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Concordia : Deux corps retrouvés et un commandant qui se défend

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Concordia : Deux corps retrouvés et un commandant qui se défend

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Huit jours après le naufrage, les recherches se sont poursuivies hier à bord du paquebot Costa Concordia, qui s'est couché le 13 janvier sur le rivage de l'île italienne du Giglio. Ce week-end, deux nouveaux corps ont été extraits du navire. Il s'agit de deux femmes, découvertes dans les parties immergées, aux ponts 4 et 7. Des recherches ADN vont être effectuées afin d'identifier les victimes. A l'heure actuelle, le bilan est donc de 13 morts et 19 disparus, sur un total de 4229 personnes (3216 passagers et 1013 marins) présentes à bord du Concordia au moment du naufrage. Alors que l'espoir de retrouver des survivants est désormais réduit au minimum, les experts vont devoir déterminer s'il est possible de lancer les opérations de pompage des soutes, qui contiennent 2380 tonnes de carburant, en même temps que se poursuivent les recherches. Il s'agit, en effet, d'évacuer au plus vite le fuel lourd et le gasoil de la coque, avant que celle-ci ne travaille trop ou, pire, glisse vers la mer et coule définitivement. Pour le moment, on ne se sait d'ailleurs pas très bien si l'épave bouge du fait des mouvements marins, d'un glissement vers la fosse ou, tout simplement, parce que la structure, soumise à un énorme poids dans une position anormale, se déforme et s'affaisse sur elle-même. Les mouvements enregistrés par les capteurs entrainent en tous cas régulièrement l'interruption des recherches.

Le commandant se défend...

Ce week-end, la presse italienne a, par ailleurs, diffusé des éléments présentés comme des extraits de l'audition du commandant du Costa Concordia. Ce dernier, depuis l'accident, est accusé d'avoir commis une faute en s'approchant bien trop près de l'île afin de réaliser l'Inchino, une révérence destinée à saluer les habitants. « C'était prévu. Nous aurions dû le faire une semaine plus tôt mais cela n'avait pas été possible en raison du mauvais temps », aurait expliqué devant le juge Francesco Schettino. Et ce dernier aurait aussi évoqué l'assentiment de la compagnie pour les manoeuvres consistant à faire parader les navires près du littoral : « Ils disaient "nous faisons de la navigation touristique, il faut que les gens nous voient, nous devons nous faire de la publicité et saluer l'île" ». Alors que le commandant aurait affirmé au juge que le directeur des opérations de la compagnie avait été mis au courant le soir même, Costa Croisières, de son côté, a assuré que la manoeuvre devant le Giglio, qui avait été effectuée très officiellement le 18 août dernier, n'était pas prévue le 13 janvier. Quoiqu'il en soit et sans préjuger de ce qui s'est ou non passé le 13 janvier, pas plus que des us et coutumes chez Costa, les propos prêtés à Francesco Schettino soulèvent un point intéressant. En effet, dans le milieu de la croisière en général, on évoque depuis longtemps une certaine forme de « pression » en faveur d'un certain type de navigation. « La compagnie ne dira jamais ouvertement qu'il faut s'approcher des côtes mais, si on ne le fait pas, on peut s'entendre dire qu'on n'a pas "l'esprit croisière". Il y a d'ailleurs aussi une certaine pression de la part des passagers, qui font une croisière pour voir des choses et apprécient d'observer le littoral », affirme un officier travaillant sur des paquebots.

... Mais reconnait avoir tardé à alerter les secours

Si l'on en croit les documents publiés par la presse italienne - toutes ces informations étant à prendre évidemment avec précaution -, Francesco Schettino aurait reconnu avoir tardé à alerter les secours. Contacté plusieurs fois par la capitainerie de Livourne pour qui voulait connaître la situation exacte de son navire, le commandant a, en effet, évité un certain temps de parler de la collision avec un rocher, se contentant d'évoquer une panne d'électricité. De même, le commandant serait revenu lors de son passage devant le juge sur les raisons qui l'auraient poussé à ne pas donner immédiatement l'ordre d'abandonner le navire : « Vous ne pouvez pas évacuer des gens sur des chaloupes de sauvetage et puis, si le navire ne coule pas, dire que c'était une blague. Je ne voulais pas provoquer la panique et voir des gens mourir pour rien », aurait-il affirmé. Il est vrai qu'avant d'abandonner un navire, il faut d'abord être certain qu'il va sombrer (ce qui par exemple, dans le cas du Concordia, est valable si trois compartiments étanches contigus sont en train d'être envahis par l'eau), laisser le temps à l'équipage de se mettre en bon ordre pour encadrer l'évacuation et, si possible, mettre le navire le plus possible en sécurité. C'est ce que le commandant Schettino affirme avoir fait en parvenant, malgré les avaries, à effectuer une giration, pointer vers Porto Giglio et échouer son bateau sur les rochers, à proximité du port, ce qui lui a permis d'éviter le chavirage.
Interpellé le 14 janvier, Francesco Schettino est sorti de prison mercredi dernier et a été assigné à résidence. Il est poursuivi pour homicides multiples et abandon de navire. Il lui est, en effet, reproché d'avoir quitté son bateau avant la fin de l'évacuation.

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