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DCNS : Brest et Cherbourg associés à la construction des frégates multi-missions

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DCNS : Brest et Cherbourg associés à la construction des frégates multi-missions

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Après plusieurs mois de conflit entre direction et syndicats sur le montage industriel des frégates multi-missions, DCNS a accepté de revoir partiellement sa copie, élaborée l'an passé. Initialement, seul le prototype devait être intégralement construit en interne, en l'occurrence sur le site de Lorient. Pour mémoire, le programme FREMM est marqué par une cadence de production très élevée, le second bâtiment étant livré 13 mois après la tête de série et les suivants tous les sept mois. Lorient ne pouvant assurer un tel rythme, DCNS souhaitait, initialement, faire réaliser dès la seconde unité la moitié avant des navires dans des chantiers extérieurs. Face à la grogne des salariés, hier, la direction a présenté au cours d'un Comité Central d'Entreprise exceptionnel un nouveau montage industriel. Dans ce schéma, la part du site morbihannais n'évolue pas : après la livraison de la première FREMM, il restera en charge de la construction de la moitié arrière de ses sisterships. La grande nouveauté porte sur la seconde frégate, qui sera intégralement réalisée par DCNS. Trois des six blocs de la partie avant seront confiés à Brest et les trois autres à Cherbourg. L'établissement du Cotentin sera en charge de l'extrême avant, notamment de l'étrave, une partie très délicate à usiner. Pour effectuer ce travail, Cherbourg pourra s'appuyer sur ses formeurs, des ouvriers spécialisés dans le travail de ces tôles au profil très complexe. Les tronçons bretons et normands seront jonctionnés à Brest, qui assurera l'armement des spécialités mécanique, électricité et chaudronnerie de cette partie de frégate. L'intégration finale, ainsi que le raccordement à la partie arrière, seront attribués à Lorient.

Intervention des chantiers extérieurs à partir de la troisième frégate

Après la mise sur cale de la seconde frégate, le montage industriel évoluera pour la partie avant, c'est-à-dire celle faite en dehors de Lorient. Selon le projet évoqué hier, quatre des six blocs seront construits par un ou des prestataire(s) extérieur(s). Cherbourg continuera, néanmoins, de réaliser les deux anneaux de la proue. L'ensemble sera acheminé à Brest, qui jonctionnera les six blocs et assurera l'armement et l'intégration finale de la partie avant. Cette section rejoindra ensuite Lorient pour être assemblée au reste du navire. Il pourrait en être de même pour les bateaux suivants, mais cette option n'est pas acquise. La décision finale concernant les frégates n°4 à 8 ne devrait pas être entérinée avant 2009. Selon la CFDT, la direction aurait indiqué qu'à partir du quatrième bâtiment, « si les enveloppes budgétaires n'étaient pas respectées, le chantier extérieur récupérerait les parts confiées initialement à Cherbourg et Brest, en tenant toutefois compte de la charge de ces deux établissements à ce moment-là ». Plusieurs groupes industriels ont manifesté leur intérêt pour participer au programme FREMM, à commencer par Piriou, Aker Yards mais aussi Spie, qui travaille déjà pour DCNS et serait allié au Pôle Naval Lorientais. Différentes options ont été présentées cet hiver par ces sous-traitants potentiels. Les scénarios passent par la réalisation intégrale en France jusqu'à la construction en collaboration avec des chantiers d'Europe de l'Est. Cette dernière solution présente des avantages en matière de coûts mais poserait des problèmes de qualité.

Combler le trou de charge avant la montée en puissance des Barracuda et du M51

Pour DCNS, le nouveau montage industriel, qui devra être affiné dans les prochaines semaines, est destiné à répondre à plusieurs problématiques. Il y a tout d'abord la question budgétaire, les crédits alloués au programme FREMM étant très « serrés », soit 6.5 milliards d'euros pour 17 bâtiments (8 ont pour le moment été commandés). Chantiers intégrés, équipes dédiées, aménagements et rénovation d'équipements industriels à Brest et Cherbourg, modes de travail adaptés aux objectifs du projet... « Des solutions innovantes, permettant de répondre aux impératifs industriels et économiques auxquels DCNS est confronté sur ses marchés, ont été trouvées », précise l'entreprise. Outre l'aspect financier, celle-ci devait également combler son creux de charge à Brest et à Cherbourg, afin de conserver les compétences de ses personnels. Le retour en interne d'une partie de la charge représenterait environ 150 emplois pour la FREMM n°2 et 215 emplois pour la FREMM n°3. Cette activité apporterait une bulle d'oxygène pour les deux sites, qui connaîtront jusqu'en 2010 une sous-activité dans certaines spécialités. Toutefois, cette situation n'est que conjoncturelle et prendra fin dans trois ans avec la montée en charge de deux programmes majeurs. Ainsi, Cherbourg sera mobilisé sur la réalisation des six nouveaux sous-marins nucléaires d'attaque du type Barracuda. Brest, de son côté, devra assurer la refonte des trois premiers sous-marins stratégique du type Le Triomphant. Cette modernisation, très lourde, portera notamment sur le remplacement des missiles M45 par des M51, ainsi que l'adoption d'un nouveau système de combat et de l'électronique associée. De plus, plusieurs contrats à l'export sont espérés, dont certains pouvant directement concerner l'outil industriel de DCNS. Selon certains syndicats, si Brest et Cherbourg ont une charge suffisante à partir de 2010, la direction pourrait être tentée de basculer d'office les anneaux de FREMM vers les chantiers extérieurs. Cette dernière avait en tous cas indiqué, dans le courant de l'hiver, qu'il n'était pas question d'augmenter la masse salariale ni d'investir massivement dans l'augmentation des capacités industrielles de l'entreprise.

Une direction enthousiaste et des syndicats moyennement satisfaits

« Les moyens industriels des sites DCNS seront exploités en priorité, grâce à l'approche industrielle créative discutée avec les partenaires sociaux depuis plusieurs semaines dans le cadre d'un dialogue social nourri. Les solutions retenues pour assurer la réussite de ce programme prennent à la fois en compte les objectifs de compétitivité du groupe et le maintien des compétences de ses collaborateurs », indique la direction de DCNS. Pour Bernard Planchais, Directeur général délégué du groupe : « Le dialogue social mené à DCNS dans le cadre de la politique industrielle FREMM constitue un exemple de gestion créative et ouverte d'un enjeu lourd en termes économiques, industriels et sociaux. Il a permis de trouver des solutions industrielles imaginatives pour atteindre les objectifs de compétitivité du projet tout en limitant l'externalisation ». Du côté des représentants du personnel, qui se sont âprement battus pour rapatrier la charge en interne, l'enthousiasme est moins prononcé : « La direction fait une petite machine arrière sur ses projets de délocalisations globales du programme FREMM », affirme l'UNSA, qui estime que les mouvements sociaux du printemps « n'ont été entendus qu'en partie ». Pour ce syndicat, « le compte n'y est pas, car la tendance à l'externalisation de la coque et d'une partie de l'armement des navires se confirme, quand bien même, cette externalisation ne commencera que partiellement à partir de la troisième frégate. La seule réalisation en interne des deux premières frégates ne peut suffire ». A la CFDT on est également vigilant sur les conditions dans lesquelles les établissements de DCNS sont revenus dans la course : « Il y a une avancée par rapport à une externalisation totale de la partie avant mais il faudra voir à quel prix. Il faudra notamment regarder dans quelle mesure l'organisation du travail sera remise en question ».
Le programme FREMM doit assurer la charge du site de Lorient jusqu'au début des années 2020. DCNS y compte un peu plus de 1800 salariés (hors ingénierie) et plus de 1400 sous-traitants. Peinture, électricité, mécanique, chaudronnerie, énergie, informatique, bureaux d'études... Derrière le donneur d'ordres, toute une sous-traitance locale s'est organisée. Plus de 70 sociétés dépendent étroitement du carnet de commandes lorientais.
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- Voir la fiche technique des FREMM

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