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Commandos marine : Où en est le PSM3G ?
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Commandos marine : Où en est le PSM3G ?

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C’est l’un des programmes les plus secrets de l’armée française. Destiné notamment aux commandos marine, le propulseur sous-marin de troisième génération (PSM3G), qui pourra embarquer sur les nouveaux SNA du type Barracuda, est en train de voir très discrètement le jour. Les nageurs de combat du commando Hubert, basés à Saint-Mandrier, près de Toulon, seraient en train d’achever l’expérimentation de ce nouvel engin.

Les informations concernant le PSM3G sont peu nombreuses, preuve de la sensibilité de ce programme qui n’est que rarement évoqué officiellement et, quand c'est le cas, toujours très brièvement. Ainsi, le 21 novembre dernier, le chef d’état-major de la Marine nationale, l’amiral Prazuck, annonçait sur son compte twitter qu’il avait plongé sur le PSM3G, sans plus de détail et avec pour unique illustration une photo avec quelques commandos mais aucun signe du mini-sous-marin. Les seuls visuels disponibles sont pour l'essentiel ceux des maquettes présentées ces dernières années lors de différents salons par l'industriel en charge du programme (et qui diffèrent sans doute plus ou moins de la réalité). 

 

Maquette présentée par ECA lors du salon Euronaval 2014 (DR)

Maquette présentée par ECA lors du salon Euronaval 2014 (DR)

 

Imaginé par les hommes du commando Hubert, le PSM3G a vu son développement confié à la société française ECA, qui était sur ce projet en compétition avec sa compatriote Alseamar dont les engins sous-marins pour forces spéciales sont l’une des spécialités et qui a d’ailleurs conçu et réalisé les actuels propulseurs sous-marins tricolores. La construction des PSM3G est menée par ECA dans l’un de ses sites près de Toulon. Seuls deux engins ont été commandés.

Initié il y a une décennie afin d’assurer la succession des actuels propulseurs sous-marins mis en œuvre par les commandos, ce programme coûteux et très complexe a selon certaines sources connu du retard. Mais par chance, la construction des nouveaux sous-marins nucléaires d’attaque français a aussi glissé, la tête de série, le Suffren, n’allant être mise à l’eau que cet été en vue d’une livraison en 2020, soit trois ans après la date initialement prévue.

L’enjeu pour la marine demeure que le PSM3G soit au rendez-vous de la mise en service du premier Barracuda. Ce qui devrait être le cas.

 

SNA du type Barracuda (© NAVAL GROUP)

SNA du type Barracuda (© NAVAL GROUP)

 

Alors qu’ils pourront aussi être déployés depuis la côte ou des bâtiments de surface, les nouveaux propulseurs sous-marins seront, sur SNA, embarqués dans un module amovible spécialement développé pour les besoins des commandos marine. Conçu et réalisé par Naval Group, qui construit les Barracuda sur son site de Cherbourg, ce Dry Deck Shelter pourra être fixé à l’arrière du kiosque, sur le dos du sous-marin. Long d’environ 11 mètres pour une largeur de 3 mètres et un poids d’une quarantaine de tonnes, le DDS est un hangar de pont en acier ultrarésistant capable d'encaisser la pression aux profondeurs d’immersion auxquelles évolueront les Barracuda. Pendant les périodes de transit et de préparation, l’intérieur du module sera en effet conservé au sec, les commandos accédant au DDS via un sas communiquant avec l’intérieur du sous-marin. Capable d’abriter différentes « charges utiles », dont un PSM3G, le hangar sera noyé lors des phases de déploiement des engins, qui s’effectueront sous-marin en plongée.  

 

La structure du DDS abritant ici un PSM3G. L'ensemble sera masqué par un carénage (© MARINE NATIONALE)

La structure du DDS abritant ici un PSM3G. L'ensemble sera masqué par un carénage (© MARINE NATIONALE)

 

Le DDS sera englobé dans un carénage en composite dont le design a été optimisé pour ne pas perturber l’hydrodynamisme et la discrétion du bâtiment porteur.

Comme les PSM3G, seulement deux DDS seront produits et installés indifféremment sur les six futurs Barracuda en fonction des besoins opérationnels. On notera que les sous-marins ne seront pas obligés d’embarquer le DDS dans leur port base de Toulon avant de partir en mission. Le système a en effet été conçu pour être aérotransportable, notamment via C130, et ainsi en cas de nécessité être projeté vers une zone d’opération lointaine où évolue un SNA, qui pourra alors être équipé via une courte escale dans un port ou même par des moyens appropriés directement en mer. A signaler de plus qu’en dehors des deux DDS, un troisième module, dédié à l’entrainement, a également été commandé.

Comme le rappelle la Marine nationale, très peu de nations possèdent le triptyque SNA/DDS/PSM. C’est le cas notamment des Etats-Unis, de la Russie et du Royaume-Uni.

Plus grand, plus performant, plus discret et bénéficiant de capacités d’emport et d’une autonomie accrues, le PSM3G pourront « emporter une dizaine de nageurs de combat, pilote compris » et offriront, selon les marins, des capacités opérationnelles « révolutionnaires par rapport à l’actuel PSM2G ». Conçu pour « s’infiltrer en toute discrétion », il constituera « un véritable outil anti-déni d’accès ».

En dehors des commandos marine pour les opérations spéciales (missions offensives, de renseignement et de logistique), les PSM3G devraient également pouvoir servir aux missions clandestines de la DGSE, dont les nageurs de combat sont, comme le rappelait en 2014 un rapport du Sénat, « formés et brevetés à la même école que ceux du commando Hubert et font les mêmes gestes techniques que ceux-ci. Si l'emploi est différent, le métier est proche ».

En attendant l’arrivée des PSM3G, les commandos marine continuent d’utiliser leurs actuels propulseurs sous-marins. Ceux-ci sont une version adaptée aux besoins militaires français du Coryphène commercialisé par Alseamar. Long de 6 mètres pour un diamètre d’1 mètre, ce propulseur humide est capable d’emporter deux ou trois plongeurs équipés de leur matériel. Il est doté d’un système de navigation combinant une centrale inertielle, un loch doppler, un GPS et un sonar multifaisceaux, ce qui lui permet de réaliser des navigations avec une précision extrême. Propulsé par un moteur électrique « brushless » et alimenté par une batterie lithium-ion, il se déplace furtivement sur quelques dizaines de milles à une vitesse pouvant aller jusqu’à 8 noeuds.  

 

L'actuel propulseur des commandos marine (© DR)

L'actuel propulseur des commandos marine (© DR)

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