et de la nécessité pour le groupe Royal Caribbean Cruises Ltd de récupérer l’un de ses navires exploités chez Pullmantur pour ouvrir le marché cubain. CDF a été une merveilleuse aventure ! et peut-être reviendra-t-elle un jour… qui sait.

De notre côté, nous contrôlons 100% du navire. Son personnel au contact des passagers sera 100% francophone, la gastronomie reflètera le meilleur des grands navires du passé dont les menus en seront inspirés et les études réalisées nous amènent à comprendre qu’il faudra partir sur des itinéraires de 12 jours en moyenne. Les passagers trouvant bien souvent que 7 jours c’est trop court, nous avons créé nos itinéraires suivant les recommandations d’un panel de passagers. L’écoute, une fois encore, est pour nous la clé du succès.

CRP – Croisières de France a été une formidable aventure pour l’industrie de la croisière en France, et le travail effectué par les équipes de la compagnie a été prodigieux. Toutefois, comme vous le soulignez, l’une des causes de sa disparition est le pilotage de la compagnie depuis un autre marché, voire continent, avec des enjeux financiers essentiellement localisés sur le domaine boursier. Le marché français de la croisière a sérieusement pâti de la disparition de CDF et près de 3 ans plus tard, il n’a toujours pas retrouvé son niveau de 2015, même s’il a renoué depuis avec la croissance.

Comme le souligne Clément, nous avons avec CMV l’assurance d’une certaine indépendance de décisions. Je suis incroyablement conforté dans ce sentiment par les multiples réunions que nous avons avec la direction de CMV et l’implication de chacun dans le lancement de la compagnie en France. Une donnée également importante : notre compagnie est un groupe privé, non côté en bourse et donc sans investisseurs gourmands à rémunérer par le biais de juteux dividendes et ce à court terme. Les itinéraires que nous avons créés, l’ont été par nous-même. Les recommandations quant aux services à bord sont émises par nous également et nous avons un regard sur tous les aspects du produit dont la gastronomie où nous bénéficions de l’un des plus hauts budgets par personne et par jour de toute l’industrie. Et avec le délai de commercialisation avant les premiers départs du Jules Verne (16 mois), quelle meilleure preuve de confiance pouvions-nous avoir ?

Pouvez-vous nous en dire plus sur le choix du navire et son adaptation ?

CM - Le navire est en très bonne condition et sommes très impatients de le présenter à nos partenaires et clients. De la cosmétique sera réalisée dans certains espaces du navire, mais il pourrait entrer en flotte en l’état. Cependant, nous souhaitons, avec nos actionnaires, le rendre un peu plus « français », son nouveau nom Jules Verne incarne la vision globale de ce génie de la littérature et les espaces communs et ponts seront également rebaptisés dans un univers totalement français.

CRP – Nous ne souhaitions pas commencer l’aventure CMV France avec un navire qui n’aurait pas « collé » avec les attentes de nos passagers et partenaires. Sa capacité, que nous réduisons pour laisser place à une offre « Voyageurs Solo », est idéale pour les itinéraires que nous avons créés et les destinations que nous proposons. Portant le nom de l’un des plus incroyables auteurs de la littérature française, son univers correspond parfaitement à l’idée que nous nous faisons du renouement avec la tradition de navigation. Quant à sa condition actuelle, elle est juste extraordinaire, même si comme le souligne Clément, certaines modifications interviendront avant la mise en service sur le marché français. Le but est de le « franciser » et de modifier certains espaces. Et en toute honnêteté, nous sommes réellement tombés amoureux du navire dès la première fois où nous sommes montés à bord.

Quels sont les grands itinéraires proposés et comment ont-ils été choisis ?

CM - Nous avons travaillé pendant des semaines sur cette programmation afin de ne jamais entrer en concurrence avec nos confrères. C’est d’ailleurs un point que je tiens à soulever. Nous n’entrerons en compétition avec personne ! En aucun cas par ailleurs, un navire de 550 passagers ne peut concurrencer des géants de 5000 passagers voire plus ! La croisière actuelle doit son évolution aux grandes majors et notamment, sur le marché français, au merveilleux travail de Costa depuis plus de 25 ans pour faire découvrir la croisière. De notre côté nous avons créé des itinéraires originaux, toujours au départ de Marseille ou du Havre.

CRP – Si la croisière va pouvoir poursuivre son développement en France, c’est grâce à des compagnies comme la nôtre qui proposent une autre alternative, des itinéraires créatifs et variés, et des départs de proximité depuis des ports bénéficiant de facilités d’accès. A ce titre Le Havre et Marseille, avec qui nous avons tissé d’excellentes relations au fil de notre carrière, sont apparus comme une évidence. Et pour la programmation, nous avons voulu privilégier une variété d’itinéraires et faire du Jules Verne un paquebot « itinérant » qui d’une croisière à l’autre propose des horizons différents. Il est ainsi possible pour un passager d’enchaîner 5 croisières en Europe du Nord ou en Méditerranée sans faire escale deux fois au même endroit. Pour l’Europe du Nord, nous avons ainsi choisi d’alterner depuis Le Havre des départs vers le Cap Nord et la Norvège, les Capitales de la Baltique (via le canal de Kiel à l’aller et au retour pour gagner du temps de navigation), les îles Britanniques ou encore un tour de l’Irlande. Pour la Méditerranée, le Jules Verne appareillera de Marseille pour les îles Grecques, les Canaries, la mer Noire ou encore l’Egypte et la Terre Sainte. Rappelons que la durée moyenne de nos croisières est d’un peu plus de 12 nuits. 

Enfin, nous poussons l’audace dans notre programmation avec le premier tour du Monde 100% francophone depuis près de 10 ans en France qui visitera plus d’une quarantaine de ports dans le monde, le tout en 123 nuits. Départ le 8 janvier 2022 de Marseille avec une arrivée au Havre le 11 mai 2022.

Comment va se passer la saison inaugurale ?

CM - Le navire nous sera livré au Havre fin avril 2021, nous y effectuerons tout d’abord une croisière de 2 nuits pour présenter le paquebot à nos partenaires agents de voyages et à la presse, puis suivra une nuit de Gala à quai pour nos passagers. Le Jules Verne appareillera ensuite pour une croisière de vernissage le long des côtes de France afin de le faire découvrir aux Français puis contournera la péninsule ibérique. Les Français qui le souhaiteront, auront la possibilité de venir le visiter sur ces différentes escales, ils pourront ainsi se l’approprier. 

Après une soirée de Gala à Marseille, il appareillera pour sa croisière inaugurale faisant de CMV France la première compagnie à proposer de nouveau un itinéraire en mer Noire. A son retour à Marseille, il remettra cap au nord via les Canaries et Madère afin de débuter sa saison estivale vers les grands espaces d’Europe du Nord.

Puis le navire reviendra en Méditerranée pour la saison d’automne avant d’effectuer une croisière de Noël sous les couleurs des Feux d’Artifice de Madère et de partir à son retour à la découverte du monde en 123 jours.

CRP – Nous disposons de la meilleure publicité qui soit : le Jules Verne. Aussi nous annoncerons prochainement des événements qui seront organisés lors de la croisière Vernissage, mais aussi toute une série de thématiques qui animeront certains départs plus particulièrement.

Les débuts du Jules Verne n’interviendront qu’en mai 2021 et vous commencerez à commercialiser vos croisières en janvier prochain. Pourquoi un tel délai ?

CM - Les actionnaires nous font un vrai cadeau et une confiance sans faille pour préparer le lancement le plus réussi sur ce marché qu’il faut savoir appréhender. Notre force commerciale aurait pu tout à fait mettre les bouchées doubles pour remplir cette première saison, mais nous n’oublions pas que nous préparons d’ores et déjà la seconde saison et, nous l’espérons, une montée en puissance.

CRP – CMV nous fait réellement confiance dans la mise en place de cette aventure, et nous donne tout le temps nécessaire pour assurer le remplissage du navire, sans stress et sans être pris par le temps. Toutes les clés nous sont données pour assurer le succès commercial et opérationnel de la compagnie.

Comment va se structurer CMV France : équipe, implantation, réservations… Et comment voyez-vous le développement de la compagnie dans les années qui viennent ?

CM - Notre bureau vient de s’implanter boulevard des Dames à Marseille – un lieu plein de symboles où les grandes compagnies d’autrefois y avaient leurs sièges phocéens il y a encore quelques années. Nous accueillerons 17 collaborateurs à l’issue de l’année 2020. La réservation sera internalisée à Marseille, et une équipe de 6 commerciaux rayonnera sur la France dès le début de l’année 2020, 2 supplémentaires arriveront à la fin du premier exercice. A la différence des erreurs du passé, il n’est pas question d’augmenter notre masse salariale si nous sommes amenés à exploiter ensuite un second navire. Le service réservation sera peut-être complété d’un agent ou deux, mais pas plus. Nous souhaitons optimiser nos équipes afin de garantir le succès de notre compagnie. Notre priorité est d’installer de manière pérenne la compagnie avec le Jules Verne. Ensuite, nous avons comme toute entreprise des projets de développement mais il faut d’abord faire du lancement de cette aventure un succès.

CRP – Nous allons débuter avec une quinzaine de collaborateurs aux compétences allant du commercial à la technique, de la réservation au marketing ou encore à la création des itinéraires. C’est une unité très polyvalente formée de professionnels qui se met en place. Nos collaborateurs intégreront la compagnie dès le début décembre. Ils vont alors être formés de manière intensive, se familiariser avec le produit et embarqueront également avant Noël sur le futur Jules Verne. Nous serons ainsi tous prêts pour l’ouverture officielle du site Internet et des réservations le 2 janvier prochain.

L’Astor est un navire datant des années 90. A l’heure où l’opinion publique est très sensible aux questions environnementales, pouvez-vous nous en dire un peu plus sur l’impact du navire et la politique environnementale de CMV ?

CM - Le Jules Verne est un navire qui suit bien évidemment les normes imposées par la règlementation internationale, et va même au-delà. Depuis sa création il y a 10 ans, CMV possède un officier environnemental à bord de ses navires, l’ensemble des passagers est sensibilisé au recyclage avec des poubelles de triage sélectif à bord de chacun de nos navires. L’environnement est la valeur de tous, la planète est notre maison, nous devons en prendre soin. Sans même y être contraint, nous adapterons le carburant du navire – soit-il plus cher - en ravitaillant dans les eaux d’Europe du Sud avec un carburant à teneur en soufre limitée à 0,1% alors que la norme internationale sera de 0,5% à compter de 2020. Il est important de montrer à nos passagers et à nos partenaires que CMV fera toujours de l’environnement une priorité.

CRP – Pour compléter, même si CMV est à ce jour une compagnie peu ou pas connue sur le marché français, elle bénéficie de nombreuses années d’expérience. L’environnement est au cœur de son activité et même si la compagnie n’a pas fait de grandes communications par voie de presse, elle applique depuis de nombreuses années déjà bien des initiatives pour la préservation de l’environnement. Outre l’officier environnemental à bord, CMV est déjà assujettie à l’utilisation de carburant désulfuré en Europe du Nord (zone ECA/SECA) qui est sa destination la plus importante. De fait, l’utilisation du carburant à 0,1% est une pratique largement intégrée. L’application des nouvelles normes internationales à compter du 1er janvier prochain ne changera pas les pratiques de CMV qui ira plus loin avec du carburant à 0,1% en Méditerranée. Quant à la réduction de la vitesse sur les itinéraires, CMV est une compagnie qui intègre parfaitement cette notion et nos croisières sont calculées sur des vitesses de 13/14 nœuds en moyenne. En termes de consommation, le Jules Verne est très loin d’avoir les mêmes besoins énergétiques que des navires de 5 ou 6000 passagers. Il est aussi important de noter que CMV est l’une des rares compagnies au monde à effectuer un entretien annuel de ses navires en cale sèche contre tous les 3 à 5 ans pour les paquebots en général. Cela permet notamment de s’assurer que les navires de la flotte adaptent leur technologie aux réglementations en vigueur.

Propos recueillis par Vincent Groizeleau, © Mer et Marine, novembre 2019

- Voir notre reportage sur l'Astor