Défense
Comment sont organisées les frappes de la coalition ?

Focus

Comment sont organisées les frappes de la coalition ?

Défense

En Irak et en Syrie, la France fait partie d’une vaste coalition, forte aujourd’hui de 60 pays, engagée contre Daech. C’est au sein de l’opération internationale Inherent Resolve (OIR) que s’intègrent les moyens de l’opération française Chammal, dont a fait partie pendant plus de deux mois la Task Force 473, c’est-à-dire le groupe aéronaval français.

Concrètement, en ce qui concerne le volet aérien de l’OIR, les forces françaises sont placées sous le contrôle tactique du CAOC (Combined Air Operations Centre), implanté à Al Udeïd, au Qatar. C’est cette structure qui pilote l’ensemble des moyens mis à disposition par les pays membres de la coalition pour réaliser des frappes, des missions de surveillance et de renseignement (ISR), ou encore des ravitaillements en vol. « Notre rôle consiste à fournir en temps et en heure les capacités demandées par le CAOC », explique un officier d’état-major de la TF473. Au Qatar, les opérations sont dirigées par les Américains mais des officiers de liaison français sont intégrés à la structure, avec un droit de regard, pour tenir compte en particulier des « limitations politiques » fixées par Paris. 

De là, les appareils français mènent comme leurs homologues alliés différentes missions, avec pour les frappes deux types d’engagements principaux.

 

Rafale Air équipé de deux Scalp EG 

Rafale Air équipé de deux Scalp EG (© : EMA)

Les frappes planifiées

D’abord, les actions planifiées. « Une cible est définie à l’avance et frappée au moment jugé le plus opportun. Cela demande parfois une très longue préparation. La validation de la cible peut prendre plusieurs semaines, afin de vérifier si elle est cohérente et compatible avec la campagne, tout en vérifiant qu’il n’y aura pas de dommages collatéraux ». A partir des cibles actées, la coalition propose aux pays engagés de frapper certains objectifs. Ceux-ci sont validés « au plus haut niveau par les nations qui acceptent, la répartition des cibles se faisant en fonction des efforts fournis par les nations et en tenant compte des restrictions de chacun, par exemple ceux qui ne frappent pas en Syrie ». Les objectifs sont définis par le CAOC après une longue phase de renseignement, menée via tous les moyens disponibles (reconnaissances aériennes et spatiales, contacts locaux, forces spéciales…) Elles donnent ensuite lieu à une minutieuse préparation, qui conduit parfois à des missions très complexes. Ce fut par exemple le cas dans la nuit du 15 au 16 octobre, lorsque les Rafale de l’armée de l’Air et ceux de la Marine nationale ont mené peu avant l’offensive sur Mossoul une opération conjointe pour détruire une usine de fabrication d’engins explosifs (IED) de Daech située à une trentaine de kilomètres au sud de la ville. Huit missiles de croisière Scalp EG, permettant de neutraliser à grande distance et avec une précision extrême des cibles durcies, ont été tirés. Le raid, mené avec succès, a mobilisé 8 avions, soit 3 Rafale Air partis de Jordanie, ainsi que 4 Rafale Marine et un avion de guet aérien Hawkeye du Charles de Gaulle. Une autre opération du même type a été menée le 29 novembre par 4 Rafale Air et 2 Rafale Marine, qui ont mis en œuvre 8 Scalp EG ayant permis selon l’Etat-major des armées de détruire une installation de production et de stockage d’armes, notamment chimiques, au sud-ouest de Raqqa.

 

Frappe réalisée le 31 octobre

Frappe réalisée le 31 octobre dans la région d’Hadithah, en Irak (© : EMA)

Le soutien aux troupes terrestres

L’autre grand type d’engagement mené par la chasse réside dans les missions CAS (Close Air Support), en clair le soutien aérien aux troupes engagées contre les terroristes. Il s’agit d’appuyer les forces terrestres pour faciliter leur progression ou neutraliser les positions qui les attaqueraient. Dans ce cadre, les avions de la coalition quadrillent les secteurs qui leur sont attribués et se mettent à disposition des troupes au sol quand celles-ci ont un contact avec l’ennemi.

Dans le cas de l’Irak, un Tactical Operation Center (TOC) se trouve près de la ligne de front et comprend un Joint Tactical Air Control (JTAC). Ce dernier reçoit les demandes d’appui aérien des soldats irakiens et va préparer la frappe pour qu’elle ait lieu le plus rapidement possible. Le recours aux moyens de renseignement, comme des drones et avions présents dans la zone, permet d’obtenir une confirmation visuelle des cibles. Le JTAC prend contact avec le CAOC, chargé du suivi et de la validation de toutes les frappes. Celles des missions CAS doivent recevoir l’accord du représentant irakien au sein de l’état-major américain, mais aussi, comme pour les opérations planifiées, de celui du pays auquel appartient l’avion chargé de traiter l’objectif.

 

Rafale Marine catapulté depuis le Charles de Gaulle 

Rafale Marine catapulté depuis le Charles de Gaulle (© : MARINE NATIONALE)

Frappes d'opportunité

Le processus est identique pour les frappes d’opportunité, c’est-à-dire lorsqu’un avion perçoit une activité suspecte et qu’il est possible de la classifier comme hostile de façon certaine, ce qui n’est évidemment pas toujours simple. Quant au soutien aérien aux forces terrestres autres que celles de l’armée irakienne, comme les combattants kurdes, la structure est plus légère, avec seulement une fonction JTAC auprès de ces unités, mais la procédure est ensuite la même.

Un processus très strict 

Celle-ci est donc extrêmement cadrée et la chaine décisionnelle, très stricte, implique tous les acteurs concernés et permet à chaque pays engageant des forces de conserver la décision finale sur l’emploi de ses moyens. Le schéma est assez lourd et, compte tenu du degré de vérification des cibles comme des précautions prises pour éviter les dommages collatéraux, des djihadistes échappent sans nul doute aux bombardements, du moins ceux de la coalition, car d’autres pays intervenant dans la région ne s’embarrassent pas d’autant de considérations. L’efficacité peut donc s’en trouver amoindrie mais, estiment les militaires, c’est le seul moyen de réduire au maximum les risques de pertes civiles.

 

 

Marine nationale | Toute l’actualité de la marine française