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Croisière : CLIA face à la fronde des ports français

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Croisière : CLIA face à la fronde des ports français

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Nouveaux remous dans l’Hexagone pour l’Association internationale des compagnies de croisière. Après la bronca générale suscitée en novembre dernier par l’éviction de son directeur général en France, CLIA est maintenant confrontée à une fronde des ports tricolores. Sur les 12 pôles portuaires jusqu’ici membres au travers des Clubs de la croisière, seuls Marseille et Ajaccio ont à ce jour renouvelé leur adhésion pour 2018. Les 10 autres ont suspendu jusqu’à nouvel ordre le paiement de leurs cotisations. Il s’agit de Bordeaux, Caen-Ouistreham, Cherbourg, Brest et Saint-Malo (Cruise Brittany), Nice, Cannes et Villefranche (French Riviera Cruise Club), Nantes Saint-Nazaire, La Rochelle, Le Havre, Sète et les ports de Var Provence Cruise Club emmenés par Toulon.

Ce qui est reproché à l’association

Ils dénoncent l’évolution de l’association vers une structure plus commerciales et standardisée à l’échelle mondiale, où bien qu’ayant le statut de partenaires, ils n’arrivent plus à faire entendre leur voix. « Nous sommes des acteurs incontournables du développement de la croisière car sans ports, il n’y a tout simplement pas de bateaux. Or, nous ne sommes pas associés aux décisions ni aux réflexions stratégiques, on ne sait même plus qui pilote vraiment cette association. CLIA est en plus en train d’évoluer vers un modèle anglo-saxon dont l’objectif premier est d’aller chercher des agents de voyages pour ramener de l’argent. C’est une logique qui nous parait très réductrice car le développement de la croisière ne peut pas se résumer à des aspects commerciaux. C’est pourquoi, à cette heure, nous ne voyons plus l’intérêt d’être partenaires », explique-t-on dans un port français.

« Une machine à vendre des croisières »

Dans un autre, on se montre encore plus corrosif : « Nous sommes très déçus et très agacés de la manière dont cette association est gérée. C’est en train de devenir une machine à vendre des croisières et un bras armé commercial des compagnies. Evidemment que le business est important mais quand on se présente comme le porte-voix de toute une industrie et une structure destinée à soutenir le développement de la croisière en général, il y a bien d’autres sujets à traiter. Le manque d’initiatives sur les questions environnementales, qui deviennent de plus en plus importantes dans l’opinion publique en Europe, est par exemple consternant. La croisière a été à violemment attaquée sur ce point et nous avons cru pouvoir nous appuyer sur CLIA pour répondre aux questions posées, avoir des données, des études… Au final, on nous a envoyé des éléments imbitables qui ne répondaient même pas à nos demandes ».

Fait nouveau, les ports, notamment les plus petits, n’ont manifestement plus peur de prétendues conséquences sur leur activité s’ils ne s’inscrivent pas docilement dans le sillage de l’association. « De nombreux ports ont longtemps cru qu’appartenir à CLIA ferait venir beaucoup de bateaux, ce qui d’ailleurs leur a parfois été vendu ainsi. Mais ils n’ont pas besoin de l’association pour accéder directement aux compagnies et ont aujourd’hui pris conscience que le nombre d’escales n’avait rien à voir avec leur appartenance ou non à l’association ».

Une réorganisation qui ne passe pas

Du plus petit au plus grand des ports français, car même ceux qui ont payé leur cotisation pour des raisons annexes soutiennent l’action collective, le feu couvait en réalité depuis un moment. Il ne manquait plus qu’une étincelle : « Le débarquement de Cédric Rivoire-Perrochat, qui avait fait un boulot remarquable en tant que directeur général de CLIA France - c’est d’ailleurs lui qui a convaincu la plupart des ports de rejoindre l’association - a été le déclencheur », estime le président d’un Club de la croisière. Au-delà du côté humain de cette décision, considérée par la plupart des acteurs français du secteur comme incompréhensible (voir notre article sur le sujet), la réorganisation de CLIA France liée à ce départ a fini de mettre le feu aux poudres. Il n’y aura en effet pas de successeur avec les mêmes attributions. En lieu et place, CLIA Europe va nommer un « Membership Manager ». Il s'agit de l'ancien patron de Croisières de France, dont la mission principale sera de développer le nombre d’adhérents, et donc les cotisations, auprès du réseau d’agents de voyages, vers lequel les actions de l’association doivent se renforcer, par exemple en matière d’e-learning. On notera que ce poste ne couvre pas uniquement la France mais également la Belgique et les Pays-Bas (voir notre article sur l'arrivée d'Antoine Lacarrière). Parallèlement, une seconde personne, ou plus vraisemblablement un cabinet spécialisé, sera chargé des missions de représentation et de promotion de l’industrie auprès des pouvoirs publics. Dans ce nouvel organigramme, les ports ont évidemment du mal à voir où sera leur place, d'autant qu'ils ne sont même pas cités dans les nouveaux objectifs stratégiques qui viennent d'être présentés aux membres de l'association. 

Les ports veulent être associés au pilotage

C’est pourquoi, en novembre dernier, ils se sont réunis et ont décidé de faire part à CLIA de leur déception comme de leurs attentes : « Nous avons tous été unanimes, il y a des questionnements et des inquiétudes auxquels l’association doit répondre. Mais nous n’avons eu jusqu’ici aucune réponse, ce qui nous a conduit à suspendre notre adhésion ». Pour autant, les ports français n’ont pas encore claqué la porte et espèrent enfin une réaction de CLIA : « Nous avons vraiment envie d’accompagner CLIA et de booster le marché français, qui ne demande qu’à exploser, c’est notre intérêt à tous. Mais nous voulons être de vrais partenaires, pas uniquement sur le plan financier. Les ports français souhaitent plus de visibilité et, surtout, être associés au pilotage de l’association, en particulier sur les décisions et réflexions stratégiques. Nous voulons également que les spécificités du marché français soient prises en compte et qu’un plan d’action concerté soit mis en œuvre ».

Mauvais signal

A 5000 euros la cotisation annuelle, les ports hexagonaux ont évidemment conscience de ne représenter qu’un « grain de sable » dans l’énorme machine CLIA, pilotée depuis les Etats-Unis. Mais leur fronde constitue une première dérangeante pour une association qui, depuis sa création suite au naufrage du Concordia en 2012, est habituée à ce que tout le monde marche au pas. Or, voir le quatrième marché d’Europe se rebiffer ainsi, car les critiques à l’endroit de CLIA traversent tout le secteur dans le pays, compagnies comprises, constitue un très mauvais signal, dans le pays et au-delà.

Les ports français semblent en tous cas décidés à aller jusqu’au bout, même s’ils laissent encore pour un temps la porte ouverte : « Nous leur laissons un peu de temps pour réagir mais si rien ne se passe rapidement, nous lancerons alors des actions pour reprendre notre destin en main ». Cela pourrait passer par la création d’une nouvelle structure française de promotion de la croisière, autour de laquelle pourraient se fédérer d’autres acteurs. 

 

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