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Conchyliculture : Des filets biodégradables en test dans le Morbihan

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La conchyliculture n’échappe pas à l’ère du temps. Pour la première fois, Intermas, leader mondial de la maille plastique extrudée, présente au salon vannetais de la conchyliculture et des cultures marines, un filet de catinage biodégradable à 100 %, destiné à remplacer la maille plastique. Des mytiliculteurs sont en train de le tester à Pénestin (56).

Un filet de catinage. Peu d’amateurs de moules savent ce que c’est, mais sachez que sans lui, vous ne pourriez pas déguster des moules avec vos frites, quand l’envie s’en fait sentir. C’est un filet en maille plastique qui maintient les moules de bouchot sur le pieu qui les soutient. Une espère de chaussette que les mytiliculteurs enfilent sur les pieux pour éviter que les moules ne se détachent au moindre coup de houle. Au moment de la récolte, les filets partent à la poubelle, avec le mélange de moules cassées, de goémons et de sable dans lequel ils sont enchevêtrés. Ils sont ensuite enfouis ou incinérés, comme les autres déchets. Un mytiliculteur lambda dans le Morbihan, consomme chaque année, entre 30 et 50 bobines de 7 kg de filets en plastique. D’où l’importance de mettre à disposition des professionnels des matériaux biodégradables.

À lire sur le sujet: Recyclables, biodégradables… La recherche sur les plastiques alternatifs avance

Intermas, un groupe industriel espagnol spécialiste de maille plastique extrudée (les filets babybel, les filets de fruits à poignée, les grillages orange de chantier, c’est eux) a présenté ce mercredi, au Salon national de la conchyliculture et des cultures marines, à Vannes, une grosse bobine de filet de catinage, fabriqué avec de l’amidon de maïs et de la fécule de pomme de terre. Ce qui rend les mailles biodégradables à 100 %. Un prototype pas encore totalement au point, aboutissement de cinq années de recherches au siège barcelonais d’Intermas. Une entreprise qui brasse un chiffre d’affaires de 200 M€ et emploie 600 personnes.

Soumis à rude épreuve

 

« L’aquaculture représente seulement 3 % de notre chiffre d’affaires », explique Christian Guyomar, responsable commercial Intermas, qui couvre toute la Bretagne. « Mais le groupe a bien compris que ce qui se passe dans le milieu maritime peut apporter des enseignements sur tous les autres secteurs, car la mer reste le meilleur endroit pour tester de nouveaux matériaux. C’est un milieu où ils sont soumis à rude épreuve ».

 

Depuis le mois de juin, une dizaine de mytiliculteurs de Pénestin (56) - une soixantaine sur tout le littoral français - testent ces nouveaux filets de catinage bio. « Pour l’instant, on n’a pas trop de mauvaises surprises sur le vieillissement », constate Christian Guyomar. « Les filets doivent tenir un an, le temps d’un cycle de production. En revanche, il y a des progrès à faire sur la solidité. Mais c’est aussi à nous de montrer aux producteurs comment s’adapter à ce nouveau matériau, en matière de gestes au travail ».

Odeur de pop-corn

 

Les tests sont effectués sous la houlette du Comité régional de conchyliculture (CRC) de Bretagne sud, qui coordonne les observations de la dizaine de mytiliculteurs volontaires. « Certains producteurs trouvent les filets trop cassants », confirme Charlotte Badouel, chargée du suivi pour le CRC. « D’autres craignaient qu’ils n’attirent les prédateurs sur les parcs, comme les étoiles de mer ou les goélands, car ils ont une légère odeur de pop-corn. Mais ça n’a pas l’air d’être le cas ».

 

Selon les commerciaux d’Intermas, les enjeux sont colossaux. Ce plastique bio pourrait aussi avoir des utilisations pour la pêche. Chaque année, entre 6,5 et 8 millions de tonnes de déchets plastiques sont déversées dans les océans. Ce qui éclaire cette bobine prototype, posée sur un stand vannetais, d’une lueur d’espoir.

Un article de la rédaction du Télégramme