Marine Marchande
Dans les glaces du Svalbard à bord de Polarfront

Reportage

Dans les glaces du Svalbard à bord de Polarfront

Marine Marchande

Il est de ces lieux où l’on se sent comme un invité privilégié. Un invité précautionneux et conscient de la fragilité de ce qui l’entoure. Où l’on a envie de marcher sur la pointe des pieds et de contempler la nature à distance, en retenant son souffle. Le contraire d’un envahisseur. L’archipel arctique du Svalbard est sans aucun doute un de ces endroits.

 

(© MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

(© MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

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(© MER ET MARINE )

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La partie la plus septentrionale de la Norvège se trouve à près de 700 km au nord du continent. Près de 60.000 km2, trois îles principales (Spitsbergen, Nordaustlandet et Edgeøya) et de nombreuses plus petites, des glaciers qui recouvrent une grande partie du territoire et un peu plus de 2600 habitants dont la grande majorité se trouve dans la capitale, Longyearbyen. Singulier destin que celui de cet archipel, découvert par le navigateur néerlandais Willem Barents en 1596 alors qu’il cherchait, déjà, le passage du Nord-Est. D’abord lieu de relâche pour les navires baleiniers et les explorateurs polaires, il devient un nouvel eldorado minier. John Longyear, industriel américain, découvre du charbon qui affleure lors d’une escale en paquebot au tout début du XXème siècle. Il décide immédiatement d’investir, ouvre des mines et crée un port abrité dans l’Adventsfjord : Longyearbyen (la ville de Longyear en norvégien) est née. Il sera suivi par d’autres investisseurs, norvégiens, suédois, américains et russes. Ces derniers sont d’ailleurs toujours présents dans l’archipel puisqu’ils y exploitent encore une des toutes dernières mines en activité à Barentsburg, véritable enclave russe sur un territoire au statut très particulier. Depuis 1920, le Svalbard est reconnu comme un territoire démilitarisé où les ressortissants des 41 pays signataires ont le droit de s’installer librement et d’y exploiter les richesses. La Norvège l’administre via un gouverneur, baptisé sysselmann, qui se charge de l’application des lois, de la sécurité et de l’ordre public.

 

 

Longyearbyen, capitale la plus septentrionale au monde (© MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Longyearbyen, capitale la plus septentrionale au monde (© MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Vestige des anciennes mines de Longyearbyen (© MER ET MARINE )

Vestige des anciennes mines de Longyearbyen (© MER ET MARINE )

 

En ce début de mois de juin, il y a déjà du monde à Longyearbyen. La neige a bien fondu, même si elle tapisse encore les montagnes qui encadrent la petite capitale du Svalbard sur laquelle le soleil ne se couche plus depuis fin avril. Les motoneiges sont parquées par centaines et les bus débarquent des groupes de touristes. Ces 10 dernières années, le tourisme a considérablement augmenté dans l’archipel. Des excursions d’observation de la faune au départ des hôtels de Longyearbyen, des trekkings sur les glaciers et dans la toundra, du kayak dans l’Isfjord. Mais surtout, et de plus en plus, des croisières qui ont l’avantage de pouvoir faire découvrir les points plus éloignés, et inaccessibles par voie terrestre, de l’archipel.

Les quais de la petite capitale sont déjà bien remplis. Le Polarsyssel, patrouilleur du sysselmann, fait relâche. C’est lui qui assure une grosse partie des missions de surveillance de l’archipel, dont une grande partie est classée en zone protégée. C’est aussi lui qui doit assurer le sauvetage en mer, avec l’aide de deux hélicoptères Superpuma. Une mission compliquée tant les distances sont longues. Pour parer quelque peu les limites de l’autonomie des appareils, des dépôts de kérosène ont été placés à des endroits stratégiques de l’archipel pour permettre un ravitaillement. Ce qui en dit long du délai d’un hélitreuillage dans les zones lointaines où les navires n’hésitent pas à s’engager. Le patrouilleur Svalbard des garde-côtes norvégiens vient lui aussi d’arriver. Seule unité brise-glace de la zone, il effectue des missions régulières au Svalbard, mais il doit partager son temps avec les autres régions arctiques du royaume scandinave.

 

Le Polarsyssel, livré en 2014 par les chantiers Havyard (

Le Polarsyssel, livré en 2014 par les chantiers Havyard (© SYSSELMANNEN)

Le Svalbard est le seul patrouilleur brise-glace des garde-côtes norvégiens (

Le Svalbard est le seul patrouilleur brise-glace des garde-côtes norvégiens (© FORSVARET)

 

Un petit pétrolier venu ravitailler Longyearbyen, un vraquier chargé de quelques tonnes de charbon qui appareille, mais surtout des navires à passagers sont au mouillage devant le petit port. La saison n’est pas encore complètement entamée, mais il y a déjà une petite quinzaine de bateaux d’expédition prêts à appareiller. Polarfront, navire de l’armement français Latitude Blanche, embouque le chenal et accoste doucement. Il va débarquer la douzaine de passagers qui vient de passer dix jours à bord et accueillir le groupe suivant. Sophie Galvagnon, co-armatrice du navire avec Yann Le Bellec, s’apprête à débarquer après avoir passé un peu plus d’un mois à bord. C’est elle qui a mené le bateau de Boulogne-sur-Mer, où il a effectué son arrêt technique annuel, au Spitzberg. Elle passe le relais à Yohann Mucherie, un des commandants du Polarfront habilité à naviguer dans les glaces.

 

(© MER ET MARINE)

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Passation entre Sophie Galvagnon et Yohann Mucherie (© MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Passation entre Sophie Galvagnon et Yohann Mucherie (© MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

 

« Il y a encore pas mal de glace dès que l’on monte au Nord. Il va falloir composer ». Sophie est passionnée de glace