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DCNS : Baisse de charge en vue pour le MCO à Brest et Toulon

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DCNS : Baisse de charge en vue pour le MCO à Brest et Toulon

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Le maintien en condition opérationnelle des frégates et sous-marins de la Marine nationale va connaitre, à partir de la fin de la décennie, une importante baisse de charge. Selon les estimations de DCNS, cette activité enregistrera à partir de 2018/2019 une chute de 25 à 30% sur les sites de Brest et Toulon, où les effectifs industriels du groupe naval dédiés au MCO sont respectivement de 1700 et 1300 collaborateurs. DCNS, qui a anticipé cette décrue, ne procèdera à aucun plan de licenciement. Pour gérer ce phénomène, l’industriel français mise sur les nouveaux besoins liés aux ventes export et se réorganise en France, tout en faisant évoluer les compétences de ses équipes pour gérer l’arrivée des bâtiments de nouvelle génération. 

Fin de la refonte des SNLE et dernières IPER des Rubis

La chute du plan de charge est liée au passage à cette nouvelle génération de bâtiments, ainsi qu’à la fin de la refonte des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins du type Le Triomphant. Dernier à bénéficier de cette remise à niveau, comprenant le remplacement des missiles balistiques M45 par des M51 ainsi que la modernisation des équipements et l’intégration d’un nouveau système de combat, Le Téméraire sortira de chantier d'ici 2019. Brest retrouvera alors le rythme classique de la maintenance courante et des indisponibilités périodiques pour entretien et réparations (IPER), dont le volume de travaux est bien moindre et sera à l’avenir étalé de 21 à 30 mois pour des questions budgétaires. 

Dans le même temps, à Toulon, la dernière IPER d’un sous-marin nucléaire d’attaque du type Rubis sera menée à bien en 2019. Il faudra ensuite attendre la première IPER de la tête de série du nouveau programme des SNA du type Barracuda, le Suffren, qui n’interviendra pas avant 2025/2026. 

 

SNA en arrêt technique à Toulon (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

SNA en arrêt technique à Toulon (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Moins de frégates et des remplaçantes à la maintenance optimisée

Parallèlement, les anciennes frégates du type F70 vont être progressivement remplacées sur les façades atlantique et méditerranéenne par les nouvelles FREMM. Des bâtiments à la maintenance optimisée, qui nécessitent des périodes d’entretien plus courtes et espacées que leurs aînés. Les FREMM ne nécessiteront ainsi qu’un arrêt technique majeur de cinq mois tous les 10 ans, contre un ATM de 4 mois tous les 5 à 6 ans pour les F67 et F70. Les périodes d'entretien courant seront elles-aussi diminuées, avec seulement 2 mois d'Indisponibilité pour Entretien (IE) tous les trois ans. Et il y aura moins de frégates, Brest n’en comptant plus, à partir de 2019/2020, que quatre au lieu de cinq. 

 

FREMM en cale sèche à Brest (© : DCNS)

FREMM en cale sèche à Brest (© : DCNS)

 

Une baisse de charge anticipée 

Face à cette situation, DCNS a entrepris dès 2014 de trouver des solutions. « Nous avons anticipé cette baisse de charge à la fin de la décennie, avec comme objectif principal d’assurer le maintien du savoir-faire et l’évolution des compétences allant avec le passage à une nouvelle génération de bâtiments. Notre nouvelle stratégie industrielle et la réorganisation du MCO avec des bases avant comprenant un "back office" et des chantiers dédiés en tient compte », explique Nathalie Smirnov, directrice des Services de DCNS. 

Plusieurs dizaines de postes pourraient être supprimés

Evidemment, compte tenu de la contraction significative de l’activité, les effectifs seront réduits. Au sein du groupe naval, on estimait en juillet 2015 qu’environ 200 postes pourraient être supprimés à Brest et autant à Toulon. Des chiffres qui pourraient toutefois évoluer en fonction des besoins sur les marchés export, où DCNS doit muscler ses effectifs dans les pays clients et être en mesure de pouvoir projeter rapidement des équipes de spécialistes pour soutenir les marines faisant l’acquisition de ses produits. « Nous aurons moins de collaborateurs sur le MCO des bâtiments français mais nous sommes dans le même temps en train de faire évoluer notre modèle international, avec le développement d’une ingénierie support de haut niveau dédiée à la maintenance. Dans certains pays, nous allons développer des bases avancées et certaines interventions, par exemple l’inspection de coques de sous-marins vendus à l’international, requièrent des ressources et nécessitent la projection d’équipes, même si nous travaillons avec des partenaires locaux. C’est pourquoi nous devons réévaluer de manière globale les perspectives de charge en France et à l’international ». Alors que certains clients nouveaux nécessitent des investissements humains supplémentaires, comme l’Egypte qui a acquis en plus d’une FREMM deux bâtiments de projection et de commandement, sans compter les futures corvettes du type Gowind, d’autres commandes majeures sont espérées par DCNS. De leur conclusion dépendra la pente exacte de la courbe des effectifs spécialisés dans le MCO. 

 

La frégate Jean Bart en cale sèche à Toulon (© : MARINE NATIONALE)

La frégate Jean Bart en cale sèche à Toulon (© : MARINE NATIONALE)

 

Cela étant, même atténuée, il y aura sans doute une déflation. Mais elle se fera en grande partie naturellement : « Il n’y aura pas de plan de licenciement pour s’adapter à la baisse de charge. Nous avons des départs en retraite assez importants, avec une pente assez rapide, de l’ordre d’une centaine de collaborateurs par an. Toutefois, il faudra veiller à conserver, malgré le creux de charge, les compétences critiques, en particulier celles liées à la sécurité plongée, à la coque, à la propulsion et aux chaufferies nucléaires pour les sous-marins par exemple ». 

Faire évoluer les compétences pour gérer les nouvelles technologies

Au-delà des effectifs à proprement parler, l’un des grands défis de la direction Services pour les années à venir réside dans l’évolution des compétences. Au niveau des sous-marins, les métiers ne devraient pas trop évoluer, mais les Barracuda disposent quand même d’innovations. C’est pourquoi plusieurs dizaines de collaborateurs de DCNS chargés du MCO des SNA à Toulon sont envoyés à Cherbourg afin de s’approprier les nouvelles technologies que l’on ne trouve pas sur les Rubis. 

 

FREMM marocaine en arrêt technique à Toulon (© : DCNS)

FREMM marocaine en arrêt technique à Toulon (© : DCNS)

 

Pour les frégates, en revanche, le changement est plus radical car les FREMM apportent plusieurs ruptures technologiques par rapport aux frégates de la génération précédente. « Il y a sur ces bâtiments beaucoup plus d’automatismes et d’électronique et nous devons veiller à ce que les profils techniques accompagnent le renouvellement des collaborateurs. Ce qui est aujourd’hui le cas avec les jeunes techniciens, qui sortent d’école avec des compétences d’automaticiens ». Quant aux personnels qui ne sont pas à l’âge de la retraite et devront acquérir de nouveaux savoir-faire, des plans de formation seront mis en place. Pour Nathalie Smirnov, la réorganisation du MCO sous forme de chantiers dédiés est de ce point de vue un atout : « En passant d’une organisation par métiers, comme c’était le cas auparavant, à une organisation par installations, nous avons amélioré la souplesse de la structure et cela facilite l’évolution des compétences. Au sein d’un chantier dédié frégates, par exemple, un électricien sera confronté à de l’électrotechnique et des automatismes, qu’il pourra gérer grâce au soutien de la formation. C’est une manière de préparer les équipes face à l’évolution des compétences ».  

 

PC Propulsion/sécurité d'une FREMM (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

PC Propulsion/sécurité d'une FREMM (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Les recrutements se poursuivent 

En attendant, si tous les départs en retraite ne seront pas remplacés, DCNS poursuit ses recrutements. Ainsi, la direction Services prévoit d’embaucher cette année entre 50 et 100 personnes essentiellement dans des métiers ciblés en production. «Tout dépendra de la rapidité de la montée en puissance des bases avant à l’export et du niveau réel de départs en retraite », précise Nathalie Smirnov, qui souligne que le groupe doit dans le même temps se développer sur certains métiers : « Nous devons par exemple renforcer nos équipes pour intégrer les technologies de Big Data dans les domaines de la gestion de configuration, de la maintenance prédictive ou encore de la protection contre les cyber-menaces. Cela nous permettra d’être plus efficaces et de développer de nouveaux services depuis la France ».  

 

Naval Group (ex-DCNS)