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Marine Marchande

Reportage

Corsica Linea : Le Vizzavona entre en flotte

Marine Marchande

Après un arrêt technique mené tambour battant chez Chantier Naval de Marseille, le nouveau navire de Corsica Linea a appareillé hier soir pour sa première traversée vers l’île de Beauté. Cap sur Ajaccio, où se déroulera ce mardi la cérémonie officielle d’entrée en flotte, en présence de Bruno Lemaire, ministre de l’Economie et des Finances, en déplacement en Corse.

Affrété auprès de l’armateur italien Grimaldi Lines, le Vizzavona, qui prend le nom d’un col montagneux sur les hauteurs d’Ajaccio, est arrivé le 24 mai à Marseille. Il s’appelait alors Euroferry Corfù. Entré le lendemain dans la forme 8 de CNdM, le navire a changé de main au cours de son arrêt technique, Corsica Linea le réceptionnant auprès de Grimaldi mercredi dernier, la relève d’équipage intervenant ce jour-là. Ce qui n’a pas empêché les travaux de débuter dès le 25 mai. « Il a fallu aller très vite pour pouvoir le mettre en flotte dès aujourd’hui. Nos équipes et celles du chantier, où nous avions déjà un autre navire en arrêt technique, ont mis les bouchées doubles et cela s’est très bien passé », se félicite Laurent Dalmas, superintendant de Corsica Linea. Pas de grosse intervention au programme, le navire étant en parfait état de naviguer, l’échéance pour le renouvellement de son certificat de classe n’intervenant pas avant octobre 2019.

 

Le Vizzavona dans la forme 8 de CNdM (© EMMANUEL BONICI)

Le Vizzavona dans la forme 8 de CNdM (© EMMANUEL BONICI)

 

Changement de livrée et mise en conformité avec le pavillon français

Pour ce premier arrêt technique marseillais, qui a donc été réalisé en parallèle de celui du ferry Méditerranée, au sec dans la forme 10, les travaux ont essentiellement porté sur la mise aux couleurs de la compagnie, dont le navire adopte la fameuse livrée rouge, la signalétique et quelques opérations techniques. « Le navire a bénéficié d’un nettoyage haute pression de la carène et d’une remise en peinture. Nous n’avons pas touché à l’antifooling, qui est récent. Ce chantier visait essentiellement à une mise en conformité avec le passage au pavillon français. D’abord au niveau de la sécurité. Il a par exemple fallu changer les noms des embarcations de sauvetage, des bouées ou encore des 980 brassières présentes à bord. Nous avons aussi travaillé sur la signalétique, qui était jusque-là italienne, voire encore finlandaise dans certains endroits. Il y a également eu quelques travaux de chaudronnerie en intérieur, sur des défauts que nous avions constaté. Et nous en avons profité, puisqu’il s’agit d’un début d’affrètement, pour prendre des mesures sur certains équipements, comme les safrans, les arbres d’hélices et les propulseurs ». A l’issue, le Vizzavona est sorti de cale sèche dimanche 3 juin.

 

Le Vizzavona dans la forme 8 de CNdM (© EMMANUEL BONICI)

Le Vizzavona dans la forme 8 de CNdM (© EMMANUEL BONICI)

 

 

Le Vizzavona dans la forme 8 de CNdM (© EMMANUEL BONICI)

Le Vizzavona dans la forme 8 de CNdM (© EMMANUEL BONICI)

 

 

Le Vizzavona dans la forme 8 de CNdM (© EMMANUEL BONICI)

Le Vizzavona dans la forme 8 de CNdM (© EMMANUEL BONICI)

 

 

(© EMMANUEL BONICI)

(© EMMANUEL BONICI)

 

 

(© EMMANUEL BONICI)

(© EMMANUEL BONICI)

 

 

Sortie de la forme 8 dimanche 3 juin (© EMMANUEL BONICI)

Sortie de la forme 8 dimanche 3 juin (© EMMANUEL BONICI)

Sortie de la forme 8 dimanche 3 juin (© EMMANUEL BONICI)

Sortie de la forme 8 dimanche 3 juin (© EMMANUEL BONICI)

 

Formation sur les scrubbers

Armé par une soixantaine de marins français, dont 10 officiers, le nouveau navire de Corsica Linea sera exploité sur les lignes vers le Maghreb et la Sardaigne. Alors qu’il a réalisé sa première traversée vers Ajaccio à vide, son activité commerciale doit débuter le 21 juin. Un laps de temps que la compagnie va mettre à profit pour permettre à l’équipage de prend en main son nouvel outil : « Il faut se familiariser avec le nouveau navire, ce qui ne se fait pas en une semaine en claquant des doigts, surtout que le Vizzavona présente la particularité d’être équipé de scrubbers (systèmes de lavage des fumées qui traite les rejets d’oxydes de soufre, ndr). L’équipage, notamment en machine, va être formé sur ce système », souligne Laurent Dalmas, qui dit, à l’issue de l’arrêt technique, avoir « une bonne impression » sur ce nouveau navire : « Il a été plutôt bien entretenu et est classé glace, avec des épaisseurs de tôle importantes qui le rendent très robuste ».

Cette caractéristique vient du fait que ce ferry, construit en Espagne, achevé en Allemagne et mis en service en 1999, fut à l’époque commandé par la compagnie finlandaise Finnlines pour naviguer en Baltique, dont de nombreuses parties sont gelées en hiver. Il fut exploité dans cette région, sous le nom de Finneagle, jusqu’en 2015, année où Grimaldi le prend en affrètement pour ses lignes en Méditerranée, avant de le racheter en 2017. C’est à cette occasion qu’il était devenu Euroferry Corfù.

Long de 188.3 mètres pour 28.7 mètres de large et une jauge de 30.114 GT, le Vizzavona compte 2500 mètres linéaires pour le fret et un garage pour 130 voitures. Comptant 192 cabines et 240 fauteuils, il peut accueillir 800 passagers. Equipé de quatre moteurs Sulzer 8ZAL40S, il affiche une puissance de 23 MW, sa vitesse étant de 19 noeuds. 

Un septième navire qui marque le développement de la compagnie

C’est le septième navire de Corsica Linea, société créée par des chargeurs corses qui a repris en mai 2016 l’activité de l’éphémère Maritima Ferries (MCM) de Patrick Rocca. Celui-ci avait été désigné par le tribunal de commerce de Marseille fin novembre 2015 pour succéder à la défunte SNCM. Après quelques semaines d’exploitation, il s’était éclipsé et a laissé Corsica Linea reprendre l’activité et six navires de la compagnie (Danielle Casanova, Pascal Paoli, Jean Nicoli, Paglia Orba, Monte d’Oro et Méditerranée).

Depuis, le nouvel armement corse, qui emploie 900 personnes (+ 450 saisonniers), poursuit son développement, avec un trafic en hausse : 568.000 passagers et plus d'un million de mètres linéaires de fret en 2017. L’affrètement du Vizzavona vient symboliser cette croissance. Avec ce navire, la compagnie se dote aussi de sa première unité équipée d’un système de traitement des oxydes de soufre (SOx). Les scrubbers constituent l’une des solutions qui permettra aux compagnies de répondre au durcissement de la réglementation internationale MARPOL, qui imposera à compter du 1er janvier 2020 une baisse des émissions de SOx des navires de 3.5% à 0.5%.

GNL et courant quai

Ces dispositifs peuvent être intégrés nativement sur les bateaux ou après rénovation, comme ce fut le cas pour l’Euroferry Corfù en avril 2017. Mais il s’agit là d’opérations coûteuses et techniquement très complexes, qui ne peuvent pas être conduites sur tous les navires. D’où l’essor sur les navires neufs, en particulier les ferries, des propulsions fonctionnant au gaz naturel liquéfié (GNL). Ce dernier présente non seulement l’avantage de traiter les SOx, mais aussi les rejets d’oxydes d’azote (NOx) et de particules fines, tout en réduisant significativement les émissions de dioxyde de carbone (CO2). Des avantages qui ont conduit Corsica Linea à décider d'opter pour le GNL dans le cadre d’un projet de modernisation de sa flotte, dont certaines unités, à l’image du Méditerranée (1989), sont en fin de carrière. 

Comme La Méridionale, la compagnie va également passer au courant quai à Marseille. A compter de l'an prochain, trois de ses navires, les Jean Nicoli, Pascal Paoli et Paglia Orba, se brancheront dans le port phocéen sur le courant électrique terrestre, évitant ainsi de faire tourner leurs générateurs pendant les escales. Une mesure qui éliminera les émissions polluantes durant ces périodes. 

 

Corsica Linea (ex-SNCM)