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Croisières et Voyages

Reportage

Costa met sur cale son premier paquebot à propulsion GNL

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Construction Navale

Un peu plus de trois ans après le lancement du projet Excellence, en juin 2015, le plus important et ambitieux programme de constructions neuves de l’histoire de Costa Croisières a franchi mercredi 4 juillet une étape importante. Moins de 10 mois après la découpe de sa première tôle, le 13 septembre 2017, le futur Costa Smeralda, premier de cette nouvelle génération de paquebots géants dotés d’une propulsion fonctionnant au GNL, a vu son assemblage officiellement débuter au chantier finlandais Meyer Turku. Prévu pour entrer en service en octobre 2019, ce sera l’un des plus gros navires de croisière du monde. Long de 337 mètres pour une largeur de 42 mètres, il présentera  un tirant d’eau de 8.8 mètres et une jauge de 183.900 GT. Dotés de 2610 cabines, ce mastodonte pourra accueillir jusqu’à 6554 passagers, servis par 1646 membres d’équipage.

 

Le futur Costa Smeralda (© COSTA CROISIERES)

Le futur Costa Smeralda (© COSTA CROISIERES)

 

 

Tom Degerman, directeur de projet de Meyer Turku et Elisabetta Moraci

Tom Degerman, directeur de projet de Meyer Turku et Elisabetta Moraci lors de la cérémonie (© MER ET MARINE - VG)

 

L’évènement de jeudi, dont la marraine était Elisabetta Moraci, officier en second chez Costa et peut-être futur premier commandant féminin de la compagnie italienne, a été marqué par la traditionnelle cérémonie des pièces, destinées à porter chance au navire. Celles-ci n’ont pas, comme c’est le cas traditionnellement chez les armateurs européens, été soudées dans les fonds de la coque, mais déposées sur l’un des tins où est venu ensuite reposer un bloc du navire, qui a d'ailleurs constitué la toute première opération de ce type pour le nouveau portique de Turku. Les pièces seront récupérées au moment de la mise à l’eau, prévue dès février prochain, et sans doute exposées ailleurs. Une manière plutôt américaine, déjà vue chez d’autres compagnies US et peut-être héritée de la maison-mère de Costa, le groupe Carnival Corporation. On rappellera d’ailleurs à ce propos que le projet Excellence est l’un des volets d’un gigantesque plan d’investissement du groupe américain dans le développement d’une flotte de paquebots GNL pour plusieurs de ses marques, non seulement Costa ainsi que sa filiale allemande AIDA Cruises, mais aussi Carnival Cruise Line et P&O Cruises. Soit pour le moment un total de 9 navires commandés (3 AIDA, 2 Costa, 2 CCL, 2 P&O).

 

La section FERU (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

La section FERU (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Rostock livre une section de 140 mètres avec la propulsion GNL

En dehors de l’anecdote des pièces, la cérémonie de jeudi avait aussi pour particularité le fait que le premier bloc réalisé à Turku et posé ce jour-là n’était pas le premier élément du navire mis sur cale dans la grande forme de construction du chantier finlandais. Il est venu s’intégrer dans le prolongement d’une imposante section, longue de 140 mètres pour 42 mètres de large et 16 mètres de hauteur.

 

La section FERU dans la forme de construction de Turku (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

La section FERU dans la forme de construction de Turku (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Cette partie du futur bateau, appelée FERU (Floating Engine Room Unit), a été produite par le chantier Neptun Werft de Rostock, filiale comme Turku du groupe allemand Meyer Werft, dont le site historique est à Papenburg. La structure a été remorquée depuis Rostock puis, arrivée à Turku après un transit d'une semaine, est entrée dans la forme de construction le 26 juin. 

 

La section FERU avant sa mise à l'eau à Rostock (© COSTA CROISIERES)

La section FERU avant sa mise à l'eau à Rostock (© COSTA CROISIERES)

 

 

Vidéo de la construction puis du transfert de la section FERU (© DR)

 

La FERU abrite notamment quatre moteurs fournis par le groupe Caterpillar, des MaK 16 M 46 DF capables de fonctionner aussi bien au GNL qu’au diesel. L’autonomie des navires avec un fonctionnement au gaz est donnée à deux semaines pour une consommation totale de 3000 m3 de GNL. Ce dernier sera stocké dans deux cuves cylindriques principales, longues de 35 mètres pour un diamètre d’environ 8 mètres et une capacité de 1500 m3 de GNL chacune. S’y ajoute un troisième réservoir de 28 mètres de long, 5 mètres de diamètre et 550 m3.

Le groupe Carnival a confié à Shell la mission d’avitailler ses futurs paquebots en GNL, que ce soit en Méditerranée, en Europe du nord ou aux Etats-Unis. Pour le Costa Smeralda, qui sera exploité en Méditerranée occidentale, le port d’avitaillement sera normalement Barcelone.

« Le Costa Smeralda est le symbole de notre stratégie de développement durable »

Le nouveau fleuron de Costa sera le second paquebot fonctionnant au gaz, après l’AIDAnova, d’un gabarit similaire et qui est en cours d’achèvement à Papenburg en vue d’une livraison cet automne à AIDA Cruises. L’énorme avantage de ce nouveau mode de propulsion est de réduire de manière drastique les émissions polluantes, à commencer par les oxydes de soufre (SOx), les oxydes d’azote (NOx) et les particules fines. Par rapport à un carburant classique, les rejets de gaz à effet de serre (CO2) sont aussi significativement diminués. « Le Costa Smeralda est le symbole de notre stratégie de développement durable, où l’innovation permet de booster la croissance du secteur avec des navires dont l’impact environnemental est minimal. Sept nouveaux navires vont ainsi rejoindre le groupe entre 2018 et 2023, soit quatre pour Costa et trois pour AIDA. Et pour ceux qui sont déjà en service, au nombre de 26 aujourd’hui, nous avons un important programme destiné à réduire les émissions de CO2 et les émissions polluantes. 60% de la flotte est par exemple déjà équipée de scrubbers (systèmes de lavage des fumées permettant de traiter les SOx, ndlr) », explique Niel Palomba, président de Costa. Le reste de la flotte existante sera équipée d’ici 2020, du moins pour les paquebots exploités en Europe, aux Etats-Unis et en Chine, sachant que la compagnie a entrepris de se séparer de ses plus vieilles unités, comme le Costa neoClassica, vendu cette année.

 

L'AIDAnova en construction au chantier de Papenburg, en Allemagne (© MEYER WERFT)

L'AIDAnova en construction au chantier de Papenburg, en Allemagne (© MEYER WERFT)

 

Une série qui comptera sans doute plus de deux navires

Alors que l’AIDAnova sera suivi de deux sisterships, que Meyer Werft livrera en 2021 et 2023, Costa va d’abord prendre livraison en mars 2019 du Costa Venezia (323 mètres, 135.500 GT, 2116 cabines), en achèvement à flot dans le chantier Fincantieri de Monfalcone. Il s’agit du premier d’une paire de navires à propulsion classique destinés à être exploités par Costa Asia sur le marché chinois. Le second sortira des chantiers italiens en 2020. Pour l’Europe, la prochaine nouveauté de la compagnie sera donc le Costa Smeralda, qui ne va évidemment pas rester seul. Un premier sistership a d’ores et déjà été commandé en vue d’une livraison par Meyer Turku à l’automne 2021. Pour la suite, Neil Palomba, interrogé par Mer et Marine mercredi quant à un prolongement de cette classe, n’a évidemment pas répondu par l’affirmative. Mais cela ne fait pas vraiment de doute : « Comme vous le savez, un troisième navire pour AIDA a été commandé au début de cette année et les discussions se poursuivent avec le groupe Meyer Werft, auquel Carnival a déjà confié la réalisation de 9 navires. La seule chose que je peux vous dire est qu’une compagnie qui ne construit pas de nouveaux navires est une compagnie qui n’a pas d’avenir. Il est certain que nous passerons d’autres commandes dans le futur, reste à savoir quand, sachant que cela dépend aussi des slots disponibles dans les chantiers ». Or, que ce soit Turku, Papenburg ou d’autres chantiers européens, les cales sont actuellement pleines pour plusieurs années, ce qui oblige aussi les armateurs à réserver des emplacements, ces fameux slots, très longtemps à l’avance. Il ne serait donc pas étonnant que la série Smeralda soit rapidement allongée par Costa, ne serait-ce que du fait qu’en plus des projets du groupe Carnival, Turku va également être sérieusement mobilisé au cours de la prochaine décennie par ceux de son concurrent RCCL.

 

Neil Palomba, président de Costa Croisières (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Neil Palomba, président de Costa Croisières (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Une nouvelle page de l'histoire de la compagnie italienne

Pour en revenir au Costa Smeralda, Niel Palomba rappelle que ce navire ne constitue pas simplement une avancée sur le plan technique et environnemental. « Avec ce projet, il s’agit aussi d’innover pour proposer une nouvelle expérience de vacances inoubliable, que ce soit en matière de design, d’hospitalité et de divertissement ». Ce paquebot représentera une nouvelle ère pour la compagnie, qui fête en 2018 les 70 ans de sa création et va complètement changer de standards par rapport à sa flotte actuelle. Afin d’opérer ce tournant, Costa a confié son projet au designer new-yorkais Adam Tihany. Ce dernier, qui connait très bien l’Italie et y a vécu pendant ses études, a travaillé avec une équipe internationale d’architectes sur un nouveau concept, qu’il résume par deux mots : « Italia/Italy ». En clair aboutir à une synthèse entre ce que l’Italie représente pour les Italiens et comment le monde perçoit ce pays et sa culture.

Avec pour tous les espaces publics la même ambition de produire un navire exceptionnel en termes de design et imaginé pour être le symbole de la fierté, du goût des belles choses, de l’art de vivre et de cuisiner qui façonnent l’Italie et les Italiens. Pour cela, la conception des cabines a été attribuée au studio milanais Dordoni Architetti, qui a également travaillé sur les coursives et les escaliers, la salle de sport et le restaurant japonais. Adam Tihany s’appuie aussi sur d’autres designers renommés : L’Américain David Rockwell, qui a signé de grandes discothèques et célèbres restaurants, ou encore la scène de la cérémonie des Oscars, se charge des espaces de divertissement du nouveau paquebot de Costa. Le cabinet américain Jeffrey Beers International a pour sa part la responsabilité du casino ainsi que de plusieurs restaurants, bars et lounges. Enfin, Partner Ship Design, basé à Hambourg et spécialiste des navires de croisière, se charge de la conception de deux restaurants et plusieurs bars, ainsi que celle des ponts extérieurs. La société allemande remplit également le rôle d’architecte coordinateur, en étroite collaboration avec Meyer Turku et toutes les équipes impliquées dans la conception.

 

Une cabine du futur Costa Smeralda (© COSTA CROISIERES)

Une cabine du futur Costa Smeralda (© COSTA CROISIERES)

 

Les meubles, les luminaires, les textiles et les accessoires du Costa Smeralda ont tous été sélectionnés en collaboration avec des entreprises italiennes prestigieuses, parmi lesquelles Molteni&C (sofas et fauteuils), Roda (mobilier de balcon), Flos (lumières décoratives), Dedar et Rubelli (textiles et tissus d’ameublement). Ces marques font partie d’une équipe de 15 fournisseurs italiens, qui inclue aussi des noms tels que Kartell, Poltrona Frau et Alessi.  

A bord, les ponts et les espaces publics reprendront les célèbres lieux et places d’Italie, de Palermo (pont 4) à Trieste (pont 20).

 

 

Imaginé comme une ode à l’Italie, le Costa Smeralda débutera sa première croisière le 20 octobre 2019 lors de sa descente vers la Méditerranée. Il partira d’Hambourg, en Allemagne, pour une traversée de vernissage de 15 jours qui le conduira notamment à Marseille, avec une première escale de deux jours les 1er et 2 novembre 2019. Ce voyage s’achèvera le lendemain à Savone,  le grand port d’embarquement italien de Costa, où le navire sera baptisé.

Le 4 novembre 2019 débutera la croisière inaugurale de 6 jours, au départ de Savone, avec des arrêts à Barcelone, Marseille et Civitavecchia. Puis le Costa Smeralda continuera son programme en Méditerranée occidentale jusqu’en avril 2020, avec des croisières d’une semaine entre Savone, Marseille, Barcelone, Palma de Majorque, Civitavecchia et La Spezia.

 

Costa Croisières Meyer Turku (ex-STX FINLAND)