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Coupe de l'America : Gwénolé Bernard, jamais sans aile

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Coupe de l'America : Gwénolé Bernard, jamais sans aile

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De son aile rigide, il pourrait en parler pendant des heures, sans s'arrêter. A 30 ans, le Lorientais Gwénolé Bernard, architecte naval de formation, est à l'origine de l'aile de l'AC50 du défi français pour la Coupe de l'America. Une merveille de technologie qu'il bichonne chaque jour.

A bord du Ponant, trois mâts de croisière de 84 mètres de long qui accueille les VIP de « Groupama Team France », Gwénolé Bernard fait face à la presse. A lui d'expliquer à des non initiés, dans les langues de Molière et Shakespeare, le fonctionnement d'une aile rigide. L'aile, son bébé de 23 mètres de haut, pesant 445 kg pour une surface totale de 100 m².

Parenthèse Atlantique

Avant de se retrouver aux Bermudes avec le défi français, Gwénolé Bernard a beaucoup voyagé. Avec deux copains à bord d'un bateau de série, un Gib Sea 93. « Nous avons fait un prêt étudiant pour acheter ce voilier. Le projet s'intitulait "Parenthèse Atlantique" ». Un an à naviguer entre potes entre la Bretagne, l'Espagne, le Portugal, les Canaries, le Sénégal, le Cap Vert, la Guyane, l'arc antillais. Un périple inoubliable. « A la fin de mes études (NDLR : maths sup et maths spé, diplôme d'ingénieur naval à Brest), je suis parti travailler sur une plateforme pétrolière. » Puis il pose ses valises en Nouvelle-Zélande et frappe à la porte des Italiens de Luna Rossa, installés au pays du long nuage blanc. « Je leur ai dit que je voulais apprendre et que j'étais prêt à bosser gratuitement pour eux. »

Un mail de Franck Cammas

Il intègre le team italien en avril 2015. Et y restera trois ans. Trois belles années à Auckland, à San Francisco pour la Coupe de l'America et Cagliari. « C'est à ce moment-là que les Américains ont changé les règles de la 35e édition et que les Italiens se sont retirés. » Le Lorientais est immédiatement récupéré par le défi français. « J'ai reçu un mail de Franck Cammas et Martin Fisher. Ils savaient que chez Luna Rossa, je m'étais spécialisé sur l'aile. » L'aile, le moteur des catamarans volants. Cette « voile » faite d'un mât et d'une structure recouverte d'un film thermo-rétractable. Une merveille de technologie qui occupe Gwénolé à temps plein. « Je ne suis pas le seul à travailler dessus. On a collaboré avec Altran notamment, mais également avec des gens géniaux comme Nicolas de Castro et Julien Pilate. »

Boule au ventre

Depuis que l'AC45 Test et l'AC50 naviguent, jamais une sortie n'a été annulée à cause de l'aile. Gwénolé Bernard touche du bois. « Bon, j'ai toujours une boule au ventre quand il y a du vent car les manipulations ne sont pas simples. » A chaque sortie en mer, il faut compter une bonne heure pour mâter et une autre heure pour démâter. « C'est intense mais c'est vraiment passionnant. On a moins de moyens que les autres, on manque de temps mais on y croit. Bosser avec Franck Cammas, c'est génial. C'est quelqu'un qui comprend vite et bien les choses techniques. » En Nouvelle-Zélande avant-hier, en Italie hier, aux Bermudes aujourd'hui, Gwénolé Bernard ne sait pas où il sera demain. « Je sais juste que j'ai très envie de continuer avec cette équipe-là. Même si c'est une petite équipe, ça ne nous empêche pas de trouver la bonne idée qui fera la différence ».

Un article de la rédaction du Télégramme