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CNIM va faire démanteler le prototype L-CAT
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CNIM va faire démanteler le prototype L-CAT

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Construit il y a bientôt 10 ans, le prototype des catamarans de débarquement rapides (Landing Catamarans – L-CAT) développés par CNIM pour les opérations amphibies va être démantelé en Espagne. L’engin en aluminium de 30 mètres de long pour 12.6 mètres de large était conservé sur les quais du site de l’entreprise à Brégaillon. Il devrait quitter Toulon dans les prochains jours afin de rejoindre un chantier à Séville. « La société chargée du démantèlement fait partie des 16 sociétés homologuées par l'UE pour la déconstruction des navires dans le respect de la réglementation et des normes environnementales. Tout ce qui est valorisable sera recyclé, notamment l'aluminium (43 tonnes), ou réutilisé (lignes propulsives, groupes électrogènes) », explique-t-on chez CNIM. Il s'agit de DDR Vessels, basé à Gijon et qui pour cette opération, afin de réduire la distance à parcourir par la coque, en clair éviter de faire tout le tour de la péninsule ibérique, va s'appuyer sur les infrastructures du chantier andalou Astilleros del Guadalquivir. 

 

Le prototype du L-CAT hier à Brégaillon (© MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

Le prototype du L-CAT hier à Brégaillon (© MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Bien que le prototype du L-CAT ne soit pas très âgé, son concepteur et propriétaire a décidé de le déconstruire pour plusieurs raisons. D’abord, après 10 années de service, le bateau devait subir une période d'entretien majeure, impérative pour le maintenir en activité. Cette opération nécessitait un investissement très important, qui n'était selon CNIM plus justifié, « le prototype ayant réalisé sa mission et bien plus ».

 

Le L-CAT lors de ses essais en 2008 (© CNIM)

Le L-CAT lors de ses essais en 2008 (© CNIM)

 

Construit en 2008 pour valider un concept

Réalisé sur fonds propres par CNIM et sorti en 2008 des anciens chantiers Gamelin de La Rochelle, le L-CAT a servi durant ses premières années de navigation à valider en conditions réelles le concept des nouveaux engins de débarquement imaginés par la société. Il s’agissait en effet de démontrer les avantages et capacités de ce catamaran rapide doté en son centre d’une plateforme élévatrice pouvant supporter une charge de 100 tonnes. L’intérêt de cet engin est de pouvoir naviguer à 30 nœuds (plus de 20 en charge) en transit, grâce à une configuration catamaran obtenue avec la plateforme relevée et une  propulsion composée de quatre moteurs diesels MTU et deux waterjets Wärtsilä, développant une puissance de 5 MW. Puis, pour les transferts de véhicules et de matériel en porte à porte depuis les bâtiments de projection, ou pour les débarquements sur une plage ou un quai, la plateforme s’abaisse et le bateau peut alors se comporter comme un chaland classique.

 

 

Transbordement en porte à porte avec le Mistral en 2009 (© MARIE BABEY)

Transbordement en porte à porte avec le Mistral en 2009 (© MARIE BABEY)

 

Six engins réalisés ensuite et de nouvelles commandes espérées

A l’issue des essais menés par la Marine nationale avec le prototype, quatre unités adaptées aux besoins de la flotte française ont été commandées à CNIM. Réalisés par Socarenam, ces EDAR (engins de débarquement amphibie rapides) sont entrés en service à partir de 2012 et sont déployés depuis sur les bâtiments de projection et de commandement français du type Mistral. Deux unités supplémentaires ont ensuite été produites pour les deux BPC construits initialement pour la Russie et rachetés ensuite par l’Egypte. « Le L-CAT fut un pari osé. L’objectif du prototype était de démontrer la faisabilité du L-CAT et ses performances réellement différenciantes dans le monde de l’amphibie. Il a vraiment révolutionné le monde de l’amphibie. Si le prototype du L-CAT CNIM disparaît, la prometteuse gamme L-CAT assure sa postérité dans l'histoire de CNIM. Il a engendré des petits nouveaux pour la batellerie des BPC et le concept porté par ce prototype est aujourd'hui en passe de convaincre d'autres clients, militaires ou du monde civil », affirme-t-on chez CNIM.

 

EDAR et BPC égyptien (© CNIM)

EDAR et BPC égyptien (© CNIM)

 

 

EDAR du BPC français Tonnerre débarquant du matériel de reconstruction à Saint-Martin le mois dernier (© EMA)

EDAR du BPC français Tonnerre débarquant du matériel de reconstruction à Saint-Martin le mois dernier (© EMA)

 

Plus de 200 plageages, des essais de drone et de sonar remorqué

En tout, le premier L-CAT aura réalisé plus de 200 plageages de qualification sur les plages de la région PACA, d’Hyères jusqu'à Fréjus. Il a embarqué tous les véhicules possibles de l'armée de Terre, y compris le char Leclerc. Après avoir réalisé l’ensemble des tests et qualifications ayant conduit à la commande d’unités de série, CNIM a utilisé le prototype pour différentes missions, dont certaines très originales. Il a par exemple effectué en septembre 2014, face à La Seyne-sur-Mer, des essais avec un drone aérien développé par Bertin Technologies, filiale du groupe. Entre juillet et septembre 2015, il a également servi de plateforme d’essais à Thales pour la mise en œuvre du sonar remorqué Captas 1, spécialement conçu pour être intégré à de petites plateformes. Ces dernières années, CNIM avait bien entendu essayé de vendre ce bateau. Mais le fait qu’il s'agisse d'un prototype, avec toutes les contraintes que cela implique, y compris règlementairement, n’a pas facilité les discussions et, malgré l’intérêt de plusieurs repreneurs potentiels, la cession n’a pas pu se faire.

Dans ces conditions, et alors qu’une coûteuse visite décennale se profilait, CNIM a considéré que ce prototype n’avait plus de raison d’être.

 

Le L-CAT en 2010 (© MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

Le L-CAT en 2010 (© MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

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