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Corvettes bulgares : Les syndicats de DCNS prudents

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Corvettes bulgares : Les syndicats de DCNS prudents

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Suite à l'annonce, jeudi dernier, de la finalisation prochaine d'un contrat de vente de quatre corvettes du type Gowind à la Bulgarie, les syndicats de DCNS jouent la prudence. Après l'échec des Bâtiments de Projection et de Commandement en Australie, la CFDT salue cette bonne nouvelle : « Ce succès va permettre de lancer concrètement un nouveau produit susceptible d'intéresser d'autres marines. Après les BPC, derniers nés de DCNS, et le démarrage du programme FREMM pour la Marine nationale, il s'agit là d'une belle occasion de montrer le savoir-faire des équipes dans le domaine des bâtiments de surface, tant en conception qu'en construction des navires ». Le syndicat s'inquiète, en revanche, des retombées avérées d'un tel contrat, estimé à environ 800/900 millions d'euros, sur l'emploi et la charge de travail des établissements français. Si le projet initial prévoyait la réalisation de la tête de série à Lorient puis la construction locale des trois unités suivantes, DCNS est, après l'annonce de jeudi dernier, resté très prudent quant au montage industriel désormais envisagé. Pour la CFDT : « De nombreux pays tiers, qui ont déjà une industrie navale en propre, exercent de fortes pressions pour que le contrat signé se traduise finalement par un unique transfert de technologie et une construction locale de leurs futurs navires. Au-delà des activités de conception et d'études préalables, l'entreprise sera-t-elle en mesure de conserver quand même une part significative de production associée à ce contrat ? ».

Créer une « tête de pont » en Bulgarie pour le marché export ?

Tout comme la CFDT, l'UNSA se veut également très vigilante sur le projet des corvettes bulgares : « Si l'objectif est de faire un premier bateau à Lorient et de se mettre en position d'en vendre d'autres ailleurs, c'est très bien. Tout comme nous estimons que les navires construits par la Marine nationale et payés par les fonds publics doivent être réalisés en France, on peut comprendre que le contribuable bulgare souhaite récupérer une partie du gâteau. En revanche, si ce contrat aboutit à leur donner des jeux de plans et à tout faire là-bas, avec le risque de se créer rapidement un concurrent, nous ne sommes plus d'accord », indique un responsable syndical. Ce dernier évoque, dans le même temps, une hypothèse selon laquelle DCNS pourrait opérer « un transfert de technologie pour produire à moins cher ». La CFDT partage cette crainte, s'interrogeant sur une éventuelle stratégie visant à « s'implanter dans ce pays par le biais d'une filiale ou d'un partenariat, en bénéficiant d'une main d'oeuvre locale à bas coût, et de s'en servir ensuite de tête de pont pour d'autres marchés export. DCNS privilégierait alors les résultats financiers à court terme au maintien des emplois dans l'industrie navale militaire en France. Avec les conséquences que l'on sait : plans de charge insuffisants dans plusieurs établissements entrainant de nombreux départs, donc des pertes irrémédiables de compétences et de savoir-faire ».

Eviter le « pillage » du savoir-faire

Les syndicats jugent comme dangereuse cette option, qui pourrait aboutir, selon eux, au « pillage » des savoir-faire acquis de longue date par l'entreprise. En la matière, l'industriel français a déjà rencontré quelques déconvenues : « Les transferts de technologie doivent être menés avec beaucoup de prudence. Quand on voit avec quelle rapidité les Singapouriens copient les Delta, ont peut raisonnablement estimer que DCNS n'est pas prêt de vendre d'autres frégates dans le sud-est asiatique. L'autre exemple est celui de Navantia. Avec le Scorpène, DCN a appris aux Espagnols à construire des sous-marins et maintenant ils présentent contre nous le S80. Ne recommençons pas cette erreur », explique-t-on à l'UNSA. Côté direction, on affirme qu'il est « tout à fait prématuré de parler de la création d'une filiale en Bulgarie ». Au siège de DCNS, on rappelle néanmoins que les clients étrangers exigent, aujourd'hui, des transferts de technologies pour accepter de signer des contrats. Face à cette situation, l'entreprise tente de garder des « verrous » stratégiques sur des équipements dont elle conserve en interne la réalisation. C'est notamment le cas pour les sous-marins indiens, dont certains éléments sensibles restent construits en France. Avec les navires de surface, la situation serait légèrement différente et les chantiers étrangers semblent, plus aisément, pouvoir acquérir la maîtrise de tels produits.

Corvettes : Après la Bulgarie, la Géorgie et le Maroc ?

Pour DCNS, le choix est difficile, la concurrence pouvant remporter les marchés si l'entreprise se montre trop frileuse en matière de transferts de technologie. L'industriel doit, dans le même temps, impérativement développer son marché à l'export afin de compenser la baisse des commandes nationales et entretenir son ingénierie. La direction souhaite qu'à l'avenir, le marché non domestique représente, au moins, 30% de son chiffre d'affaires. Or, depuis les Scorpène indiens, fin 2005, aucun gros contrat n'a été engrangé. Après l'échec australien, DCNS espère toujours placer le BPC dans d'autres pays. Afrique du sud, Turquie et Canada auraient notamment été prospectés. Du côté des sous-marins, l'arrivée d'un nouveau locataire à l'Elysée semble définitivement enterrer le projet de placer une longue série de Scorpène au Venezuela. Si le Brésil reste un client potentiel pour ce type de navires, la vente de ces submersibles aux Pakistanais serait en revanche mal engagée. L'Arabie Saoudite, de son côté, n'a toujours pas fait son choix sur ses prochains navires de surface, un marché pour lequel l'Américain Lockheed Martin souhaite exporter ses premiers Littoral Combat Ship. Si la commande de Gowind se confirme en Bulgarie, DCNS espère toujours prolonger la série avec deux corvettes supplémentaires pour la Géorgie. Le groupe serait, d'autre part, en pourparlers avec le Maroc pour la vente de bâtiments de surface. Corvettes ou frégates ? Là encore, les négociations s'annonceraient difficiles.

Naval Group (ex-DCNS)