Marine Marchande
Comment le MSC Zoé a perdu 342 conteneurs devant les Pays-Bas en 2019

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Comment le MSC Zoé a perdu 342 conteneurs devant les Pays-Bas en 2019

Marine Marchande

L’accident était survenu dans la nuit du 1er au 2 janvier 2019. Le MSC Zoé, un porte-conteneurs de 395 mètres de long transportant plus de 8000 boites, pris dans une tempête alors qu’il remontait du Portugal pour rejoindre Bremerhaven (Allemagne) avait perdu 342 conteneurs. Il longeait au nord des Pays-Bas, les îles de la Frise (un site sensible Natura 2000, allant des Pays-Bas au Danemark, en passant par l’Allemagne). Il avait fallu une vaste opération de nettoyage, coûtant plusieurs dizaines de millions d’euros, alors que des déchets jonchaient les plages de cet archipel à la nature fragile.

Dix-huit mois plus tard, fin juin, Onderzoeksraad Voor Veiligheid (OVV, Bureau pour la sécurité et équivalent néerlandais du BEA), vient de rendre les conclusions d’une enquête portant notamment sur la route empruntée et les risques de perte de matériel pour les plus gros porte-conteneurs. Elle révèle que le MSC Zoé a perdu une partie de son chargement à six endroits différents. Le système d’arrimage a cédé devant les forces agissant sur la cargaison.

Des essais menés en bassin de carène ont permis de modéliser l’incident qui s’est produit alors que le navire était pris dans une tempête avec des vents de secteur nord-ouest de force 8 Beaufort. Cette dernière a généré une houle sèche dont les plus grosses vagues culminaient à 11 mètres à l’approche de la côte. Des conditions relativement rares, se produisant une ou deux fois par an.

Plusieurs facteurs expliquent l’accident. Premièrement, la houle arrivant de travers a fait rouler le navire, revenant violemment à la verticale. Ensuite, le passage est relativement peu profond (21 à 26 mètres lors de l’accident). En raison de la houle, le MSC Zoé a tangué et talonné, ou presque, avec son tirant d’eau de 12 mètres, induisant des vibrations dans la coque. Troisièmement, des déferlantes ont frappé le navire. Enfin, d’importantes quantités d’eau, de « l’eau verte » et non de la « mousse blanche », ont frappé directement les conteneurs. Au final, ces phénomènes conduisent à des effets d’accélérations qui ont conduit les systèmes d’arrimage à céder. Deux vidéos diffusées par l’OVV et par Deltares avec l’institut néerlandais MARIN résument bien ces phénomènes :

 

 

 

L’OVV souligne que ces phénomènes s’appliquent surtout à de grands et larges navires. Dès octobre 2019, il a alerté les plus gros navires empruntant la « route sud » (une autre passe plus au large, au nord), celle qui passe le plus à proximité des îles de la Frise, sur le risque de talonner. Risque accru par l’augmentation de la taille de ces porte-conteneurs géants. Dans une série de recommandations, il propose que les Etats riverains des îles de la Frise fassent des propositions à l’OMI pour réduire le risque d’accident sur ce passage estimant qu'il n'est pas souhaitable que des grands porte-conteneurs l'empruntent, informer compagnies et capitaines sur les phénomènes qui se sont produits, alerter les navires en cas de risque, enquêter sur les risques pour d'autres types de navires dans la zone... 

Par communiqué, MSC a souligné que de nombreux débris antérieurs avaient été retrouvés sur cette route et indiqué que, depuis cet accident, ses navires évitaient cette route. 

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