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DCNS : Chou blanc à l'export et diversification à l'horizon

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DCNS : Chou blanc à l'export et diversification à l'horizon

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Pour le leader européen de l'industrie navale militaire, 2007 ne restera pas dans les annales en matière de contrats à l'export. Seule la vente à la Thaïlande de systèmes de manutention d'hélicoptères Samahe, développés par l'établissement de Ruelle, sauve l'honneur. Pour le reste, DCNS est allé, en matière de prises de commandes, de retards en échecs à l'international, bien loin de l'objectif initialement fixé : Décrocher au moins deux contrats majeurs à l'export. Côté sous-marins, après la tentative avortée du Marlin, perçu par les clients comme un « Scorpène au rabais », l'industriel est revenu au produit franco-espagnol dans ses discussions avec le Pakistan. Face aux troubles politiques qui ont secoué le pays ces derniers mois, Islamabad a, toutefois, reporté la commande de trois nouveaux bâtiments. Les Allemands, très bien placés avec le U214, ont par ailleurs profité des dissensions entre DCNS et Navantia, à propos du Scorpène, pour revenir dans la course et, visiblement, prendre un certain ascendant.
Côté navire de surface, la situation ne fut guère meilleure malgré une certaine gesticulation médiatique.

Des lettres d'intention qui ne restent... que des lettres d'intention

Sur le papier, DCNS a très bien terminé l'année, avec deux accords en vue de réaliser, d'une part, quatre corvettes Gowind pour la Bulgarie et, d'autre part, une frégate du type FREMM pour le Maroc. Très médiatisés car obtenus au cours de visites du président Sarkozy à Sofia et Rabat, ces accords ne restent, toutefois, que de simples lettres d'intention. On se rappellera d'ailleurs que le Maroc a, déjà, signé une lettre d'intention avec les chantiers néerlandais pour l'achat de corvettes. Le dossier bulgare inspire aussi quelques craintes. Arraché par le chef de l'Etat, l'accord a subi un premier coup de boutoir ce mois-ci, avec les annonces du ministre bulgare de la Défense, affirmant que son pays allait acheter des frégates d'occasion. Attendue et, somme toute, parfaitement logique, l'acquisition des frégates belges Wielingen et Westdiep fait suite au transfert, en 2005, de leur sistership, le Wandelaar. DCNS assure qu'il ne s'agit là que d'une solution de transition, en attendant des unités neuves. Reste que les bâtiments belges, bien que trentenaires, ont été modernisés et remotorisés entre 1998 et 2006. Il serait donc étonnant que Sofia investisse dans ces frégates pour ne les utiliser que quatre ou cinq ans. La Bulgarie est, enfin, toujours confrontée au problème du financement de ses futurs navires. Pour s'offrir quatre Gowind, le pays devra en effet débourser environ 900 millions d'euros, argent dont il ne dispose actuellement pas.

Le coup de massue des BPC australiens

Pour DCNS et son nouvel actionnaire, Thales, le véritable « coup dur » est, toutefois, intervenu fin juin. Depuis plusieurs années, les Français étaient lice pour construire deux Bâtiments de Projection et de Commandement pour l'Australie. Dérivés des BPC français du type Mistral mais plus gros (27.000 tonnes), la vente de ces deux unités (1 milliard de dollars) devait symboliser la force du rapprochement entre les deux industriels tricolores. Seulement voilà, le 21 juin dernier, le gouvernement australien annonçait l'acquisition des deux navires d'assaut (BPE) proposés par Navantia. Les BPE étaient pourtant plus chers et, de surcroît, seront construits en Espagne, alors que DCNS et Thales avaient prévu de jouer la carte de l'emploi local en faisant réaliser les BPC en Australie. Comment, dans ces conditions, le marché a-t-il pu échapper aux Français ? Plusieurs facteurs semblent s'être accumulés. Tout d'abord, Navantia proposait un « package » comprenant, outre les transports d'assaut, trois destroyers lance-missiles équipés du système américain Aegis. Dans le même temps, Navantia semble avoir mieux préparé le terrain en amont. « Ils y sont allés plus tôt que nous et les spécifications du BPE, dont le premier exemplaire a été commandé par la marine espagnole, semblent avoir été étroitement inspirées des besoins australiens. Navantia avait donc un produit qui répondait parfaitement à la demande, ce qui n'était pas notre cas, dans la mesure où il fallait adapter le Mistral, trop petit pour répondre à l'appel d'offres », explique un industriel. Le concurrent de DCNS semble, enfin, avoir été nettement plus soutenu politiquement, trois ministres espagnols s'étant déplacés en Australie durant les négociations.
Pour les Français, la mésaventure australienne est d'autant plus grave qu'elle a propulsé, d'un coup, Navantia comme un grand acteur sur le marché export. De plus, DCNS redoute également l'arrivée du groupe espagnol, très appuyé par les Américains, sur le segment des sous-marins. Si la réalisation du premier S80 rencontre quelques difficultés, le risque est grand de voir ce nouveau submersible, équipé d'un système de combat Lockheed Martin, débarquer tôt ou tard sur le marché.

Un chiffre d'affaires maintenu grâce aux commandes déjà engrangées

Malgré les échecs ou les retards intervenus à l'export cette année, le chiffre d'affaires de DCNS devrait se maintenir à un niveau équivalent à celui de 2006, c'est-à-dire aux alentours de 2.7 milliards d'euros. L'activité engendrée par la réalisation de l'important carnet de commandes (plus de 8 milliards d'euros), permet de compenser le niveau, beaucoup plus faible qu'attendu, des commandes à l'international. Concernant les contrat en cours de réalisation, DCNS a livré en octobre la cinquième et avant-dernière frégate singapourienne du type Delta. Au Pakistan, le groupe travaille à l'achèvement du troisième Agosta 90B et à la mise au point, à son bord, du premier système de propulsion anaérobie MESMA, dont il faudra assurer l'intégration sur les deux précédents sous-marins de la série. Côté sous-marins toujours, le premier Scorpène malaisien a été mis à flot le mois dernier, à Cherbourg, alors que la réalisation de son sistership se poursuit chez Navantia, à Carthagène. L'Inde est également un contrat qui monte en puissance, avec la mise sur cale du premier des six Scorpène commandés fin 2005 par New Delhi.
Le marché national, qui représente encore plus de 70% du chiffre d'affaires de DCNS, voit également une montée en puissance des programmes Barracuda (sous-marins nucléaires d'attaque) et FREMM (Frégates Européennes Multi-Missions). La phase d'industrialisation de ces deux contrats majeurs a débuté cette année. Ils assureront, avec un objectif de 6 SNA et 17 FREMM, l'essentiel de la charge de travail du groupe dans les 15 prochaines années. L'entreprise travaille dans le même temps sur deux autres grands contrats pour la Marine nationale, celui des frégates Horizon et du sous-marin nucléaire lanceur d'engins Le Terrible.
Il convient enfin de noter que la maintenance, qui représente plus de 20% du chiffre d'affaires, est restée à un niveau élevé et a bénéficié du très gros contrat signé fin 2006 pour le premier arrêt technique majeur du Charles de Gaulle.

L'entreprise va serrer la ceinture et réduire ses effectifs

Après avoir, malgré tout, maintenu ses résultats cette année, DCNS n'affiche pas un optimisme débordant pour 2008. Alors que les plus grandes incertitudes pèsent sur les conséquences du Livre Blanc sur la Défense, dont les conclusions sont attendues en mars, Jean-Marie Poimboeuf estime que le chiffre d'affaires 2008 « devrait être inférieur de 5 à 8% à celui de cette année ». S'exprimant dans le journal Les Echos, Le président du groupe naval évoque des « mesures d'économie ». De nouveaux efforts devront être réalisés pour accroître la productivité de l'entreprise, en parallèle des synergies consécutives au rapprochement avec Thales (85 millions attendus sur 10 ans). La réduction du coût des achats, déjà engagée, sera poursuivie. Côté personnels, qui sont aujourd'hui près de 13.300, Jean-Marie Poimboeuf affirme qu'il « n'y aura pas de plan social ». Il reconnaît toutefois que DCNS doit « agir sur la mobilité interne et le non remplacement des départs ». Les syndicats s'interrogent sur l'étendue des réductions d'effectifs, alors que la direction semble cibler plus particulièrement les personnels dits « non productifs », c'est-à-dire ceux qui ne travaillent pas directement pour l'ingénierie ou l'outil industriel de production. Dans le même temps, la pyramide des âges, chez DCNS, est assez élevée. L'entreprise enregistre donc de nombreux départs en retraite, notamment chez les ouvriers. De plus, les cessations d'activité pour cause d'amiante concernent 300 à 400 personnes par an. La décrue pourrait, par conséquent, être assez rapide mais n'est semble-t-il pas encore jugée suffisante par la direction. Les embauches devraient donc être limitées, alors que, selon plusieurs responsables syndicaux, des incitations aux départs volontaires seraient également d'actualité. « On a invité plusieurs dizaines de personnes, qui avaient réuni les conditions et les annuités, à partir en retraite, alors qu'il seraient bien restés encore quelques temps. Dans certains cas, plusieurs mois de salaires leur ont été proposés. Des dossiers ont été rondement menés, les gens étant prévenus début décembre pour partir à la fin du mois ». A DCNS, on estime simplement qu'il est « normal de faire savoir aux salariés qu'ils peuvent faire valoir leurs droits ». De sources syndicales, les effectifs pourraient, rapidement, être ramenés à 12.000 salariés pour l'ensemble du groupe. Cette réduction rapide de la voilure est perçue, par les délégués du personnel, comme un danger en matière de transfert du savoir-faire aux jeunes générations. La direction affirme, pour sa part, ne pas perdre de vue le maintien et le développement des compétences, qui passeront inévitablement par des embauches, les formations en alternance et l'apprentissage.

Porte-avions, diversifications et implantation à l'étranger

Les challenges sont donc nombreux pour le groupe, qui doit impérativement, en 2008, remporter des contrats à l'export pour garnir son plan de charge. En France, outre les « ajustements » plus ou moins importants issus du Livre Blanc, la question du porte-avions n'est toujours pas tranchée. DCNS et Aker Yards, qui sera en charge de la coque, espèrent toujours une commande au premier trimestre. A l'export, l'aboutissement du projet marocain est espéré l'année prochaine, alors que l'entreprise compte bien vendre de nouveaux sous-marins, notamment en Amérique latine. Pour appuyer sa force commerciale à l'international, DCNS va implanter une filiale en Inde. DCNS India, qui devrait débuter ses activités avec 20 à 30 personnes, viendra compléter une première implantation étrangère à Singapour, créée en 2005. Cette présence « locale » doit permettre, selon le management, de décrocher plus facilement des marchés en jouant la carte de la proximité. Enfin, il est actuellement beaucoup question de diversification. Outre les projets dans le nucléaire civil (EPR, ITER, rénovation des centrales EDF...), que nous évoquions dès juin dernier, DCNS souhaite explorer la piste très lucrative des services, dans le maritime ou même d'autres secteurs. L'entretien des bases navales, mais aussi aériennes et terrestres, est regardé avec beaocup d'intérêt. Plusieurs dossiers sont à l'étude, y compris au travers d'alliance avec des groupes civils. C'est d'ailleurs déjà le cas sur la base de Toulon, où DCNS et Veolia assurent la distribution d'électricité. Le groupe cherche, également, à valoriser son savoir-faire dans le domaine de la maintenance industrielle, par exemple en matière de moteurs. Enfin, cette fin d'année reste marquée par le dossier Aker Yards. Menacé par un raid coréen sur son capital, le constructeur civil européen, propriétaire des chantiers de Saint-Nazaire et Lorient, est à la recherche d'un partenaire industriel pour se sortir des griffes asiatiques.
Pour le jeune groupe DCNS, qui souhaite s'inscrire dans le développement d'un grand ensemble européen, l'heure est donc à l'exploration de nouveaux marchés mais aussi aux prises de décision stratégiques.

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