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DCN fait son bilan pour 2005

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DCN fait son bilan pour 2005

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Le président de DCN a fait, hier, le bilan de l’année écoulée, douze mois qui furent riches en actualités et en changements pour l’entreprise. L’évènement majeur restera bien entendu l’annonce du rapprochement avec Thales, le 15 décembre dernier, après de longues négociations. Au terme de cette privatisation partielle, Thales deviendra l’actionnaire industriel, avec 25% du capital, vendant au passage ses activités navales, hors équipements, aux anciens arsenaux. L’objectif est de boucler ce dossier d’ici la fin du premier semestre. Le projet Convergence permettra de simplifier le paysage français, avec une réduction du nombre d’acteurs. DCN absorbera Thales Naval France qui comprend, notamment, l'activité systèmes de combat. De même, les sociétés communes seront regroupées au sein de DCN, ce qui aura l’énorme avantage de diminuer les intermédiaires entre le fournisseur et ses clients.

+8% de chiffre d’affaire

En attendant la publication des résultats, prévue au printemps, Jean-Marie Poimboeuf confirme que le chiffre d’affaire poursuit sa croissance, même s’il n’atteint pas encore un résultat à deux chiffres. La progression devrait être de l’ordre de 8%, pour un carnet de commandes porté à 8 milliards d’euros, dont 5 milliards de prises de contrats. « L’année 2005 se caractérise par un très grand projet, le plus important de ces cinquante dernières années, celui des frégates multimissions. A lui seul, le montant de la tranche ferme est supérieur à tous les contrats pris par DCN depuis trente ans et va structurer l’activité navires de surface pendant dix ans», souligne Jean-Marie Poimboeuf. Toujours sur le plan national, DCN poursuit la construction du quatrième et dernier sous-marin nucléaire lanceur d’engins (SNLE) du type Le Triomphant. Le programme BPC, marqué par un retard d’au moins sept mois, sera achevé en 2006. A l’export, l’activité des anciens arsenaux reste soutenue, avec la livraison du premier sous-marin Scorpene pour le Chili et la vente de six bâtiments de ce type pour l’Inde, alors qu’une autre unité, destinée à la Malaisie, est en construction à Cherbourg. L’année écoulée aura, également, vu le départ de Lorient, de la première frégate singapourienne. Cinq autres unités de type Delta sont construites localement, grâce au transfert de technologie.

Améliorer la productivité

Fort d’un carnet de commande bien étoffé, Jean-Marie Poimboeuf estime qu’il faut « poursuivre les efforts de compétitivité et de productivité car nous ne sommes pas encore au meilleur standard ». Le plan Challenge 2006 a été lancé dans cette optique, afin d’obtenir une réduction générale des coûts, notamment sur les achats (1 milliard d’euros), dont le montant devra baisser de 6% par an. Un gros travail a déjà été entrepris, notamment dans le cadre de l’obtention des marchés de maintien en condition opérationnelle (MCO), c'est-à-dire d’entretien et de réparation des navires. Société de droit privé depuis 2003, DCN est aujourd’hui en compétition avec d’autres industriels. Le président de l’entreprise ne cache pas sa satisfaction, lorsqu’il évoque une prise de 95% des marchés (contre 50% initialement prévu). Pourtant, la concurrence est bien réelle sur 70% des contrats et plusieurs navires ont déjà quitté le giron de DCN. C’est le cas des frégates de surveillance, des navires hydrographiques, des goélettes, de la batellerie. Pour l’heure, ces bâtiments sont de moindre importance, mais une première grosse alerte est venue avec la mise en concurrence sur les frégates La Fayette, de vraies unités de combat. Le MCO de cette série a finalement été remporté par DCN; toutefois, le groupe sait bien que demain, son ancien pré carré sera accessible, notamment pour les programmes en coopération, Fremm et Horizon. Pourquoi, en marge d’une Europe de la Défense, Fincantieri n’entretiendrait pas les navires français, identiques à ceux qu’il construit pour la Marina Militare ? Dans ce contexte, de gros efforts ont été entrepris par DCN Services Brest et Toulon. Le pôle varois a obtenu, cette année, pour la première fois depuis la mise en service des sous-marins du type Rubis, un taux de disponibilité inégalé. Avec 1300 jours de mer pour cinq sous-marins, le MCO nouvelle formule, rétribué à la disponibilité et non plus à la tâche, a permis de battre le record de 1997, 1100 jours de mer, avec des navires plus vieux de huit ans.

Politique salariale

Face aux inquiétudes des syndicats sur les consequences sociales du rapprochement avec Thales, Jean-Marie Poimboeuf se veut rassurant : « En 2006, les effectifs vont se stabiliser. Les recrutements vont baisser, de même que les départs, avec un objectif de 12.050 salariés, contre 12.100 l’année dernière ». Il n’y aura donc pas de grande décrue mais une poursuite du nivellement vers le haut de la masse salariale. Ainsi, en 2005, sur les 800 personnes recrutées, « 50% étaient des cadres et le millier de départ a concerné en majorité le personnel d’exécution ». Les ouvriers, très majoritaires il y a seulement 10 ans, voient donc leur poids diminuer progressivement. Malgré les bons résultats annoncés, les représentants du personnel restent prudents. La CFDT, comme l’UNSA, rappellent que des creux de charge sont à l’ordre du jour. C’est le cas cette année à Lorient, dans certaines spécialités, en raison du retard du programme Fremm. Selon les syndicats, l’établissement de Cherbourg pourrait, lui aussi, rencontrer des difficultés, malgré la présence du SNLE Le Terrible et du sous-marin malaisien. Il y a donc urgence à décrocher le contrat des six sous-marins nucléaires d’attaque du type Barracuda. Cet énorme contrat de 6 milliard d’euros, équivalent aux 17 frégates multimissions, doit assurer l’essentiel du plan de charge de Cherbourg, mais aussi de Nantes-Indret (Propulsion), dès 2008. La direction de DCN espère donc que le calendrier sera tenu et qu’une signature interviendra mi-2006. En parallèle, un autre contrat reste à prendre, celui du second porte-avions, dont la réalisation doit être menée en commun avec la Grande-Bretagne. Pour DCN, comme pour la Marine, les mois qui viennent seront décisifs.

Naval Group (ex-DCNS)