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Coupe de l'America : L'envol aux Bermudes
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Coupe de l'America : L'envol aux Bermudes

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Ce samedi aux Bermudes, petite île perdue au milieu de l'Atlantique, la 35e édition de la Coupe de l'America va prendre son envol. Un lieu inédit aux airs de paradis, des catamarans volants très spectaculaires, un tenant du titre américain et cinq challengers, dont le défi français emmené par Franck Cammas. Pour « Groupama Team France », plus petit budget engagé, la tâche s'annonce très difficile.

Les règles du jeu ont-elles évolué ?

Les règles du jeu changent souvent et certains les résument ainsi : « La Coupe de l'America, vous dépensez beaucoup d'argent pour la gagner et vous changer les règles pour la conserver ». Ici, le vainqueur, appelé « Defender », a effectivement le droit de choisir le lieu et l'arme, le plan d'eau et le bateau. Les Américains ont ainsi renoncé à San Francisco, préférant les Bermudes. Pour réduire les coûts, ils ont remplacé les catamarans AC72 par des AC50, moins grands, plus rapides. Mais bourrés de technologie high-tech. Autre singularité, le « Defender » s'est invité cette année aux régates qualificatives... sans aucun risque puisqu'il disputera obligatoirement la finale.

Coupe de l'America. L'envol aux Bermudes

Les catamarans volants ça change quoi ?

Ça change tout. Le spectacle déjà, qui sera, sans aucun jeu de mot, à la hauteur ! Adieu les bords de près interminables avec des monocoques traînant du plomb à 7-8 noeuds. Maintenant, ça vole à 25-30 noeuds au près, plus de 35-40 au portant, les coques ne touchent presque plus l'eau, les régates, en duel, sont courtes (20 minutes maxi), intenses, spectaculaires. Bref, de la voile ultra moderne. Seul bémol : avec les vitesses folles de 35-40 noeuds et des appendices, foils et safrans, tranchants comme des lames de rasoirs, le danger est énorme en cas de chute à la mer. Franck Cammas, qui a failli y perdre un pied lors d'un accident en baie de Quiberon en novembre 2015, peut en témoigner.

La France a-t-elle une chance de gagner ?

Il faudrait un petit miracle. Le trio Franck Cammas - Michel Desjoyeaux - Olivier de Kersauson est parti plus tard que ses adversaires. Avec un budget de 30 millions d'euros, il est impossible de lutter contre les tycoons aux 100 millions d'euros. La voile est un sport mécanique qui nécessite deux choses : du temps et de l'argent. Le défi français a manqué des deux. « Être présent est déjà une première victoire », dit Cammas, qui pense surtout à la prochaine édition. Les sponsors n'ont pas resigné et attendent le résultat de cette édition. « Si on ne repart pas, on se fera piller, nos meilleurs éléments seront embauchés par les autres teams », craint le skipper qui rêve de ramener l'aiguière à Lorient. Les chances tricolores ? Qu'un vent faible, de l'ordre de 7-9 noeuds, souffle dans le Great Sound pendant les régates.

Coupe de l'America. L'envol aux Bermudes

Qui est favori ?

Les Américains d'« Oracle » car ils ont choisi le plan d'eau et le bateau. Ils naviguent aux Bermudes depuis deux ans, ont des moyens conséquents (NDLR : Larry Ellison, patron d'« Oracle », est la 7e fortune mondiale), possèdent deux bateaux quand les Challengers n'en ont droit qu'à un seul. « SoftBank Team Japan », avec un Dean Barker revanchard à la barre, est la copie conforme d'« Oracle ». En clair, Ellison s'est offert une deuxième équipe. Les Suédois d'« Artemis » ont, eux, explosé tout le monde dans la brise. Quant aux Anglais de « BAR », qui veulent absolument « ramener la Cup à la maison », ils ont trouvé beaucoup d'argent, 145 millions d'euros, mais le bateau de Ben Ainslie n'est pas une grande réussite. Enfin, les Néo-Zélandais, qui ont choisi de mouliner avec les pieds, ne recueillent que peu de suffrages. Non pas qu'ils soient mauvais mais parce qu'ils n'ont pas voulu signer les nouvelles règles. Il se murmure que les Kiwis, battus 9 à 8 en finale 2013 après une incroyable « remontada » américaine en baie de San Francisco, envisagent, en cas de victoire, de revenir au... monocoque.

 


Un article de la rédaction du Télégramme