Croisières et Voyages
Croisière : Le marché se tasse en Europe

Actualité

Croisière : Le marché se tasse en Europe

Croisières et Voyages

A l’occasion du Seatrade, la grande messe annuelle de l’industrie de la croisière qui s’est déroulée récemment à Miami, l’Association internationale des compagnies de croisière (CLIA) a annoncé les chiffres de fréquentation en Europe pour 2012. Certes, la CLIA a raison de mettre en avant un nouveau record car, avec 6.139 million de passagers, il n’y a jamais eu autant d’Européens à passer leurs vacances sur un paquebot. D’où la satisfaction affichée de Manfredi Lefebvre d’Ovidio, président de CLIA Europe : « 2012 a été une bonne année pour l’industrie européenne de la croisière, particulièrement au vu des défis de l’année. La multiplication par deux du nombre de croisiéristes européens sur les 8 dernières années reflète la qualité, l’innovation et la grande variété de l’offre que nous proposons à nos passagers ».

 

 

Une croissance réduite à 1% seulement

 

 

Mais au-delà du record, les chiffres montrent une autre réalité. Pour la première fois depuis 2004, la croisière marque le pas en Europe, sa progression se tassant clairement. Ainsi, l’augmentation n’a été que de 1% en 2012, alors qu’elle était de 5% l’année précédente, de 12.6% en 2010, 11.8% en 2009 et 10.4% en 2008. Deux marchés principaux ont plombé la croissance du secteur l’an dernier. Il s’agit de l’Italie (3ème marché européen avec 799.000 passagers) et de l’Espagne (4ème marché avec 587.000 passagers), qui ont respectivement chuté de 9% et 18%. En Italie, le naufrage en janvier 2012 du Costa Concordia, de la compagnie nationale Costa Croisières, semble avoir eu un impact significatif sur les ventes, tant ce drame a défrayé la chronique dans les medias transalpins. S’y ajoutent les conséquences de la crise économique, qui sont quant à elles la raison majeure de la décrue enregistrée en Espagne, particulièrement touchée par ce contexte défavorable. L’Espagne, qui a connu l’an dernier la faillite de l’un de ses quatre opérateurs principaux, Happy Cruises, alors que Pullmantur, comme Iberocruceros, ont réduit la voilure

.

 

La Grande-Bretagne stagne, l’Allemagne et l’Europe du nord résistent bien

 

 

Le marché britannique, premier d’Europe, n’a pas permis de compenser les pertes italiennes et espagnoles, puisque pour la première fois depuis longtemps, il n’a pas progressé en 2012. Avec 1.7 million de passagers au Royaume-Uni, l’année s'est soldée par une stagnation (0%),  à comparer à une hausse de 5% en 2011. A la seconde place européenne, l’Allemagne a, en revanche, poursuivi sa croissance, certes moins forte que les années précédentes (de 13 à 19% entre 2008 et 2011), mais avec une augmentation de 11%, le marché allemand s’est renforcé, en atteignant 1.54 million de passagers. A ce rythme, il pourrait devenir le premier d’Europe dans les toutes prochaines années. La tendance est identique pour les autres pays du nord du continent, notamment en Scandinavie (324.000 passagers, +6%) et aux Pays-Bas (110.000 passagers, +12%), ainsi qu’en Suisse (131.000 passagers, +8%) et en Autriche (108.000 passagers, +4%). Ces chiffres reflètent la situation économique des différents pays, certains étant plus touchés que d’autres par la crise, dont l’impact est plus ou moins important sur le pouvoir d’achat des consommateurs et notamment des vacanciers. Le renforcement de l’offre sur certains marchés, comme en Allemagne et aux Pays-Bas, contribue par ailleurs à la croissance dans ces zones.

 

 

France : Croissance continue et compréhension des chiffres

 

 

Pour l’Hexagone, l’année 2012 restera comme une bonne année. Même si les objectifs du maintien d’une croissance à deux chiffres n’ont pas été atteints, pas plus que la barre symbolique des 500.000 passagers, le marché français (5ème d’Europe) a encore enregistré une belle progression, soit 9%, pour 481.000 passagers. « Les acteurs de la croisière en France constatent avec satisfaction une progression du marché dans un contexte touristique plutôt difficile. Ces considérations nous autorisent à formuler de bons espoirs sur le développement de ce marché dans les années qui viennent », note Georges Azouze, président de l’Association Française des Compagnies de Croisière (AFCC). Celle-ci souligne que, depuis le début de la crise économique en 2007, la France « s’est montrée particulièrement résistante avec une croissance du marché de la croisière maritime moyenne de 11.4% sur 6 ans. Le taux de pénétration de la croisière reste néanmoins faible dans le paysage touristique (0.6%), confirmant ainsi tout les perspectives positives de croissance que notre marché offre à l’horizon 2020 ».

Concernant les chiffres, quelques éclairages s'imposent. Alors que le gain fut de 40.000 passagers selon les statistiques officielles entre 2011 et 2012, les annonces cumulées des opérateurs ne semblent pas correspondre à ces résultats. Ainsi, MSC et Croisières de France évoquent respectivement 30.000 et 25.000 passagers supplémentaires l’an dernier. Costa, qui ne donne pas de chiffres officiels par pays depuis plusieurs années, affirme néanmoins que ses ventes sur le marché hexagonal ont également progressé, alors que Royal Caribbean a, mécaniquement (puisque cet armateur a ouvert des lignes au départ de France en 2012), connu la même tendance. Pour Costa, la hausse se situerait entre 15 et 20.000 passagers, alors qu'on peut estimer la croissance de Royal à au moins 5000 passagers. En cumulé, cela fait donc entre 75 et 80.000 passagers supplémentaires rien que pour les quatre leaders du secteur. Toutefois, dans le même temps, le secteur a essuyé des pertes. On pense notamment au retrait de Louis Cruises, qui disait représenter 35.000 passagers en 2011 et dont une partie importante de la clientèle s'est probablement retournée vers Croisières de France. Quant à NDS Voyages (12.000 passagers annuels), la faillite du voyagiste français l'an dernier s'est produite après la saison estivale, laissant imaginer qu'il a réalisé autour de 8000 passagers en 2012. En prenant en compte une hausse globale des « petits » opérateurs (au regard du nombre de passagers français transportés, pas forcément de la taille des opérateurs) on retombe donc, bon an mal an, sur les chiffres avancés par la CLIA et l'AFCC.

 

 

Les clés du succès

 

 

Quoiqu’il en soit, une chose est certaine : la croisière poursuit son développement et s’installe progressivement et durablement, dans l’esprit du grand public, comme un mode de vacances comme les autres. La démultiplication de l’offre, à la fois en nombre et types de navires, avec un rajeunissement considérable de la flotte, mais aussi de destinations et de produits (grands clubs flottants familiaux, expéditions, luxe, navires adaptés à telle ou telle clientèle nationale…) y a largement contribué, en démocratisant les voyages maritimes. Ainsi, la croisière, dépoussiérée et modernisée, s’adresse aujourd’hui à tous, de la famille « moyenne » à la clientèle haut de gamme, du retraité au jeune couple ou au groupe d’amis, des vacanciers en quête de farniente et de fête comme à ceux avides de culture, de découvertes et d’émotions dans les régions les plus diverses du monde, y compris les plus reculées.

Cette incroyable diversité, prompte à séduire une clientèle extrêmement large, est soutenue par une meilleure accessibilité aux croisières en termes de ports d’embarquement. Ainsi, des efforts significatifs ont été consentis dans l’aménagement de terminaux et l’implantation de têtes de lignes au plus près des bassins de population (sans oublier le développement des lignes aériennes à bas coût, facilitant les transferts vers des ports nationaux et étrangers). La baisse significative des prix enregistrée ces dernières années est également l’une des clés du succès. L’entrée en flotte des grands paquebots a permis des économies d’échelle et donc des prix d’appel particulièrement séduisants.  Et les marges de progression demeurent importantes puisque, comme le rappelle l’AFCC, le taux de pénétration de la croisière est encore très bas. Il y a donc encore une masse considérable de clients potentiels à conquérir, alors que les campagnes de publicité sont en plein essor. C’est l’une des raisons pour lesquelles, depuis le début de la crise, en 2008, cette industrie a beaucoup moins souffert que la plupart des autres segments du tourisme.

 

 

Une année 2012 difficile

 

 

Malgré tout, 2012 aura constitué un challenge pour le secteur. Comme nous l’avons déjà écrit à plusieurs reprises, la catastrophe du Concordia n’a pas, sur le marché global, entrainé de défiance de la clientèle. Peut-être même au contraire, ce terrible accident amenant les habitués des croisières à évoquer avec leur entourage ce mode de voyage, suscitant probablement de nouvelles vocations. En revanche, une certaine période de deuil s’est instaurée entre janvier et mars, trois mois durant lesquels la communication et le marketing des opérateurs ont quasiment cessé. Les compagnies ont donc, ensuite, été contraintes de mettre les bouchées doubles pour remplir les navires à partir du printemps. Alors que la tension sur les prix était déjà palpable en 2010 et 2011 en raison de l’impact de la crise sur le pouvoir d’achat et de l’entrée en flotte de nombreux paquebots, il en a résulté une chute sensible des prix, notamment sur les produits d’appel, et très probablement une baisse des rentrées financières des opérateurs. Y compris sur les ventes à bord puisqu’un passager dépensant 300 euros pour une semaine de croisière a, de manière générale, un budget moins important à dépenser sur le navire qu’un client achetant un voyage à un prix nettement supérieur.  Il sera donc très intéressant de voir les statistiques que la CLIA diffusera cet été sur les retombées économiques du secteur en 2012 (la croisière représente en Europe environ 315.000 emplois génère 48 milliards de dollars). Ces chiffres devraient répondre à la question de savoir si les recettes ont baissé. Car il n’est pas interdit de penser que, si le nombre de passagers a progressé de 1% l’an dernier, le chiffre d’affaires global des opérateurs a peut-être reculé. En attendant, on constate que le marché demeure tendu en raison du contexte économique toujours difficile. Ainsi, comme dans le reste du tourisme, de nombreux passagers attendent les promotions de dernière minute pour s’engager, ce qui obère la visibilité du secteur, notamment le réseau d’agents de voyages. Par chance, la croissance de la capacité est contenue en 2013, avec relativement peu de nouveaux navires arrivant sur le marché européen et un redéploiement partiel de la flotte vers d’autres marchés, comme l’Asie. Cela peut contribuer à assainir la situation. Chez certains professionnels, on constate en tous cas une légère remontée des prix de vente par rapport à 2012, et on croise les doigts pour que cette tendance se confirme…

Croisières maritimes et fluviales | Actualités du secteur