Défense
DCNS Lorient : Un Alsacien aux manettes

Interview

DCNS Lorient : Un Alsacien aux manettes

Depuis le 1er septembre, Laurent Moser est le nouveau big boss du site DCNS de Lorient. Cet Alsacien de 50 ans, issu de l'industrie, débarque dans un groupe en pleine évolution, avec l'oeil rivé sur son développement à l'international et l'amélioration de sa compétitivité. Interview :

Défense

LE TELEGRAMME : Après une carrière dans l'automobile et le ferroviaire, vous voilà chez DCNS. Un nouveau challenge ?

LAURENT MOSER : Ce sont principalement deux raisons qui m'ont conduit ici. D'abord, dans toute ma carrière, ce qui m'a animé c'est la fierté du produit qu'on réalise : j'ai construit des voitures chez Renault puis des trains et je retrouve chez DCNS, avec les navires de haute technologie qui y sont construits, cette même fierté. Sur un plan plus personnel, cela faisait huit ans que j'étais chez Bombardier Transport, à Valenciennes (Nord), et j'avais besoin d'un nouveau challenge pour me mettre en danger. Et puis, je suis très content d'arriver dans une fort belle région que je connais déjà pour être un Breton des Côtes-d'Armor par ma mère.

Contrairement à vos prédécesseurs vous n'êtes pas issu du sérail... 

Effectivement, mais je pense que cela peut amener d'autres façons de faire et d'autres formes de management. DCNS doit améliorer sa compétitivité dans les offres à ses clients et notamment à l'étranger.


Pierre Salmon, auquel vous succédez, n'est resté que huit mois à la direction de DCNS Lorient ; quelle était sa feuille de route ?

Il avait comme mission de mettre en place la nouvelle organisation du groupe à Lorient. En tant qu'ancien directeur industriel de Nantes-Indret, puis de l'ingénierie des bâtiments de surface, et avec ses fonctions à la direction des programmes, il était le mieux placé pour le faire. Depuis décembre, il cumulait la direction du site avec ses fonctions à la direction des programmes auxquels il va pouvoir à nouveau pleinement se consacrer. 

En quoi consiste cette nouvelle organisation ? 

L'objectif est de répondre aux enjeux de conduite des programmes et de développement international de DCNS, en rapprochant la production de la conception pour améliorer leurs interfaces et être plus réactifs. Cette nouvelle organisation a été finalisée en juillet. 

Et votre lettre de mission ? 

En 2014, il y a eu un plan d'économies de lancé et, en 2015, on en est à un plan de progrès et mon challenge est de le conduire.

Le chantier naval Piriou, qui vient de s'implanter à Keroman, a décroché avec DCNS la commande des quatre futurs bâtiments d'assistance et de soutien hauturiers (BSAH) de la Marine nationale. Il aimerait pouvoir utiliser la forme nº 2. Où en est-on? 

C'est un dossier qui va être mis en haut de la pile. J'ai un calendrier de rencontres d'organisé et on est en train de regarder la possibilité de l'exploiter. On est en discussion avec Piriou pour voir de quelle manière on peut travailler en synergie. C'est un outil de travail DCNS extrêmement important et actuellement inutilisé. Mais, dans le cadre de notre développement à l'international, il pourra être amené à l'être. Toutefois, le bassin doit faire l'objet de gros investissements. 

Le climat social est actuellement tendu ; qu'en est-il des transferts de compétences ? 

Les deux points de crispation avec les organisations syndicales portaient sur le planning des concertations et sur le transfert de compétences. Sur ce point, le dialogue social a permis de faire évoluer les choses puisque notre P-DG, Hervé Guillou, a annoncé que ces transferts se feront sur la base du volontariat. On en est à la première phase des négociations et ce jusqu'en novembre. Il s'agit de voir comment les personnes qui souhaitent intégrer notre filiale DES (Défense Environnement Services, société commune de DCNS et Veolia, ndlr) vont pouvoir le faire. Ceci dit, les personnels de DCNS étant très attachés à leur entreprise, on peut comprendre leurs inquiétudes. S'agissant de l'accord de performance, il va permettre d'augmenter notre compétitivité et de travailler sur les fondamentaux pour préparer l'avenir. 

Quid des effectifs actuels ? 

DCNS Lorient, c'est 2000 salariés auxquels il faut ajouter près de 800 salariés extérieurs générés par son activité. Au niveau du groupe, il est prévu entre 2015 et 2018, 2000 départs naturels. Dans le même temps, DCNS va procéder à 1000 embauches orientées vers la production et la conception. Pour Lorient, cela s'est déjà traduit par une vingtaine de recrutements à l'externe, soit la moitié d'ouvriers cette année. 

Quelle est la visibilité du site de Lorient ? 

Il reste huit FREMM (frégates multimissions) à livrer d'ici 2022 à la Marine nationale. Après l'Aquitaine livrée en novembre 2012 et la Provence en mai dernier, la Languedoc, qui commence ses essais en mer en octobre, le sera au printemps 2016. Suivra, selon le cadencement prévu, l'Auvergne au printemps 2017 ; puis la Bretagne qui est actuellement dans la forme et une sixième qui n'a pas encore de nom. S'y ajouteront deux FREMM aux capacités antiaériennes renforcées à l'horizon 2022. En parallèle, il y a aussi les bâtiments destinés à l'export comme on a déjà pu le voir avec la frégate Mohammed VI livrée au Maroc et la Tahya Misr (ex-Normandie) à l'Égypte, pour qui une corvette du type Gowind 2500 est également en cours de construction à Lorient. Nous avons aussi l'opportunité de développer un nouveau produit avec les frégates de taille intermédiaire (FTI). Nous en sommes aux pré-études avant les études qui vont être lancées début 2016 pour ce produit d'export qui correspond aussi aux besoins de la marine française.

De quoi doper le chiffre d'affaires ? 

En 2014, il était de l'ordre de 3,1 milliard d'euros pour le groupe, dont 25 % représentant sa part à l'international. L'objectif est d'atteindre dans les dix ans les 5 milliards, dont la moitié générée par le développement international.

Une interview réalisée par la rédaction du Télégramme

Naval Group (ex-DCNS)