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DCNS met à flot sa première corvette Gowind

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Moins d’un an après sa mise sur cale, l’Elfateh, tout premier exemplaire de la gamme Gowind, nouvelle génération de corvettes lourdes conçue par DCNS, est sorti samedi de son hall de construction à Lorient. Tête de série des quatre unités du type Gowind 2500 commandées en mai 2014 par la marine égyptienne (pour 1 milliard d’euros), l’Elfateh doit être livré en 2017. Ses trois sisterships seront, quant à eux, réalisés en transfert de technologie avec l’assistance de DCNS. Dans le cadre de ce programme, le groupe naval, qui s'installe à Alexandrie, accueille également quelques 300 ingénieurs et techniciens égyptiens à Lorient afin de transmettre son savoir-faire aux équipes d'Alexandria Shipyard. Le chantier égyptien, qui a mis sur cale son premier bâtiment le 16 avril dernier, doit achever les trois corvettes dont il a la charge d’ici 2020. Comme l’Elfateh, ces bâtiments prendront le nom de villes égyptiennes, notamment Marsa Matruh et Port Saïd. En plus de ces quatre bâtiments, l’Egypte a en outre confirmé en novembre dernier une expression de besoin pour deux Gowind 2500 supplémentaires mais, pour l’heure, aucun avenant au contrat n’a été signé. Si ces options voient le jour, les bâtiments pourraient voir le jour à Lorient, permettant de compléter la production des chantiers d’Alexandrie pour disposer plus rapidement de ces unités supplémentaires.

 

Gowind 2500 égyptienne (© DCNS)

 

Deux mises à flot et une livraison en 36 heures

Le site morbihannais du groupe naval est tout à fait dimensionné pour répondre à ce besoin si la marine égyptienne le demande. Cela, malgré une belle charge de travail actuellement. En plus de la toute première Gowind 2500, qui a rejoint son quai d’armement à flot, DCNS Lorient travaille en simultané sur trois frégates multi-missions (FREMM) destinées à la Marine nationale : l’Auvergne, qui débutera prochainement ses essais en mer, la Bretagne qui a été mise à l’eau vendredi dernier (la veille donc de l’Elfateh, qui était derrière la FREMM dans la forme de construction) et la future Normandie, dont l’assemblage va pouvoir débuter maintenant que la cale est libérée. On soulignera que c’est la première fois depuis bien longtemps que deux bâtiments militaires, et non des moindres, sont mis à l’eau coup sur coup à Lorient. A cela s’ajoute la réception vendredi, par la marine égyptienne, de son second BPC, l’Anwar el-Sadat, qui va rejoindre début octobre le Gamal Abdel Nasser, livré en juin dernier. En 36 heures, de vendredi matin à samedi soir, DCNS a donc connu une activité particulièrement dense.

 

Mise à l'eau de la FREMM Bretagne vendredi (© DCNS)

Le BPC Anwar el-Sadat après la cérémonie de ivraison vendredi (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Avec donc cette première révélation de la nouvelle Gowind, un évènement majeur pour DCNS mise beaucoup sur cette corvette de nouvelle génération conçue spécialement pour le marché export.

 

Une corvette de nouvelle génération

C’est en 2006 que les premières ébauches de la Gowind ont été dévoilées. Depuis, les ingénieurs français ont largement affiné le design, intégré les nouvelles technologies apparues au fil des années et optimisé la plateforme pour répondre à l’évolution des besoins opérationnels.

La Gowind 2500 s’adresse aux marines désireuses de moderniser ou développer leurs flottes avec des bâtiments de combat compacts mais robustes et fortement équipés, tant en matière d’électronique que d’armement et de capacités de projection. Disposant d’un système de combat SETIS, dérivé de celui équipant les FREMM, ces corvettes sont de véritables unités militaires, avec un standard basé sur la norme Naval Patrol Vessel du Bureau Veritas. Les Gowind offrent, ainsi, un fort niveau de redondances et un compartimentage serré assurant leur stabilité en cas d’avarie.

 

Gowind 2500 (© DCNS)

 

Les caractéristiques des bâtiments égyptiens

Longues de 102 mètres pour une largeur de 16 mètres et un déplacement de 2600 tonnes en charge, les corvettes égyptiennes pourront dépasser la vitesse de 25 nœuds, avec une autonomie de 3700 milles à 15 nœuds. Elles disposeront d’une propulsion diesel-électrique, la puissance atteignant 10 MW. Armées par un équipage de 65 marins (détachement hélicoptère inclus), ces corvettes auront la possibilité d’embarquer au moins 15 personnes supplémentaires, par exemple des forces spéciales. Celles-ci pourront notamment être déployées au moyen de semi-rigides, les Gowind 2500 disposant de deux niches latérales pour des embarcations de 6.5 mètres.

Puissamment armés, les bâtiments pourront mettre en oeuvre 8 missiles antinavire Exocet MM40 Block3, 16 missiles surface-air VL Mica, une tourelle de 76mm, deux canons télé-opérés de 20mm, ainsi que des torpilles. Le hangar et la plateforme sont dimensionnés pour accueillir un hélicoptère de 10 tonnes. Par ailleurs, les corvettes égyptiennes se distingueront par leurs importantes capacités anti-sous-marines, avec un sonar de coque de la famille Kingklip et un sonar remorqué Captas 2.

 

Le PSIM (© MER ET MARINE / DCNS)

 

Premier PSIM réalisé à Lorient

Les Gowind égyptiennes sont les premières à disposer du Panoramic Sensors and Intelligence Module (PSIM), ensemble réalisé d’un bloc regroupant la mâture intégrée avec l’essentiel des senseurs et moyens de communication, le Central Operation ainsi que les locaux techniques associés. Le radome du PSIM de l’Elfateh abritera un radar de veille SMART-S avec un balayage à 360°, ainsi qu’une suite de guerre électronique qui devrait notamment comprendre des systèmes Vigile 200 et Altesse. Il y aura également à bord des lance-leurres Sylena. On notera qu’à l’instar du premier PSIM (dont l’intégration et les essais sont réalisés avant l’embarquement sur la corvette), les trois structures destinées aux sisterships de l’Elfateh seront également réalisées à Lorient puis acheminées à Alexandrie pour être montés sur les bâtiments construits en Egypte.

 

Gowind malaisienne (© DCNS)

 

Six exemplaires plus grands pour la Malaisie

En plus de l’Egypte, DCNS a également vendu à la Malaisie une version légèrement plus grande, qui va être réalisée à six exemplaires, là aussi en transfert de technologie. Les corvettes malaisiennes mesureront 111 mètres de long et afficheront un déplacement de 3100 tonnes en charge. Dotées d’un appareil propulsif plus puissant, elles pourront atteindre la vitesse de 28 nœuds. Alors que la capacité d’hébergement a été portée à 138 marins et passagers, l’armement comprendra aussi des différences. La Malaisie a, en effet, opté pour une tourelle furtive de 57mm au lieu du 76mm, des canons de 30mm au lieu de 20 et des missiles antinavire NSM à la place des Exocet. On trouvera néanmoins à bord des VL Mica, un Captas 2, un système de combat SETIS et un radar SMART-S.

La première des six corvettes malaisiennes a été mise sur cale en mars dernier au chantier Boustead Naval Shipyard de Lumut, dans l'Etat de Perak. La mise à flot du bâtiment est prévue fin 2018, les unités suivantes devant être réalisées rapidement, le chantier ayant été rénové pour pouvoir produire plusieurs corvettes simultanément. La mise sur cale de la seconde corvette devait, ainsi, intervenir cet été.

 

Gowind 1000 (© DCNS)

 

Gowind 1000: Le modèle compact de la famille

En plus de la Gowind 2500 et de ses variantes, on rappellera que DCNS a complété sa gamme, en 2014, avec un modèle plus compact, la Gowind 1000. Cette plateforme de 80 mètres de long et 1000 tonnes de déplacement bénéficie du retour d’expérience accumulé sur le patrouilleur hauturier L’Adroit (type OPV 90), opéré depuis 2012 par la marine française. DCNS y a ajouté différentes innovations et des capacités de combat de premier plan. La Gowind 1000 bénéficie comme sa grande sœur des performances du SETIS, grâce auquel l’armement, comprenant des missiles antinavire (4 Exocet MM40 B3) et antiaériens (8 VL Mica), une tourelle de 76mm et deux canons télé-opérés de 20mm, ainsi que les équipements électroniques, sont gérés de manière intégrée. Conçue comme une unité rapide, avec une vitesse de pointe de 30 nœuds pour une puissance propulsive de près de 6000 kW, cette corvette, plutôt destinée au combat littoral et à la protection de la zone économique exclusive, présente une autonomie de 3500 milles à 12 nœuds. Mise en œuvre par 44 marins et pouvant héberger 12 personnes supplémentaires, elle dispose d’une passerelle panoramique surmontée d’un mât unique abritant un radar 3D. Sa plateforme peut accueillir un hélicoptère de 10 tonnes, alors qu’un petit hangar permet d’abriter un UAV.

 

Gowind 1000 : passerelle panoramique (© DCNS)

 

La Gowind 1000 se caractérise par sa modularité. Les ingénieurs de DCNS ont, ainsi, conçu un vaste espace situé à l’arrière et accessible par une rampe et une porte sur la plateforme. L’intégration rapide de modules de mission permettra de reconfigurer en moins de 48 heures cet espace, prévu notamment pour le soutien aux forces spéciales. Il est, ainsi, possible d’emporter jusqu’à quatre embarcations semi-rigides de 9 mètres, avec la possibilité d’en mettre deux simultanément à l’eau via la rampe et une porte latérale à tribord. Le local peut également recevoir le matériel de plongeurs, comme un caisson de décompression, des drones sous-marins et de surface, ou encore des capacités de logement supplémentaires. Afin de répondre à un besoin émergeant, il sera également possible d’accueillir des équipements de guerre des mines, avec un concept axé sur l’emploi de drones de détection, de localisation, d’identification et de neutralisation.

 

Gowind 1000 : zone modulaire à l'arrière (© DCNS)

Naval Group (ex-DCNS)