Construction Navale
Crise ouverte aux chantiers de Saint-Nazaire

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Crise ouverte aux chantiers de Saint-Nazaire

Construction Navale

Ambiance explosive chez STX France, après le rejet par les partenaires sociaux de l'accord sur le chômage partiel aux chantiers de Saint-Nazaire. Le projet devait, notamment, protéger durant 8 mois les salariés contre les licenciements économiques. Il comportait, en outre, un vaste plan de formation, soit 326.000 heures au total. Celui-ci était destiné aux personnels touchés par la baisse de charge et aurait permis de développer les compétences sur de nouveaux secteurs, comme l'offshore. Faisant depuis plusieurs semaines l'objet de négociations, le texte aurait dû être validé cette semaine, prenant ainsi le relais d'un précédent accord, signé en février dernier et arrivant à échéance le 31 décembre. On le sait, ce projet suscitait une vive opposition entre les syndicats. Mais, face à la CGT qui le rejetait en grande partie, la CFDT, FO, la CFE-CGC et la CFTC s'y étaient ralliées, estimant que d'importantes concessions avaient été obtenues. Or, après avoir officiellement annoncé qu'elle signerait l'accord puis avoir émis un avis favorable au cours du Comité d'Entreprise du 8 octobre, contre toute attente, la CFDT s'est rétractée. De ce fait, en raison de la loi d'août 2008 réformant la représentativité syndicale, le texte, signé par FO, la CFE-CGC et la CFTC, ne peut être validé. En effet, la loi impose que, pour être juridiquement applicable, un accord doit être signé par des syndicats ayant obtenu 30% des voix aux dernières élections du CE. Les deux principales organisations de STX France n'apposant pas leur paraphe, il n'y a donc plus d'accord.

Droit de retrait face aux « menaces » pesant sur des représentants

Après le coup de théâtre de la CFDT, les trois autres syndicats signataires n'ont pas caché leur colère. « Conscientes des menaces qui pèsent sur nos emplois et sur l'avenir du chantier naval, nos trois organisations syndicales ont signé l'accord négocié. En toute responsabilité, nous avons fait le choix de protéger tous les salariés contre un plan de licenciement pendant 8 mois. Compte tenu de cette crise économique et sociale majeure, le temps ainsi gagné est précieux et utile. Du fait du refus de ce syndicat, cet accord n'est plus applicable. Ce n'est ni responsable, ni acceptable ! Ainsi, tous les salariés de l'entreprise se retrouvent sous la menace d'un plan de licenciement à plus brève échéance... », s'alarment FO, la CFE-CGC et la CFTC. Du côté de la CFDT, on explique les raisons pour lesquelles on a finalement décidé de ne pas signer le texte : « Le but de cette décision est de faire ouvrir les yeux aux gens. La situation est très tendue dans l'entreprise et ce n'est pas sain de passer en force. L'accord est bon et, contrairement à ce qui a pu être dit, il était plus avantageux que celui de février. Ce n'est pas de gaité de coeur que nous avons pris cette décision mais, vu le climat régnant actuellement aux chantiers, il y avait des menaces pesant sur des gens », explique un élu. Dans un communiqué, le syndicat a explicité : « Si la CFDT n'a pas signé cet accord, c'est parce qu'il y avait danger grave et imminent pour une partie de ses représentants, principalement dans les ateliers. En conséquence, nous avons fait jouer notre droit de retrait ».

Un personnel très divisé

La CFDT explique également sa décision par le fait que les 2400 salariés de STX France étaient très partagés sur le projet d'accord, comme en témoignent différents rassemblements organisés par la CGT. Cette dernière a réuni 700 personnes au cours de deux assemblées générales et, hier matin, 500 salariés ont débrayé à son appel. « Lorsque, dans une entreprise, plus de 700 personnes ne sont pas convaincues du bien-fondé d'un accord, faute d'informations suffisantes, et que des organisations syndicales vont signer, cela s'appelle un passage en force », estime la CFDT. Du côté de la CGT, on est évidemment satisfait, et on parle de victoire : « Pour la CGT, la mobilisation solidaire des salariés est un élément incontournable et il faudra poursuivre dans ce sens pour les futures échéances auxquelles notre organisation restera vigilante », explique le syndicat. Une victoire pour les uns et une défaite amère pour les autres. « Aujourd'hui, l'inquiétude, la déception, voire la colère sont énormes parmi de très nombreux salariés », notent ainsi FO, la CGC et la CFTC.

La direction va « prendre du recul »

C'est donc dans un climat « particulièrement tenu » que se termine cette semaine, alors que le plan de charge, faute de nouvelles commandes, atteint la cote d'alerte. « C'est dommage car beaucoup d'énergie a été dépensée pour bâtir cet accord. Il y avait notamment un gros volume de formation qui aurait permis, durant la sous-charge, de former les personnels aux nouveaux métiers. Nous ne le ferons donc pas. Mais ce n'est pas parce qu'on ne signe pas un accord qu'on fait un plan social. Il y a actuellement beaucoup d'émotion et notre volonté est de prendre du recul et de mesurer l'impact de cette décision syndicale », expliquait-t-on hier soir à la direction de STX France. Cette dernière se dit, par ailleurs, hostile à la proposition de la CFDT de signer des accords uniquement pour les cadres et les ATAM (administratifs, techniciens et agents de maîtrise), là où elle est, avec les syndicats signataires, très majoritaire - contrairement au collège ouvrier où la CGT détient une majorité. Pour la direction, une telle option n'est pas envisageable : « On ne veut pas une société à deux vitesses et nous ne pouvons pas gérer des gens en fonction de leur statut ».

Prendre des commandes d'urgence

Et maintenant ? C'est l'inconnue. L'accord de février va durer jusqu'au 31 décembre et, ensuite, il faudra bien trouver une solution. Les deux derniers paquebots du carnet de commandes, les MSC Magnifica et Norwegian Epic, sont en achèvement et quitteront Saint-Nazaire et mars et juin 2010. Après, il y a seulement le nouveau Bâtiment de Projection et de Commandement (BPC) commandé par le ministère de la Défense au titre du plan de relance. Ce programme, si important soit-il, ne représente que 20% de la charge annuelle du chantier. Dès le mois de décembre, les ateliers d'usinage, réouverts en mai dernier avec le BPC, vont de nouveau fermer. Puis ce sera au tour des autres services (préfabrication, armement etc.). Faute d'un important plan de formation et d'accords sur le chômage partiel, on imagine mal l'entreprise, s'il n'y a plus de bateaux à construire, éviter des mesures de licenciement. Et les perspectives de commandes ne sont pas légion. Le dossier MSC, avec deux nouveaux paquebots, est au point mort. STX vise un autre projet dans la croisière mais la compétition est rude et, comme il s'agit d'un prototype, il ne pourra entrer en production qu'après la phase d'études, c'est-à-dire dans au moins un an. Certains syndicats, à l'instar de la CGT, poussent également pour que les pouvoirs publics fassent pression sur Brittany Ferries afin que la compagnie commande un nouveau navire. Mais, là aussi, il faudra sans doute un peu de temps. Même chose dans l'offshore, où STX France fonde de grands espoirs dans plusieurs projets mais qui, s'ils sont décrochés, nécessiteront aussi des études. Il ne reste donc guère, pour garnir rapidement l'outil de production du site et éviter la paralysie totale de l'outil industriel, que le programme BPC. L'intérêt des Russes pour ce navire tomberait à pic ou, à défaut, le ministère de la Défense pourrait être prié de commander, avec diligence, un BPC4.

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