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Croisière : Nouveau bond français dans un marché européen contrasté

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Croisière : Nouveau bond français dans un marché européen contrasté

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Bilan mitigé, du moins en apparence, pour l’industrie de la croisière en Europe, à l’exception notoire de l’Allemagne et de  la France, la première prenant la place de leader sur le continent et la seconde y enregistrant la plus forte progression. Certes, le marché global continue de croître mais, avec 6.387 millions de passagers européens en 2014, l’augmentation ne fut que de 0.5% par rapport à 2013, déjà marquée par un net ralentissement (1% de mieux seulement par rapport à 2012). « La croissance plus lente nous rappelle que le succès ne peut jamais être tenu pour acquis. Nous sommes optimistes pour le futur, nous constatons que la demande mondiale pour la croisière est en hausse, et nous savons que les opportunités pour l’Europe sont nombreuses – depuis les faibles taux de pénétration du marché jusqu’aux nouveaux navires qui seront lancés. Mais nous devons collaborer plus étroitement avec les acteurs de l’industrie et législateurs européens pour surmonter les obstacles et augmenter la pression pour une Europe plus favorable à l’industrie », commente Pierfrancesco Vago, président de CLIA Europe et de MSC Cruises. Parmi les mesures urgentes réclamées par les acteurs du secteur, il y a la révision du code des visas, qui faciliterait notamment les relèves d’équipages sur les navires. « Si nous n’agissons pas rapidement pour l’adopter, l’Union Européenne risque de perdre en compétitivité au profit de pays tiers ainsi qu’en chiffre d’affaires en termes de commerce, investissements et emplois. A contrario, l’adoption d’un Code des Visas adapté relancerait le secteur du tourisme européen, et permettrait à l’industrie de contribuer encore davantage à l’économie et à la société en Europe », souligne Raphael von Heereman, secrétaire général de CLIA Europe.

De nombreux pays orientés à la baisse

Dans le détail, la croisière européenne a notamment été portée en 2014 par l’Allemagne, qui dépasse pour la première fois le Royaume-Uni et devient le premier marché européen avec 1.77 million de passagers contre 1.64 pour les Britanniques. L’activité allemande a connu une nouvelle hausse de 5% en 2014, moins soutenue qu’auparavant (la progression fut en moyenne de 11.6% ces cinq dernières années) mais toujours solide dans un marché devenu plus mature. A l’inverse, le Royaume-Uni et l’Irlande, qui marquaient le pas depuis 2012, ont reculé de 5% l’année dernière. Troisième marché européen, l’Italie a également terminé 2014 en repli, soit une diminution de 3.1% (842.000 passagers). Après une chute de 9.4% en 2012 et un rebond de 4% en 2013, elle ne parvient donc pas à retrouver son niveau de 2010/2011.

La France, en revanche, a connu une excellente année avec une hausse de 13.7%, la plus importante d’Europe, pour un total de 593.000 passagers. Sur cinq ans, la hausse moyenne est de 11.4% dans l’Hexagone, qui pourrait bien, si la tendance se confirme, dépasser l’Italie et atteindre le cap du million de passagers d’ici le début de la prochaine décennie.

La France a désormais clairement dépassé l’Espagne à la place de numéro 4 du marché européen. La péninsule ibérique, gravement touchée par la crise économique, s’est encore repliée de 4.3% en 2014 (454.000 passagers) après une chute de 18.1% en 2012 et de 17.6% en 2013.

Concernant les autres marchés européens, la Scandinavie continue de progresser, avec une nouvelle hausse de 5.6% en 2014, soit 305.000 passagers, pour une augmentation moyenne de 14.5% depuis cinq ans. Les voyants sont également au vert pour la Belgique et le Luxembourg (77.000 passagers, +6.6% en 2014).

En revanche, tous les autres pays où la croisière constitue une activité significative sont orientés à la baisse : la Suisse (143.000 passagers, - 5.9%), l’Autriche (122.000 passagers, - 3.2%) et les Pays Bas (109.000 passagers, -4.3%).   

 

Paquebots à Barcelone (© MER ET MARINE - KEVIN IZORCE)

Paquebots à Barcelone (© MER ET MARINE - KEVIN IZORCE)

 

La baisse de capacité comme explication

Après des années de forte croissance, la croisière semble donc marquer le pas en Europe depuis deux ans. Les chiffres sont néanmoins à prendre avec précaution car ce qu’ils ne laissent pas transparaître, c’est une baisse de capacité sur de nombreux marchés européens en 2014, une partie de la flotte ayant été réaffectée dans d’autres régions du monde. Ce fut le cas par exemple au Royaume-Uni, où Royal Caribbean n’a pas basé de navire l’an dernier, mais aussi aux Pays-Bas, Holland America ayant réduit le nombre de départs. Idem pour l’Espagne, où Iberocruceros est passée de trois à un paquebot avant de cesser son activité en octobre (la baisse de 4.3% du marché espagnol n’est donc fondamentalement pas un mauvais résultat et pourrait même signifier un début de reprise). L’Italie, de son côté, n’a pas bénéficié d’entrée en flotte de nouvelles unités chez MSC. Quant au Costa Diadema, il n’est véritablement entré en service que début novembre et Venise, en raison des restrictions de navigation envisagées, a vu la taille des bateaux se réduire. A l’inverse, les capacités ont augmenté en Allemagne, ainsi que dans l’Hexagone, qui a notamment enregistré l’arrivée d’un second navire chez CDF, permettant de doubler les capacités de la compagnie.  

Un fort potentiel et plus de navires en 2015

Le tassement global des résultats ne révèle donc pas une tendance mais constitue plutôt, dans de nombreux pays, une baisse mécanique. Et, tout aussi logiquement, on devrait assister à un rebond en 2015 sur certains marchés, notamment le Royaume-Uni, qui va gagner trois navires (Britannia, Anthem of the Seas, Magellan), alors que les capacités vont aussi croître en Méditerranée, avec par exemple le positionnement pour toute la saison estivale de l’Allure of the Seas au départ de Barcelone.  

Au-delà du gabarit de la flotte, il ne faut pas non plus oublier que la croisière reste l’un des secteurs les plus dynamiques de l’industrie du tourisme et que son potentiel de croissance demeure considérable. Ainsi, Pierfrancesco Vago rappelle que, malgré un contexte économique difficile, le marché européen a enregistré une hausse de 44% depuis 2008.

Un essor remarquable dans l’Hexagone

Pour ce qui est de la France, les résultats furent donc excellents en 2014, avec 70.000 nouveaux clients, et les professionnels anticipent une nouvelle hausse cette année. « CLIA France se réjouit de la forte croissance enregistrée en 2014 par le marché français, nous permettant de consolider notre place de 4ème marché source en Europe, et ce malgré un environnement économique toujours tendu. Ces excellents résultats, obtenus grâce notamment à une augmentation de l’offre au départ de France et à l’implication de tous les acteurs de l’industrie, démontrent que la croisière gagne chaque année des parts de marché et s’inscrit pleinement dans le paysage des vacances des français », déclare Georges Azouze, président de CLIA France et de Costa Croisières France.

Alors que la Méditerranée reste la destination favorite des français (63%), devant les Caraïbes (17%) et l’Europe du Nord (10%), le marché tricolore a donc bénéficié d’une augmentation de capacité sur les départs de proximité depuis les ports nationaux, essentiellement sur les flottes des trois plus gros opérateurs (Costa, MSC et Croisières de France) qui représentent 87% du marché.  Ainsi, le Zenith est venu enrichir l’offre de CDF, tandis qu’en fin d’année, Costa a positionné à Marseille son nouveau paquebot amiral, le Costa Diadema, qui embarque chaque semaine un millier de passagers dans le port phocéen.

Soulignant que l’Hexagone est aussi une destination privilégiée pour 2.5 millions de croisiéristes accueillis en escales, Cédric Rivoire-Perrochat, secrétaire général de CLIA France, rappelle par ailleurs que la croisière engendre d’importantes retombées sur l’économie. «Le marché français a montré une extraordinaire résilience à la crise que la France et l’Europe traversent depuis 2008, et contribue de manière significative à l’économie nationale, en générant plus d’un milliard d’euros de contribution économique et près de 15.000 emplois en 2013. Avec les perspectives de croissance de l’industrie de la croisière, cette contribution est appelée à peser encore plus dans le futur ». 

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