Marine Marchande
Corsica Ferries : « Nous soutenons la création d'une zone SECA » en Méditerranée

Actualité

Corsica Ferries : « Nous soutenons la création d'une zone SECA » en Méditerranée

Marine Marchande

« Il y a aujourd'hui une revendication d’avoir une zone SECA, et nous soutenons cette position ». Le patron de Corsica Ferries, Pierre Mattei, joint par Mer et Marine, se prononce fermement en faveur de la création d'une zone d'émissions de soufre ultra-limitées à 0,1%, à l'instar de ce qui existe en Manche, mer du Nord et Baltique. Une conviction qui se traduit en actes, puisque la compagnie vient d'annoncer, coup sur coup, qu'elle prenait les devants dans les ports de Nice et Toulon. Après le Sulphur Cap, limitant à 0,5 % les émissions d’oxydes de soufre, Corsica Ferries va au-delà et abaisse encore ses émissions lors des escales de ses navires dans les deux ports méditerranéens. Avec leur soutien, elle s’engage à y utiliser un carburant à 0,1 % de soufre, comme dans les zones SECA.

Ainsi, le 9 janvier, Corsica Ferries a indiqué que les navires de la compagnie « à l’escale dans le port de Nice utiliseront un carburant à 0,1 % de soufre ». Une semaine plus tard, le 16 janvier, la compagnie a annoncé que le passage au 0,1 % à quai était étendu à Toulon. En approche des ports, les navires de Corsica Ferries, qui n’utilisent pas de scrubbers, basculeront donc d’un carburant à 0,5% en haute mer à un carburant à 0,1% pour leurs escales courtes (moins de deux heures), les escales longues étant déjà soumises à cette obligation. Une manière de « réduire l’empreinte environnementale de Corsica Ferries, mais aussi de préserver la qualité de vie des riverains et des voyageurs », se félicite la compagnie.

Cette réduction drastique des émissions de soufre a été mise en place en attendant la généralisation du branchement à quai. En septembre, la région Sud (Provence Alpes Côte d’Azur) a annoncé un plan « Escales zéro fumée » de 30 millions d’euros pour ses trois ports recevant le plus de navires à passagers (paquebots et ferries) : Marseille (3700 escales), Toulon (1200) et Nice (850). À Toulon, des travaux de branchement à quai menés par Enedis doivent commencer mi-février, pour une mise en service prévue fin 2020 ou début 2021. Les travaux qui concernent les trois quais (Corse, Minerve et Fournel) coûteront 15 millions d’euros hors taxes. À Nice, le branchement à quai devrait être disponible pour les petites et moyennes unités de croisières et les navires de grande plaisance en 2021.

En attendant, « quand on a commencé à travailler sur le branchement à quai, avec la région Sud, Renaud Muselier (président de la région), Hubert Falco (maire de Toulon) et Christian Estrosi (maire de Nice), nous nous sommes interrogés sur ce qui améliorerait le quotidien avant l’installation du cold ironing à Toulon et à Nice. Et on s’est dit que ce qu’on pouvait faire, c’est travailler sur les escales courtes qui ne sont pas soumises à l’obligation du 0,1%. Cela permet d’avoir un marqueur fort de ce partenariat, et aussi de répondre partiellement à cette revendication de zone SECA, en polluant moins pour les escales courtes », relate Pierre Mattei. « On a travaillé rapidement avec les ports de Nice et Toulon. On a trouvé un accord dans lequel il y a un partage du surcoût entre les autorités portuaires et l’armateur, chacun faisant une partie du chemin », poursuit le président du groupe Lota Maritime, qui espère que d’autres ports emboîteront le pas. Le surcoût, de l’ordre de 1000 euros par escale (il y en a 240 prévues à Nice cette année, par exemple), est couvert entre 50 et 65 % par les collectivités et le reste par Corsica Ferries.

Dans ses communications, Corsica Ferries mentionne aussi la construction d’un nouveau navire et la conversion de trois ou quatre autres « d’ici 2024 » pour utiliser « un carburant alternatif moins polluant, du GNL ou du méthanol ». « On y travaille, mais rien n’est acté », tempère Pierre Mattei. « On continue à prospecter, parce que ça pose un double problème. D’abord, un problème technologique à bord sur la possibilité de convertir un navire avec un carburant qui sera plus vert. Deuxièmement, ça pose la question de la disponibilité du carburant. Et aujourd’hui, à Toulon, nous n’avons ni GNL, ni méthanol, ni un autre type de carburant vert. Nous travaillons sur toutes les solutions mais on ne peut pas annoncer de décision définitive tant que nous n’avons pas de certitude et de garantie d’approvisionnement ». Corsica Ferries compte actuellement 13 navires dans sa flotte.

Corsica ferries