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Davie : Le brise-glace Vidar Viking aux couleurs de la Garde côtière canadienne

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Marine Marchande

Le chantier Davie de Lévis, au Québec, va remettre dès la fin de ce mois à la Garde côtière canadienne le premier des trois ex-brise-glaces norvégiens rachetés à l’armement scandinave Viking Group. Il s’agit du l’ancien Vidar Viking, dont le nouveau nom sera prochainement annoncé. Mis en service en 2001, le puissant navire de 83.7 mètres de long pour 18 mètres de large, classé PC 4, est passé en cale sèche et a été remis à l’eau le 13 novembre. Il a perdu sa livrée noire et jaune pour adopter celle, rouge et blanche, de la Garde côtière. Pendant son arrêt technique, le brise-glace voit également certains de ses systèmes mis aux normes canadiennes : « Les travaux comprennent l’installation des systèmes électroniques de la Garde côtière, l’établissement des mesures de base relatives à la santé et sécurité en milieu de travail, comme les inspections des réservoirs d’eau potable et les inspections du système de chauffage et de ventilation. De plus, nous remplacerons également une partie du matériel portatif de sécurité avec de l’équipement normalisé de la Garde côtière », nous explique l’administration canadienne, qui précise que le bâtiment devrait être opérationnel en décembre.

 

Arrivée des anciens brise-glaces norvégiens au Québec en août (© : 

Arrivée des anciens brise-glaces norvégiens au Québec en août (© : DAVIE)

Le Vidar Viking à sa sortir de la cale Champlain le 13 novembre (© : 

Le Vidar Viking à sa sortir de la cale Champlain le 13 novembre (© : GARDE COTIERE CANADIENNE)

 

On notera que l’ex-Vidar Viking ne débutera pas sa nouvelle carrière dans la configuration définitive souhaitée par la Garde côtière. Le navire et ses deux sisterships (Balder Viking et Tor Viking), tous arrivés au Québec fin août, vont en effet transformés avec, en particulier, l’ajout d’une plateforme et d’un hangar pour un hélicoptère Bell 212. La réalisation de ces travaux n’était toutefois pas compatible avec les besoins opérationnels de la Garde côtière, qui doit d’urgence se doter de moyens pour assurer le trafic maritime sur le Saint-Laurent pendant la période hivernale, lorsque le fleuve est encombré par les glaces. Cette mission notamment est dévolue aux brise-glace moyens canadiens, dont le plus récent a fêté cette année ses 30 ans de service. Un vieillissement de la flotte qui a conduit ces dernières années à des indisponibilités techniques non programmées et, par conséquent, des blocages de navires sur les fleuves canadiens, dont le Saint-Laurent, qui accueille un important trafic de bateaux marchands et de traversiers. D’où la nécessité de disposer au plus vite de nouvelles unités. Elles vont permettre de suppléer les vieux brise-glaces qui vont être rénovés. « Comme la flotte de la Garde côtière vieillit, les navires existants ont besoin de travaux de prolongation de leur durée de vie qui les mettent hors service pendant des périodes prolongées. Les trois brise-glaces moyens additionnels donneront à la Garde côtière la capacité nécessaire pour la continuité des programmes lorsque ses navires existants seront soumis à des travaux de prolongation de leur durée de vie ».

Avec donc une première mise en service cet hiver du Vidar Viking dans une configuration temporaire. Au printemps, le navire reviendra chez Davie pour bénéficier de son chantier de conversion, qui commencera dès le début de l’année sur les deux autres brise-glace de ce type. Deux doivent être convertis pour l’automne 2019 et le dernier d’ici l’été 2020. Ils travailleront sur le Saint-Laurent, jusqu’au Golfe, ainsi que sur la rivière Saguenay.

 

Configuration finale des brise-glaces (© : 

Configuration finale des brise-glaces (© : DAVIE)

Configuration finale des brise-glaces (© : 

Configuration finale des brise-glaces (© : DAVIE)

 

Ce programme, le plus important conduit par la Garde côtière depuis 30 ans, représente un investissement de 610 millions de dollars canadiens (403 millions d’euros). A la différence de l’Asterix, ex-porte-conteneurs converti par Davie en bâtiment logistique et loué depuis 2017 à la marine canadienne par une filiale du chantier, Federal Fleet Services, les trois brise-glaces sont directement achetés par le gouvernement fédéral.

Connu sous le nom de Resolute, ce projet va permettre d’apporter un peu de charge de travail à Davie, dont les effectifs ont connu depuis un an « une saignée épouvantable », pour reprendre les termes d’un acteur local. Le chantier, qui employait au plus fort de la conversion de l’Astérix (projet Resolve) pas moins de 1500 personnes, ne compte plus aujourd’hui que 200 salariés. Mais les brise-glaces ne seront pas suffisants et Davie doit impérativement décrocher d’autres commandes. Alors que le constructeur de Lévis essaye de trouver des débouchés à l’export, il continue de pousser le gouvernement fédéral à convertir en ravitailleur un second porte-conteneurs, l’Obélix. Un projet qui pourrait prochainement voir le jour dans un contexte politique marqué par la campagne pour les élections fédérales qui se dérouleront fin octobre 2019. Cette possibilité prend de plus en plus corps du fait des difficultés du programme initial visant à construire deux nouveaux bâtiments logistiques (JSS) afin de remplacer les anciens Protecteur et Preserver, désarmés en 2014 et 2015. Un projet sur la base du design des ravitailleurs allemands du type 702 qui a été confié au chantier Seaspan de Vancouver mais qui accumule les retards et voit ses prévisions budgétaires exploser. Pendant ce temps, l’Astérix, normalement loué de façon transitoire en attendant les JSS (contrat pour 5 ans renouvelable pour 5 années supplémentaires) semble donner satisfaction à la marine canadienne et multiplie les missions et exercices. Il a notamment participé avec succès au dernier exercice RIMPAC dans le Pacifique et poursuit un grand déploiement qui l’a conduit en octobre jusqu’au Vietnam. L’Astérix devrait ainsi atteindre 300 jours de navigation cette année, trois fois plus que le contrat opérationnel !

 

L'Astérix avec deux frégates canadiennes du type City (© : 

L'Astérix avec deux frégates canadiennes du type City (© : DAVIE)

 

En dehors des ravitailleurs, se pose aussi la question, pour Ottawa, du projet de nouveau brise-glace lourd John G. Defender. Ce dernier doit également être réalisé par Seaspan afin de succéder à l’antique Louis St Laurent, en service depuis 1969 dans la Garde côtière. Mais là aussi, les retards et surcoûts s’accumulent. Dans ces conditions, Davie propose au gouvernement fédéral d’activer l’autre volet de son projet Resolute, qui porte sur la conversion du brise-glace Aviq, actuellement en attente en Floride. Livré en 2012 à la compagnie américaine Edison Chouest, ce puissant navire de 110 mètres classé PC 3 devait, comme d’ailleurs les trois Viking, être exploité sur le défunt programme de forages offshore de Shell en Alaska. L’annulation de ce projet par l’administration Obama a rendu libres les navires, qui du fait du ralentissement de l’activité dans le secteur pétrolier et gazier, ne pouvaient compter dans l'immédiat sur une activité stable. 

 

L'Aiviq (© DR)

L'Aiviq (© DR)

Projet de conversion de l'Aviq (© : 

Projet de conversion de l'Aviq (© : DAVIE)

 

La conversion de l’Obélix et/ou celle de l’Aviq permettraient à Davie, qui dispose de la plus grande forme de radoub du pays, la cale Champlain,  de retrouver une charge de travail conséquente et de maintenir les compétences en attendant d'autres contrats et le début de la maintenance des frégates du type City. Le chantier de québécois vient en effet d’être sélectionné pour participer au maintien en condition opérationnelle des 12 frégates actuellement en service dans la marine canadienne. Un marché global à 7 milliards de dollars canadiens qui durera de 2021 à la fin de vie de ces bâtiments (2035 pour les derniers). Le contrat sera réparti entre Davie et le chantier Irving d’Halifax pour les 7 frégates basées en Atlantique, ainsi que Seaspan à Victoria pour les cinq stationnées dans le Pacifique.

 

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