Croisières et Voyages

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Croisières de France : Un second navire et de nouvelles ambitions

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La compagnie française, filiale de l’Espagnol Pullmantur (lui-même filiale du groupe américain Royal Caribbean Cruises Ltd), confirme qu’elle exploitera un second paquebot à partir de juin 2014. Il viendra épauler l’Horizon, construit en 1991 et qui a débuté son activité aux couleurs de CDF en avril dernier après une importante rénovation à Marseille. Ce navire de 46.800 tonneaux, qui dispose de 720 cabines, a pour mémoire succédé au Bleu de France (37.000 tonneaux, 374 cabines), avec lequel Croisières de France a débuté son activité en 2008. L’arrivée d’un second paquebot aux côtés de l’Horizon doit permettre à la compagnie de poursuivre sa croissance. Ainsi, après être passée de 25.000 passagers en 2011 à 52.000 passagers cette année, CDF ambitionne d’atteindre 55.000 passagers en 2013 puis, en 2014, de passer à 100.000 passagers et même, si possible, à 130.000 en 2015. La compagnie pourrait alors représenter 16 à 18% du marché hexagonal de la croisière, contre 11 à 12% aujourd’hui. Cela suppose, notamment, que CDF exploite au moins un navire à l’année et le second, qui sera également mis aux couleurs de la marque française, uniquement durant la période estivale (ce qui est le cas aujourd’hui avec l’Horizon, qui ne navigue pour le compte de la marque française qu’entre avril et novembre). Suivant la taille du prochain paquebot, il est même envisagé, au cas où cette seconde unité serait comme l’Horizon de moyen tonnage, de recourir à un troisième navire.

 

L'Horizon à Marseille (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Un choix entre trois paquebots

 

Pour l’heure, le choix du second navire de CDF n’est pas arrêté, plusieurs hypothèses étant envisagées. La première consisterait, comme ce fut le cas pour l’Horizon, à prélever une unité dans la flotte de Pullmantur. Il peut notamment s’agir du Zenith (1992), sistership de l’Horizon. Un temps, on envisageait également la reprise du Monarch ou du Sovereign (of the Seas), deux unités plus grosses (73.000 tonneaux, 1200 cabines) construites à Saint-Nazaire et livrées en 1991 et 1988 à Royal Caribbean International (filiale principale du groupe RCL auquel appartient Pullmantur). Le premier a été versé en mars 2009 à Pullmantur et le second achèvera sa carrière en mars 2013 au sein de RCI, avant de rejoindre son aîné au sein de la compagnie espagnole. Mais, finalement, c’est plutôt la reprise du troisième et dernier paquebot de cette série, le Majesty of the Seas (1992), qui serait étudiée, son remplacement étant justement prévu en 2014 par le premier paquebot du nouveau projet Sunshine. Enfin, une autre hypothèse émerge chez Celebrity Cruises, autre filiale de RCL qui exploitait à l’origine l’Horizon et le Zenith. Le Celebrity Century (71.545 tonneaux, 875 cabines), mis en service en 1995, va lui-aussi être amené à quitter Celebrity Cruises dont la flotte va se concentrer sur ses unités les plus récentes des classes Millennium et Solstice.

 

 

Le Zenith (© PULLMANTUR)

 

Le Majesty of the Seas (© RCI)

 

 Des avantages et des inconvénients

 

Le Century a été sérieusement rénové il y a deux ans et, malgré sa réputation de « rouleur » lorsqu’il y a un peu de mer, il s’agit d’un très beau bateau. Offrant légèrement plus de capacités que l’Horizon (155 cabines supplémentaires), il permettrait à CDF de rester dans le même type de gabarit, en récupérant au passage une unité plutôt haut de gamme. Le coût d’exploitation du navire est d’ailleurs relativement élevé, ce qui impliquerait sans doute des tarifs en moyenne un peu plus chers que sur l’Horizon. La solution du Zenith offrirait quant à elle l’avantage de procurer une flotte homogène à CDF, donc plus simple à exploiter. En revanche, l’intégration d’une unité de la taille du Majesty constituerait pour la compagnie un challenge autrement plus important en termes de remplissage. Et, en attendant que l’augmentation de la clientèle de CDF soit suffisante, il serait sans doute nécessaire de compléter significativement l’occupation du navire, à ses débuts, avec des croisiéristes étrangers, ce qui obligerait le paquebot à embarquer dans d’autres ports, par exemple en Espagne et en Italie (et donc limiterait les possibilités d’itinéraires) au risque de dénaturer le produit proposé, notamment l’aspect 100% francophone.

 

 

Le Celebrity Century (© CELEBRITY CRUISES)

 

Internationalisation partielle

  

Pour autant, CDF ne se montre pas hostile à l’internationalisation de sa clientèle, si tant est qu’elle soit limitée. Déjà, certains passagers étrangers embarquent à bord de l’Horizon et cette tendance pourrait s’accroître dans les prochaines années. « CDF est un produit français mais il faut que ce soit aussi une marque internationalement connue, en fixant toutefois des limites. Je pense qu’un maximum de 20% de passagers étrangers est un bon chiffre pour conserver la nature de notre produit et permettre aux clients internationaux de goûter l’art de vivre à la française, profiter de l’ambiance, des itinéraires et des excursions », explique Antoine Lacarrière. Le directeur général de CDF souhaite, d’ailleurs, renforcer le positionnement de la marque : « La marque doit être la plus forte possible et les gens venir parce que c’est Croisières de France et que derrière la marque, il y a une promesse ». L’objectif est donc de poursuivre l’amélioration du produit et de se démarquer de la concurrence, non seulement en conservant la formule « tout inclus », mais aussi en travaillant, par exemple, sur les itinéraires et la qualité des excursions, avec des croisières plus longues.

 

L'Horizon à Marseille (© CDF)

 

Deux navires, deux concepts différents

  

L’arrivée d’un second navire en 2014 pourrait être l’occasion pour CDF de développer plusieurs segments d’activité. La compagnie songe, en effet, à recouvrer avec l’Horizon l’esprit « Bleu de France », du nom de son premier navire, avec le retour de croisières longues et le développement de nouveaux itinéraires assortis d’une gamme d’excursions retravaillée. Le succès de la croisière Odyssée de 11 jours entre Marseille et les îles grecques, l’an prochain sur l’Horizon, démontre qu’il y a une attente de la clientèle pour ce type de produit. Ce qui est finalement logique puisque CDF est longtemps restée sur des destinations traditionnelles, se concentrant sur la Méditerranée occidentale, provoquant à la longue une attente des habitués pour de nouveaux circuits.

Dédiée à une clientèle de fidèles, à des croisiéristes avertis, le concept « Croisière de France Vintage » serait adossé à celui, plus traditionnel, proposé sur le second navire. Positionné sur des traversées classiques en Méditerranée, ce dernier pourrait être proposé aux nouveaux clients, qui découvrent la croisière et la marque, avec des tarifs plus accessibles. L’hiver, le second paquebot serait repris par Pullmantur, pour être exploité aux Caraïbes et en Amérique latine. Quant à l’Horizon, il conviendra de voir, lorsqu’il sera confié à CDF toute l’année, quel positionnement sera choisi pour ce bateau en hiver, sachant qu’il pourrait débuter sur cette saison dès la fin 2013. La piste des Antilles, initiée en 2008/2009 lors de la première année d'exploitation du Bleu de France puis abandonnée ensuite,  est évoquée. Mais, si séduisante soit-elle, cette hypothèse se confronte à quelques problèmes : d’abord, la compagnie doit éviter une concurrence interne avec sa maison-mère, Pullmantur, dont les Caraïbes sont la chasse gardée en hiver. Ensuite, la concurrence sur la Guadeloupe et la Martinique est très forte, avec notamment le renforcement de Costa et l’arrivée cet hiver de MSC. Et, enfin, la gestion du transport aérien, avec plusieurs centaines, voire plus de 1000 passagers à acheminer chaque semaine entre Paris et les Antilles, c'est une opération complexe.

 

Le Bleu de France aux Antilles durant l'hiver 2008/2009 (© CDF)

 

Décisions prises dans les prochaines semaines

 

CDF et Pullmantur poursuivent actuellement les études et réflexions sur la nouvelle stratégie de développement et les moyens qui y seront associés, les décisions devant apparemment être annoncées vers le mois de novembre. L’exercice est en tous cas complexe puisque s’entremêlent des aspects techniques, commerciaux et opérationnels, ainsi que des logiques de groupe. Le tout dans un contexte difficile pour le secteur de la croisière, qui connaît une année particulièrement dure. Même si sa marge au passager a probablement baissé, comme l’ensemble des opérateurs, en raison de l’effet cumulé de la crise, du naufrage du Concordia et de la surcapacité de paquebots en Europe cette année, CDF fut sans doute moins impactée que d’autres compagnies par la conjoncture. D’abord parce qu’elle n’a qu’un navire à remplir, qu’elle peut s’appuyer sur une clientèle de fidèles et que l’arrivée de l’Horizon, plus grand que le Bleu de France et permettant éventail tarifaire plus large, a permis à CDF de baisser immédiatement son prix d’appel de 10 à15%, tout en augmentant le tarif des cabines des gammes les plus élevées dans les mêmes proportions. Pour 2013, la plupart des opérateurs, dont CDF, espèrent que le marché sera « plus serein », une condition indispensable pour conserver la qualité du produit à bord des navires. Les compagnies misent notamment sur la croissance du marché cumulée à une légère baisse de capacités en Europe en 2013. « L’année fut difficile pour le secteur de la croisière mais le marché est encore très loin d’avoir atteint sa maturité. Nous allons continuer en France d’avoir des taux de croissance importants, de l’ordre de 10 à 12% par an, et Croisière de France a son rôle à jouer dans ce développement », explique Antoine Lacarrière.

Pour autant, CDF se garde bien de succomber à la folie des grandeurs, même si l’arrivée d’un second navire, puis peut-être d’un troisième, va constituer un vrai challenge en renforçant significativement  sa position sur le marché hexagonal, au point peut-être de se rapprocher en 2015 de MSC, numéro 2 de la croisière en France derrière Costa. « Il faut y aller avec humilité. Nous n’avons pas vocation à devenir leader du marché français. Nous allons nous développer normalement, en y allant pas à pas ».

 

L'Horizon à Marseille (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

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