Marine Marchande
Commerce maritime : la Cnuced prévoit une baisse de plus de 4% cette année

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Commerce maritime : la Cnuced prévoit une baisse de plus de 4% cette année

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Vie Portuaire

Le 12 novembre, la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced) a publié son rapport annuel sur le commerce maritime international. Une baisse liée à la pandémie de la Covid-19. Un article d’Hervé Deiss de Ports et Corridors.

Deux rapports annuels sont considérés comme la bible pour les acteurs du transport maritime. Le premier est publié au printemps par le consultant néerlandais Dynamar. Il traite principalement des flux conteneurisés et du conventionnel. Le second est réalisé par la Cnuced. Il est édité au mois de novembre. Il dresse un bilan plus large sur toutes les filières du monde maritime.

Une baisse de 0,5%

Le rapport publié par la Cnuced revient sur les tendances du transport maritime en 2019. Au cours de l’année, le vecteur maritime a transporté 11,08 milliards de tonnes, soit 0,5% de plus qu’en 2018. Une progression plus faible qu’en 2018, année pendant laquelle l’augmentation du trafic maritime s’était établie à 2,8%.

Tensions politiques et commerciales

Ce tassement de la hausse est le signe d’un commerce international en pleine atonie. Le rapport de la Cnuced indique que la progression en 2019 du transport maritime reste la plus faible depuis la crise de 2008/2009. Plusieurs facteurs expliquent la baisse en 2019, selon la Cnuced. En premier lieu, les tensions commerciales, notamment entre la Chine et les États-Unis. Ensuite, les difficultés économiques de certains pays ont ralenti les échanges. D’autre part, les évènements climatiques comme le cyclone Veronica en Australie ou encore l’effondrement du barrage de Vale au Brésil en raison d’une coulée de boue ont pesé sur les flux avec ces pays. Enfin, les incertitudes liées au Brexit ont largement pesé sur les échanges internationaux du Royaume-Uni.

La domination des vracs solides

Dans son rapport, la Cnuced détaille les différentes filières du transport maritime. Les produits pétroliers ont représenté un volume de 3169 Mt, en baisse de 1%. Les principaux vracs ont pesé 3225 Mt, en stabilité avec une hausse de 0,3%. Enfin, les autres marchandises entrent pour 4682 Mt, en progression de 1,7%. Cette répartition des différents courants du transport maritime montre l’importance des trafics de vracs solides. Selon le rapport de la Cnuced, « les vracs solides et les conteneurs ont été le moteur des échanges maritimes au cours de ces dernières années ».

Des flux multipliés par 10

Dans le détail, le rapport analyse que la progression des trafics de vracs tient à la croissance économique de la Chine. Or, en 2019, l’Empire du milieu a vu son économie croître de 6,1%, soit un score faible comparativement aux années précédentes. Ainsi, en 2002, la Chine a importé 121,7 Mt de charbon et minerai de fer. En 2019, ces flux sont passés à 1300 Mt. Au final, la Chine a multiplié par dix en 17 ans ses approvisionnements en matière première. Un chiffre auquel il convient aussi d’ajouter les céréales. Sur les dernières campagnes, la Chine devient un importateur mondial de première importance.

Conteneurs: 152 millions d’EVP

Du côté des conteneurs, le trafic a augmenté de 1,1% en 2019 à 152 MEVP, indique le rapport de la Cnuced. Un chiffre peu encourageant. En effet, en 2018, le trafic conteneurisé avait augmenté de 3,8%. Cette progression moindre en 2019 démontre une nouvelle tendance, selon les experts de la Cnuced. « L’activité a été menée par les trafics sur les routes secondaires est-ouest et nord-sud. »

Les liaisons sud-sud progressent de 2,8%

En effet, les lignes est-ouest, à savoir, Europe-Asie, Transatlantique et Transpacifique entrent pour 39,1% des flux mondiaux, soit 59,4 MEVP, en diminution de 1,8%. Les flux est-ouest secondaires pèsent pour 19,8 MEVP, en hausse de 2,9%. Les liaisons nord-sud, Europe-Afrique, Europe-Amérique du sud, États-Unis-Amérique du sud, entre autres, s’établissent à 12 MEVP, en progression de 0,5%. Les liaisons sud-sud conteneurisées ont pour leur part vu leur trafic augmenter de 2,8% à 19,4 MEVP. Enfin, les liaisons intra régionales entrent pour 41,1 MEVP, en hausse de 2,9%.

Les effets de l’industrie automobile

Les experts attribuent ce ralentissement du trafic conteneurisé à la baisse de l’activité dans l’automobile. Les ventes d’automobiles ont perdu 1,8% en 2019. « Ce secteur reste un grand pourvoyeur des trafics conteneurisés. » Et, en prenant un regard plus particulier sur le marché chinois, les ventes de véhicules ont accusé une diminution à deux chiffres. Les Chinois sont entrés dans une phase de prolongation de vie de leurs voitures.

Le trafic portuaire s’établit à 811,2 EVP

Le rapport de la Cnuced analyse aussi les trafics conteneurisés portuaires. Avec 811,2 MEVP traitées dans les ports, cette activité connaît une hausse de 2% en 2019. L’Asie conserve sa première place avec 526,7 MEVP traités. Une activité en augmentation de 2,3% en 2019. Le port de Shanghai réalise presque 10% de ce volume avec plus de 41 MEVP. L’Europe entre en seconde place avec 123,6 MEVP traités, en hausse de 1,5%. Le port de Rotterdam, avec 12 MEVP prend 10% du marché européen à lui seul. Avec 32,5 MEVP, l’Afrique est en quatrième place. Le continent africain affiche la plus forte croissance en 2019 avec 3,9%. Serait-ce le prélude à un nouvel équilibre des flux dans les prochaines années ? Le seul continent à afficher une baisse de ses trafics portuaires est à mettre au passif de l’Océanie. Une tendance qui s’explique par la faiblesse de l’économie australienne.

En 2020, une baisse de 4,1%

Le bilan 2019 dressé, la Cnuced s’interroge sur 2020. Dans son rapport elle adopte un ton pessimiste pour l’année en cours. Selon les experts de l’organisation internationale, le commerce maritime international devrait perdre 4,1%. La principale raison de cette diminution tient à la Covid-19. Cette pandémie « ébranle le transport maritime mondial et jette les bases d’une transformation du secteur, et des chaînes d’approvisionnement qu’il dessert », indique le rapport.

Des chiffres qui peuvent encore baisser

Le pessimisme ambiant du rapport va encore plus loin. « Si de nouvelles vagues de la pandémie venaient à nouveau perturber les chaînes d’approvisionnement et les économies, on pourrait alors assister à un déclin plus marqué du secteur. » Publié le 12 novembre, le document ne prend pas en compte la mise en place des mesures de confinement de ces dernières semaines.

Une pandémie avec des effets sur le maritime

La pandémie actuelle aura sur le transport maritime des effets. « L’industrie mondiale du transport maritime sera à la pointe des efforts en vue d’une reprise durable, en tant qu’élément essentiel du bon fonctionnement des chaînes d’approvisionnement internationales. Le secteur doit agir en acteur clé pour adapter la logistique en flux tendu de manière efficace et être prêt à faire face en cas de crise », a indiqué le secrétaire général de la Cnuced, Mukhisa Kituyi, lors de la publication du document.

Un mieux en 2021

Face aux chiffres pessimistes pour 2020, l’organisation internationale du commerce se veut plus optimiste pour l’année prochaine. Elle estime que le commerce maritime progressera de 4,8%. Au final, entre la baisse de 2020 et la hausse de 2021, le maritime pourrait retrouver son niveau de 2019 dès 2022. Les bonnes progressions de 2018 restent encore loin.

© Un article de la rédaction de Ports et Corridors. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.