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Dans l'attente de la notification des sous-marins nucléaires du type Barracuda

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Dans l'attente de la notification des sous-marins nucléaires du type Barracuda

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Présente ce matin au salon Euronaval, Michèle Alliot-Marie devrait, aujourd’hui, confirmer, une nouvelle fois, la commande des sous-marins nucléaires d’attaque du type Barracuda d'ici la fin de l'année. Selon certaines sources, la notification pourrait intervenir dès le mois de novembre. Pour DCN, Barracuda est un projet majeur par son coût (plus de 5 milliards d’euros) et structurant par l’importante charge de travail que les six navires vont apporter. A Cherbourg, où travaillent 2300 salariés, les SNA représenteront plus de 50% de l’activité jusqu’au début des années 2020. L’établissement d’Indret, près de Nantes, qui emploie 1000 personnes pour la conception et la réalisation des appareils propulsifs, sera le deuxième grand bénéficiaire de ce contrat, qui représentera 40% de l’activité dès 2008. D’autres sites de DCN seront également associés au projet, comme Ruelle, près d’Angoulême, pour les tubes et les systèmes de manutention de torpilles, ainsi que les lignes d’arbre et les consoles des systèmes de conduite. Enfin, plus discret, Areva TA, ex-Technicatome, maître d’œuvre de la chaufferie nucléaire, engrangera 15% du contrat. L’organisation industrielle de ce programme consiste en une co-maîtrise d’ouvrage entre la DGA et le Commissariat à l’Energie Atomique (CEA) et une co-traitance conjointe mais non solidaire entre DCN et Areva TA, l’ex-Direction des Constructions Navales étant maître d’œuvre d’ensemble et architecte d’ensemble. Pour ces navires, dont la commande a été différée à plusieurs reprise, un milliard d’euros de crédits non dépensés sont disponibles, alors que plus de 200 M€ ont été inscrits au projet de loi de finances 2007. La commande des six Barracuda n’interviendra, toutefois, pas d’un seul bloc. Le contrat initial, qui sera assorti de plusieurs tranches conditionnelles, pourrait comprendre le coût des études et au moins un bâtiment. Avant d’y parvenir, de longues négociations ont été nécessaires, le ministère de la Défense repoussant à deux reprises les offres des industriels, jugées trop onéreuses. Après la livraison du second navire, qui quittera Cherbourg deux ans et demi après la tête de série, le rythme de production atteindra une unité tous les deux ans.

Un gros sous-marin mieux adapté aux missions

Après un début d’usinage au premier trimestre prochain, probablement en février, le premier Barracuda doit être livré 120 mois plus tard, un délai de réalisation présenté comme incompressible par DCN. Le futur navire rejoindra donc la Marine nationale en 2017, au moment où le Rubis, premier SNA de la génération précédente, fêtera son 34ème anniversaire. Ce submersible ses sistership feront alors figure de vétérans, sans compter que leur maintien en service, pour compenser le glissement de leurs remplaçants, nécessitera un programme d’entretien plus poussé et un ou deux changements de cœur nucléaire supplémentaires. Prodiges de compacités, les Rubis souffrent, aujourd’hui, d’un certain manque de place pour assurer les futures missions dévolues à la marine. La principale différence du Barracuda par rapport à ses aînés sera donc sa taille : 99.4 mètres pour 4765 tonnes en surface, contre 73.6 mètres et 2385 tonnes pour les Rubis. Cette augmentation du volume permettra de répondre aux nouvelles normes en matière de sécurité nucléaire (redondance accrue, auxiliaires et pompes supplémentaires) mais aussi d’améliorer la discrétion acoustique et de porter de 14 à 20 le nombre d’armes embarquées. Parmi elles, le MDCN fera sa grande arrivée dans la marine française. Outil d’action et de dissuasion manquant cruellement à la France depuis la première guerre du Golfe, en 1991, le missile de croisière offre la capacité de tirer en profondeur et en toute discrétion au large d’une côte hostile. Le dérivé navalisé du Scalp atteint une portée de 1000 kilomètres et sera également installés sur les frégates multi-missions. L’amiral Oudot de Dainville, chef d’état major de la marine, juge ce missile « fondamental » et résume son importance en classant les flottes en deux catégories : « celles qui en ont et celles qui n’en ont pas ». Outre le MDCN, les Barracuda disposeront des nouvelles torpilles lourdes Black Shark et de missiles antinavires du type Exocet SM 39. Ces bâtiments pourront également être équipés derrière le massif (kiosque), d’un caisson pour commandos. Utilisant le sas de secours, ce module s’assimile à un véritable compartiment supplémentaire, où les forces spéciales, au nombre de 10, pourront stocker leurs matériels et se préparer dans des conditions optimales. Cette capacité d’action et de reconnaissance est particulièrement attendue par l’état major de la marine. Le système de combat, du type SYCOBS, sera commun avec le SNLE Le Terrible, avec de nouvelles bases sonar.

Innovations technologiques

Sur de nombreux points, les Barracuda reprendront des innovations éprouvées sur les Scorpène, des sous-marins à propulsion conventionnelle réalisés en coopération avec l’Espagne et destinés à l’export. Bénéficiant d’une attention toute particulière en matière de réduction des bruits rayonnés, le premier bâtiment de ce type s’est révélé extrêmement silencieux, y compris à vitesse élevée. A plus de 20 nœuds, les capacités d’écoute du Scorpène seraient encore excellentes. Pour le futur SNA, DCN reprendra donc certaines recettes ayant abouti à ce résultat, à commencer par les avancées réalisées en matière de tuyauterie ou de câblage. Barracuda reprendra également les progrès du Scorpène en matière d’automatisation et de réduction d’équipage (60 marins contre 70 sur les Rubis), ainsi que dans le domaine de l’ergonomie. Traditionnellement, le PC propulsion est situé à l’arrière du bâtiment, près du réacteur. Désormais, avec les progrès de l’automatisation, il peut être situé sous le PC navigation, concentrant la conduite dans une zone centrale et laissant l’arrière inhabité, sur 40% de la longueur totale. De même, le PCNO sera légèrement décalé par rapport au kiosque, un déplacement rendu possible par l’absence de périscope pénétrant. Le traditionnel puit, très encombrant, est remplacé par un système d’écrans reliés à un mât optronique. Toutefois, la confiance en la technologie ayant ses limites, notamment psychologiques, un petit périscope très classique sera installé, à la demande des marins, pour servir d'instrument de secours. En matière de navigation, le Barracuda sera le premier submersible français à être doté de barres de plongée en forme de croix de Saint-André, une disposition permettant d’améliorer la manoeuvrabilité. Enfin, le submersible répondra à la réglementation environnementale MARPOL, un système de retraitement permettant de conserver à bord l’ensemble des déchets.

Une IPER tous les 10 ans et même combustible que les centrales EDF

Au niveau de l’appareil propulsif, le Barracuda sera assez original. Jusqu’à une vitesse usuelle de patrouille, la propulsion sera assurée par deux moteurs électriques alimentés par des turboalternateurs recevant la vapeur du réacteur. En revanche, pour les vitesses de pointe, le navire utilisera une turbine à vapeur qui propulsera ses 5297 tonnes en plongée à plus de 25 noeuds. La chaufferie nucléaire est directement dérivée de celles embarquées sur les SNLE et le porte-avions Charles de Gaulle. Reprenant la même technologie, elle est néanmoins plus petite, offrant seulement 30% de la puissance des K 15 (50 MW au lieu de 150). Ces installations, très surveillées, ne nécessiteront un entretien courant que tous les ans et un rechargement du cœur tous les 10 ans, contre 7 ans pour les SNA actuels : « Le cœur est plus gros, ce qui permet de porter à 10 ans le temps entre chaque grand entretien. La durée de vie des sous-marins étant de 30 ans, il ne subiront donc que 2 IPER au cours de leur service actif », explique Alain Aupetit, directeur du projet Barracuda chez DCN. En outre, l’enrichissement des cœurs n’aura plus besoins de passer par une filière militaire mais sera traité commercialement, le combustible prévu pour les SNA de nouvelle génération étant identique à celui des centrales nucléaires d’EDF.
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Voir la fiche technique des Barracuda

Euronaval 2006