Marine Marchande
COP 21 : Les armateurs veulent être impliqués

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COP 21 : Les armateurs veulent être impliqués

Marine Marchande

Les armateurs norvégiens et français unis pour valoriser le rôle du transport maritime dans les objectifs de réduction d’émission de CO2, vers lesquels veut tendre la COP 21, qui se tient actuellement au Bourget. « Nous plaçons beaucoup d’espoir dans les discussions qui sont actuellement menées à Paris et espérons vraiment voir un grand accord signé prochainement », a indiqué Sturla Henriksen, directeur du Norges Rederiforbund, le syndicat armatorial norvégien, en ouverture des travaux communs menés hier à Paris. «  Pour que cela fonctionne, l’industrie doit participer à cet effort commun qu’est l’élaboration du futur cadre règlementaire qui va s’appliquer au transport maritime ».

Pour les armateurs, l’enjeu est de pouvoir anticiper les futures normes d’émissions de CO2 qui seront appliquées aux navires. Des normes qui, rappelons-le, ne sont pas encore clairement établies. « Les investissements d’aujourd’hui concernent des navires qui seront encore sur l’eau dans une trentaine d’années », poursuit Sturla Henriksen. « 10 milliards de tonnes de marchandises transitent par la mer et ce n’est pas près de changer puisque, pour la première fois, les pays émergents importent plus qu’ils n’exportent », rappelle Gildas Maire, président d’Armateurs de France.

Le transport maritime fort de son évolution favorable en termes d'émissions

Les armateurs, confrontés avant la chute du prix du pétrole à des prix de soute en augmentation exponentielle, ont déjà mis en place des mesures drastiques d’efficacité énergétique. Tout ce qui a pu être amélioré sur les bateaux l'a été : la propulsion, la carène, les automates, les procédures du bord… avec pour effet de diminuer fortement l’impact CO2 de leurs flottes, les économies d'échelle y contribuant également dans le transport de marchandises avec la hausse des capacités : « la facture CO2 d’un conteneur voyageant entre l’Asie et l’Europe représente un dixième de celle d’il y a 15 ans, l’exploitation d’un navire de support offshore actuel la moitié de celui âgé de 10 ans »,  constate Sturla Henriksen.

Cette vertu d’abord économique aux heureuses conséquences écologiques, progressivement encadrée par des textes de l’Organisation Maritime Internationale (notamment l’EEDI, index d’efficacité énergétique) pourrait cependant, selon l’issue des travaux de la COP 21, ne pas suffire. Et ce même si le shipping ne représente actuellement que 2.8% des émissions mondiales et qu’il est indéniable qu’il peut participer à décarboner des modes de transports beaucoup plus polluants.

L'OMI comme seule enceinte de négociation?

Mais quel cadre règlementaire ? Quelle enceinte de négociations et sur quoi ? Des politiques nationales, régionales, internationales ? « L’Organisation maritime internationale est la seule pertinente sur le sujet », répondent en chœur les organisations armatoriales qui craignent les effets de dumping environnemental en cas de législations régionales.  « Il ne faut pas oublier que le shipping a un impact majeur sur le commerce et qu’aujourd’hui beaucoup de pays émergents considèrent les échanges commerciaux comme une donnée stratégique, c’est donc un challenge », précise Edmund Hugues de l’OMI, laissant déjà transparaître les difficultés d’un futur consensus global sur le sujet.

L'exemple norvégien

En Norvège, c’est pourtant à l’échelon national que la politique de régulation d’émission de CO2 a été appliquée. « Le green shipping est une de nos cinq priorités environnementales et nous voulons être le fer de lance de la nouvelle ère du shipping mondial », explique Tine Sundoft, ministre norvégienne du climat et de l’environnement. Le pays vient de se fixer des objectifs très ambitieux en matière d’émissions de CO2 sur les ferries circulant dans les eaux territoriales, qui doivent dans les prochaines années arriver au zéro émission. Le royaume scandinave peut cependant compter, pour cela, sur ses moyens importants d’accompagnement financier des entreprises. « Une grosse partie de notre richesse provient des hydrocarbures. Ce qui nous donne à la fois l’opportunité et la responsabilité de travailler sur ce sujet ».

Un effort collectif

Pour Alain Vidalies, secrétaire d’Etat aux Transports, l’effort doit être collectif. « Fixons ensemble les objectifs, parce qu’il faut agir maintenant », a-t-il dit hier. « La dimension internationale est nécessaire, les efforts en matière de suivi de CO2 ne doivent pas être déçus par de la concurrence déloyale ». Rappelant que la France accompagnait l’innovation avec des mesures financières et fiscales, il a lancé un appel au secteur : « Il ne serait pas compris que le secteur maritime ne participe pas à l’effort de réduction des émissions. Il est donc crucial que nous définissions des cibles progressives et des délais raisonnables». Dans quel cadre et à quelle échéance, cela reste encore à préciser.

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