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Croisière, ferries, rouliers : Toulon veut réaménager son port

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L’Oasis ou l’Allure of the Seas, les deux plus grands paquebots du monde, en escale à Toulon dans les prochaines années ? Ce sera bientôt techniquement possible car, si les accès nautiques permettent déjà l’entrée de ces mastodontes dans la rade varoise, le port compte se doter d’infrastructures permettant leur accueil à quai. Ainsi, Ports Toulon Provence a dévoilé un vaste projet prévoyant de totalement remodeler le port actuel, situé aux abords du centre-ville. Un nouveau quai de 400 mètres de long, avec un tirant d’eau de 10 à 11 mètres, serait créé entre le port de plaisance de la Darse Nord du Mourillon et l’actuelle gare maritime de Toulon, qui se transformerait en terminal croisière, avec un allongement du quai Fournel à une longueur de 370 mètres. L’espace entre celui-ci et le nouveau quai serait de 190 mètres, autorisant l’accostage des plus gros navires en service ou en construction. Le pôle croisière disposerait alors de deux grands postes d’amarrage et d’une station d’avitaillement, le côté du nouveau quai situé vers le Mourillon accueillant les bateaux des différents services portuaires, comme le remorquage, le pilotage, le lamanage... Le projet est porté par Ports Toulon Provence, syndicat mixte regroupant le Conseil général du Var et la communauté d’agglomération Toulon Provence Méditerranée, chargé d’aménager et d’exploiter 18 ports varois, dont celui de Toulon/La Seyne, exploité partiellement, sous concessions, par la Chambre de Commerce et d’Industrie du Var (CCIV).

 

Le projet d'aménagement du port de Toulon (© : PTP)

 

L'Allure of the Seas (© : RCI)

 

Infrastructures saturées avec la hausse du trafic

 

L’objectif  du projet est de faire face à l’augmentation significative du trafic lié à la croisière, a atteint en 2012 quelques 130 escales et plus de 320.000 passagers, contre seulement 70 escales et 119.754 passagers en 2009. Avec le nouveau pôle, le port pourrait doubler sa capacité d’accueil pour les paquebots de plus de 280 mètres. 

Depuis quelques années, la rade varoise connait un bel essor dans le domaine de la croisière, devenant non seulement un lieu d’escale, mais aussi un port d’embarquement, avec pour la première fois cette année une grande compagnie, en l’occurrence Royal Caribbean International, y positionnant tout l’été un paquebot en tête de ligne. « Toulon est une destination de plus en plus prisée et nous avons accueilli, cette année, six nouvelles compagnies, qui reviennent toutes l’an prochain. Cette activité génère d’importantes retombées économiques, non seulement pour Toulon et La Seyne, mais aussi pour le département, car il y a beaucoup de choses à découvrir dans le Var. Des programmes d’excursions se développent, par exemple la route des vins à l’est de Toulon (Bandol) et à l’ouest (Hyères, La Londe-les-Maures), qui intéresse beaucoup la clientèle étrangère », souligne Rémy Cassan-Barnel, directeur général de Ports Toulon Provence.

Alors que les réservations effectuées par les compagnies pour leurs escales de navires sont d’un niveau similaire pour 2013 et d’annoncent déjà supérieures en 2014, les infrastructures actuelles vont devenir insuffisantes. En plus du môle de la Seyne-sur-Mer, où l’accueil des paquebots a été développé ces dernières années, il convient donc de proposer de nouvelles solutions. D’où l’idée de transformer Toulon Côte d'Azur, le port du centre-ville qui, pour l’heure, est occupé essentiellement par les ferries, auxquels s'ajoutent déjà quelques petits paquebots.

 

Le port de plaisance de la Darse vielle et Toulon Côte d'Azur (© : CCIV)

 

Paquebot au terminal Toulon Côte d'Azur (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Ferries à Toulon Côte d'Azur (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Déménager les ferries vers Brégaillon ?

 

Si le projet de PTP voit le jour, il faudra trouver une solution pour les ferries. L’une des hypothèses avancées est d’étaler les arrivées et les départs des compagnies sur les deux postes qui restent disponibles sur Toulon Côte d’Azur, ce qui serait assez difficile à gérer et empêche tout développement. L’autre piste  consiste à déménager cette activité au port de Brégaillon, à La Seyne. Alors que le nord du site, sous influence de la pyrotechnie maritime, ne peut accueillir que des activités de fret et dispose d’un poste cargo et un poste roulier, la partie centrale de Brégaillon présente une superficie suffisante pour pouvoir installer jusqu’à quatre postes à quai pour l’accueil des passagers et véhicules empruntant les ferries. Pour PTP, le fait que Foselev et Topp Decide vont mener la déconstruction de trois anciens bâtiments de la Marine nationale à Brégaillon n’est pas un problème. « C’est un marché pour un an et trois bâtiments seulement, qui est compatible en termes de délais avec notre projet. Ensuite, une fois que ces coques, qui ne pouvaient quitter Toulon compte tenu de leur état, seront déconstruites, Ports Toulon Provence ne souhaite pas pérenniser une activité de déconstruction à Brégaillon », insiste Rémy Cassan-Barnel. « La décision d’installer les ferries à Brégaillon n’est pas prise. Mais, ce qui est sûr, c’est qu’en l’état actuel des choses, à terme, nous ne pourrons plus absorber à quai la croissance du trafic croisière. Ce déménagement est donc une option intéressante, d’autant qu’elle permettrait de développer le trafic ferries avec la possibilité de créer quatre postes à quai, tout en en diminuant les nuisances pour les riverains en centre ville ».

 

Roulier au port de Brégaillon (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Roulier au port de Brégaillon (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Développer l’activité roulière

 

L’installation des ferries au port de Brégaillon permettrait, de surcroît, une connexion directe avec l’autoroute. « La liaison avec l’autoroute se fera le plus au nord possible par le biais d’un giratoire afin d’éviter de perturber la circulation et l’accès routier à La Seyne-sur-Mer », explique PTP. Ces nouvelles infrastructures routières doivent également servir au trafic roulier vers la Turquie. La partie nord du port de Brégaillon, qui dispose d’un poste à quai et présente un espace suffisant pour la création éventuelle de trois nouveaux postes, est en capacité de voir le trafic roulier se développer significativement. La compagnie turque UN RORO, qui exploite une autoroute de la mer entre le port varois et Tekirdag, à l’ouest d’Istanbul, souhaite d’ailleurs renforcer sa présence avec, pour objectif, d’atteindre 50.000 remorques par an, contre 36.000 en 2011 et 38.000 en 2012, pour un service offrant deux allers-retours par semaine avec un temps de transit de trois jours. L’armement turc a, par ailleurs, fait connaitre son intention de développer le ferroutage, option envisageable au Brégaillon, qui dispose d’une voie ferrée sur le quai.

Paquebot à La Seyne (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Paquebot à La Seyne (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

La Seyne continuera d’accueillir des paquebots

 

Quant à La Seyne-sur-Mer, même avec la construction d’un terminal croisière à Toulon, l’ancien môle des chantiers ne serait vraisemblablement pas déserté, surtout durant la période estivale, où les deux quais du centre-ville ne seraient, de toute façon, pas suffisant pour accueillir tous les paquebots, surtout dans une perspective de croissance de l’activité croisière. La problématique de la situation géographique de La Seyne, située de l’autre côté de la rade, ne semble, par ailleurs, plus poser de problème en raison de la présence de liaisons maritimes traversant la rade. « Faire escale à La Seyne n’est pas forcément un handicap car il y a un transport maritime transrade et c’est original, notamment lorsque les traversées sont commentées. Il y a le réseau de transport de l’agglomération et, en plus, les compagnies négocient des navettes car cela est devenu un produit touristique ». Quant à l’impact du projet de nouveau quai sur le port de plaisance de la Darse Nord du Mourillon, Rémy Cassan-Barnel assure que, « non seulement on ne réduira pas sa capacité, mais au contraire nous l’augmenteront en réaménageant la darse ».

 

Le port de Toulon (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Mise en service espérée en 2015/2016

 

L’autorité portuaire estime à 18 mois la durée des travaux d’aménagement du pôle croisière de Toulon, qui pourraient être achevés, si le projet est mené à son terme, en 2015/2016. Avant de lancer le chantier, plusieurs étapes restent à franchir. D’abord une phase technique (études préalables, études d’impact, enquêtes publiques…) qui devrait durer un an. Parallèlement, une phase de concertation, notamment sur l’aménagement des terre-pleins adjacents pour une infrastructure installée en centre-ville, ce qui complexifie le projet. Il faut, en effet, dégager une surface d’un hectare environ pour développer le nouveau pôle croisière, avec par exemple la création d’une nouvelle gare maritime, de structures de services pour les équipages de paquebots ou encore un parking permettant d’accueillir une cinquantaine de bus pour les transferts et excursions des passagers. Le tout en récupérant de l’espace sur celui actuellement occupé par les ferries. « Le projet est aujourd’hui lancé et notre objectif est de le mener à son terme. Les pré-études sur la courantologie, l’agitation ou encore l’analyse des sédiments sont en cours. Nous allons maintenant bâtir le plan de financement sachant que nous estimons le coût autour de 30 millions d’euros ». Le projet, qui ferait l’objet d’un cofinancement entre PTP, l’Etat et les collectivités locales, doit notamment être inscrit dans le contrat de développement avec la région Provence Alpes Côte d’Azur, prévu pour être adopté début 2013.

 

Paquebots en rade de Toulon (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Maintenir l’attractivité du port varois

 

Pour Toulon, ce projet est présenté comme une opportunité pour développer les différents trafics du port. Mais il semble aussi crucial pour maintenir son attractivité auprès de certaines compagnies de croisière. D’autant que le port de Marseille a validé le chantier d’élargissement de sa passe nord, prévu pour être achevé en 2015, afin de faciliter l’accès des grands paquebots, dont un certain nombre se replie sur Toulon lorsque le Mistral empêche leur entrée dans la cité phocéenne. Il s’agit notamment, pour les Varois, de conserver comme client le groupe américain Royal Caribbean et sa tête de ligne à Toulon durant la saison estivale. Or, alors que RCC envisage de déployer un de ses géants du type Oasis en Méditerranée à compter de 2015/2016, Marseille ne cache pas sa volonté de récupérer la compagnie grâce à l’amélioration de ses accès nautiques et de l’ouverture d’un grand pôle de réparation de paquebots autour de la forme 10, dont la remise en service est prévue fin 2015. L’installation d’un nouveau terminal croisière à Toulon serait donc un argument de poids pour l’attrait du port varois, puisqu’elle valoriserait encore plus la sécurité qu’offrent les accès de la rade quelle que soient les conditions météo, mais aussi la présence de la Marine nationale.

 

Paquebot et bâtiment militaire (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Ports de Toulon et La Seyne-sur-Mer