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DCNS : Les messages des syndicats à Nicolas Sarkozy

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DCNS : Les messages des syndicats à Nicolas Sarkozy

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Le président de la République participera, aujourd'hui à Lorient, à la cérémonie de révélation de l'Aquitaine, tête de série du programme des Frégates Européennes Multi-Missions (FREMM). A cette occasion, Nicolas Sarkozy doit rencontrer les différentes organisations syndicales de DCNS. L'industriel français est, en effet, chargé de mener à bien ce programme majeur, qui verra la construction, rien que pour la Marine nationale, de 11 navires pour un montant de 7.8 milliards d'euros. Le lancement de l'Aquitaine intervient au moment où les anciens arsenaux, détenus à 75% par l'Etat et 25% par Thales, sont engagés dans le plan « Championship ». Porté par Patrick Boissier, président de DCNS depuis janvier 2009, ce plan de bataille ambitionne de réduire les coûts de 30% en trois ans et d'augmenter de 50 à 100% le chiffre d'affaires du groupe d'ici 2020. Face à ce challenge, les syndicats expriment certaines inquiétudes, qu'ils comptent bien faire partager au chef de l'Etat.

Répartition des bénéfices

Si les différentes organisations ne sont pas, dans l'absolu, opposées aux efforts destinés à améliorer la compétitivité du groupe. Mais elles demandent que DCNS et ses salariés touchent les fruits de ce travail. « On parle de répartition équitable des bénéfices, qui doivent notamment être réinvestis dans l'entreprise et reversés au personnel. Nous aimerions par exemple que l'Etat, qui est l'actionnaire majoritaire de DCNS, soit moins gourmand en termes de dividendes », explique-t-on à la CFDT. L'UNSA souhaite également aborder ce sujet avec Nicolas Sarkozy. « A propos des bénéfices, le président a évoqué la règle des 1/3 pour les actionnaires, 1/3 pour l'entreprise et 1/3 pour les salariés. Ce serait bien qu'il l'applique aux entreprises dont l'Etat a le contrôle. De plus, lors de son déplacement à Cherbourg, en 2008, il avait promis d'étudier le problème de la participation des ouvriers d'Etat. Aujourd'hui, rien n'a avancé et les fruits des résultats de DCNS ne profitent qu'aux personnels salariés et pas aux ouvriers d'Etat ».

Priorité à l'emploi

Mais, pour la CFDT comme pour l'UNSA, la priorité reste l'emploi. Forte d'environ 12.000 personnels, DCNS voit partir, chaque année, environ 700 personnes, notamment du fait des départs en retraite liés à la pyramide des âges. « Pour maintenir le savoir-faire et les compétences, il est impératif de passer à la vitesse supérieure en termes d'embauches. L'entreprise a fait un effort sur l'apprentissage mais celui-ci doit être accentué », affirme-t-on à la CFDT, où l'on propose 1000 embauches en Contrat à Durée Indéterminée à l'issue de l'apprentissage entre 2010 et 2012. A l'UNSA, on compte également sensibiliser le président de la République sur la nécessité de développer l'emploi : « Nous allons lui faire part de l'intérêt de développer l'emploi en France dans nos domaines, et notamment en ce qui concerne la diversification. Dans le secteur du nucléaire civil, où nous pouvons nous placer comme sous-traitants d'Areva et EDF, nous souhaitons que l'Etat soit plus soucieux de patriotisme économique, au moment où ces groupes français choisissent des entreprises à l'autre bout de l'Europe même si DCNS dispose des compétences nécessaires ». Dans le domaine des énergies marines renouvelables, où DCNS a sans nul doute de belles cartes à jouer, la CFDT s'inquiète par ailleurs de certaines dispositions intégrées à la loi Grenelle II. Selon les professionnels de l'éolien, ces dispositions menaceraient le développement de la filière française. « Il y a une contradiction entre le message initial de l'Etat, qui était très offensif sur le sujet, et ce que nous voyons aujourd'hui, c'est-à-dire une marche arrière. En France, nous sommes déjà en retard sur l'éolien offshore et si on avance avec le frein à main, on se fera tailler des croupières par d'autres pays, comme l'Allemagne et la Grande-Bretagne. Il faut, désormais, que l'Etat ait un message clair sur la question ».

« Ne pas trop serrer la vis »

Pour compenser la baisse d'activité sur le marché français, en raison de la réduction du format de la flotte et de l'entrée en service de bâtiments nécessitant moins de maintenance, DCNS souhaite donc se diversifier. Dans le même temps, le leader européen de l'industrie navale militaire veut développer son activité à l'export. Sur ce segment, la plupart des contrats sont désormais réalisés en transfert de technologie, c'est-à-dire que les produits vendus par le groupe sont réalisés localement avec l'aide technique française. Dans ce domaine, l'UNSA appelle à la vigilance : « Décrocher des contrats à l'export c'est bien pour le chiffre d'affaires de l'entreprise, mais ce n'est pas cela qui fait de l'emploi en France. De plus, il faut faire très attention aux transferts de technologie et éviter, par leur biais, de nous créer de futurs concurrents ». De même, pour les contrats nationaux, la CFDT appelle l'Etat à être moins exigent sur les coûts : « Il ne faut pas trop serrer la vis. Il faut, en effet, voir que nous sommes en concurrence avec des pays qui payent grassement leurs industries et leur permettent donc d'avoir plus de marges à l'export. De plus, les réductions trop importantes de coûts ne sont pas sans conséquence sur la dégradation des conditions de travail ». A ce sujet, le syndicat, comme d'autres organisations, souhaite l'ouverture de négociations sur les risques psycho-sociaux au sein du groupe. « Nous avons vu ce que le stress au travail et la course aux résultats engendraient dans certaines entreprises françaises. Nous souhaitons que l'Etat actionnaire veille à ce que DCNS soit une société exemplaire, notamment sur ce domaine, et impulse l'ouverture de négociations pour que nous soyons en pointe sur les risques psycho-sociaux ».

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