Défense
CNIM et Socarenam réaliseront les nouveaux chalands français
ABONNÉS

Focus

CNIM et Socarenam réaliseront les nouveaux chalands français

Défense

La Direction Générale de l’Armement a choisi l’offre de CNIM et Socarenam, alliés à CNN MCO et Mauric, pour assurer le remplacement des chalands de débarquement français. Il s’agit du programme des engins de débarquement amphibie standards (EDAS), qui vise à construire 14 unités afin de succéder aux actuels chalands de transport de matériel (CTM). Selon la DGA, le montant total de ce programme s'élèvera à 65 millions d'euros. 

 

(© CNIM)

 

Une douzaine d’engins de ce type, construits par CMN et mis en service entre 1982 et 1992, sont encore opérationnels dans la Marine nationale, une unité supplémentaire étant opérée par l’armée de Terre en Guyane. Longs de 24 mètres pour une largeur de 6 mètres, les CTM peuvent atteindre la vitesse de 8.5 nœuds. Equipés d’une rampe à l’avant et offrant une surface de pont de 70 m2 (90 tonnes de capacité d’emport maximale), ils sont conçus pour projeter sur une plage des troupes et des véhicules, y compris des blindés. Ils sont mis en œuvre depuis la terre ou à partir des porte-hélicoptères amphibies (ex-BPC) du type Mistral.

 

Un CTM débarquant un char AMX-10 (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Un CTM débarquant un char AMX-10 (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

PHA du type Mistral (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

PHA du type Mistral (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Plus grands, rapides et manoeuvrants

Longs de 28.5 mètres pour une largeur de 7 mètres, les EDAS, réalisés en acier, seront plus grands que leurs aînés, mais aussi plus rapides et manoeuvrants grâce un meilleur hydrodynamisme et une architecture propulsive plus efficace. Disposant de deux moteurs diesels, deux hélices sous tuyère et un pump-jet à l’avant, ils pourront atteindre la vitesse maximale de 13.5 nœuds à vide (11 à pleine charge), leur autonomie étant de 350 milles à 11 nœuds.

Leur capacité d’emport nominale sera de 65 tonnes, avec la possibilité d’emporter un chargement pouvant aller exceptionnellement jusqu’à 80 tonnes. Capables d’embarquer tous les véhicules de l’armée de Terre, dont un char lourd Leclerc, ces nouveaux engins seront de type roll-on/roll-off, avec une rampe à l’avant et une autre (pliable) à l’arrière. Cela facilitera les opérations d’embarquement et de débarquement de troupes, matériels et véhicules.

 

Le LCA, sur la base duquel est conçu l'EDAS (© CNIM)

Le LCA, sur la base duquel est conçu l'EDAS (© CNIM)

 

« Optimiser chaque mètre carré »

Concepteur de ces engins, dérivés du LCA de sa nouvelle gamme, CNIM a travaillé sur l’amélioration de l’ergonomie et de l’habitabilité de ces chalands. « Nous avons essayé d’optimiser chaque mètre carré pour gagner de la surface utile. Il y a eu un gros travail sur l’ergonomie, notamment dans la timonerie, les locaux-vie ou encore les postes de tir », explique-t-on chez l’industriel. Quatre marins pourront loger à bord des EDAS, qui disposeront de trois postes d’artillerie, avec une mitrailleuse de 12.7mm au-dessus de la timonerie, ce qui lui offrira un champ de battage à 360 degrés, et deux affûts de 7.62mm, un à l’avant et l’autre à l’arrière.

Lancement de la construction cette année à Saint-Malo

Le contrat notifié par la DGA porte dans un premier temps sur six EDAS, avec une tranche conditionnelle pour huit autres unités. Une première paire de bateau va être réalisée en 20 mois, la construction de la tête de série devant débuter vers la fin de l’été prochain. C’est le chantier Socarenam de Saint-Malo qui sera chargé de leur construction. Les deux premiers chalands devraient être livrés fin 2020, les quatre autres suivant sous 18 mois. Mauric participe aux études et la société brestoise CNN MCO assurera la maintenance des EDAS.

Huit EDAS pour la batellerie des PHA du type Mistral 

Il est prévu que huit EDAS soient affectés à la flottille amphibie (Flophib), basée à Toulon où se trouvent les PHA du type Mistral et qui dispose aussi de quatre engins de débarquement amphibie rapides (EDAR), version adaptée aux besoins de la Marine nationale du L-CAT de CNIM. Ces catamarans en aluminium de 30 mètres de long pour 12.8 mètres de large ont été livrés en 2012 et 2013, Socarenam ayant assuré leur réalisation et CNN MCO gérant leur entretien. Avec aussi Mauric, déjà impliqué dans les EDAR, CNIM a donc reconstitué l’équipe qui avait mené à bien ce programme. « Nous allons capitaliser sur la reconstitution de l’équipe EDAR. Il y a notamment des communalités entre EDAR et EDAS. Nous sommes par exemple en mesure de garantir le même tirant d’eau pour les deux engins, ce qui présente l’avantage de ne pas avoir à changer le niveau d’eau dans le radier pendant les opérations ». Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui  entre les EDAR et CTM mis en œuvre par les PHA, obligeant ces derniers à remplir et vider leur radier lorsque les bâtiments passent d’un engin à l’autre.

Les huit futurs EDAS de la Flophib seront comme les CTM complémentaires des EDAR dans la batellerie des PHA Mistral, Tonnerre et Dixmude, chaque bâtiment emportant généralement un catamaran et deux chalands.

 

CTM et EDAR (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

CTM et EDAR (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Six engins pour l’Outre-mer et Djibouti

Quant aux six autres EDAS, ils sont destinés à être basés à Djibouti (deux unités), ainsi qu’en Guyane, à Mayotte, en Nouvelle-Calédonie et en Martinique, soit un chaland pour chacun de ces territoires ultramarins. En plus des opérations de projection de forces, ils pourront y assurer des missions de soutien logistique, d’évacuation de ressortissants ou des interventions humanitaires.

Un atout pour l’export

Après avoir remporté ce contrat en France, CNIM espère évidemment décrocher des commandes à l’export. En cela, le label « Marine nationale » est un atout important pour son nouveau LCA, à partir duquel l’EDAS est conçu. Mais l’industriel tricolore, qui souhaite se positionner comme un spécialiste des opérations amphibies, dispose d’autres cordes à son arc. Il y a les récentes évolutions de sa gamme L-CAT, en particulier la version « shore-to-shore », ainsi que le développement du LCX. Ce nouveau produit, très original, consiste en un monocoque en acier de 29.5 mètres. Enradiable, il s’agit à la fois d’un engin de débarquement, un patrouilleur ou une plateforme rapide de projection et de mise en œuvre d’autres capacités, comme des drones guerre des mines, un sonar pour la lutte anti-sous-marine côtière ou des embarcations de forces spéciales (voir notre article détaillé).

 

Marine nationale CNIM Socarenam