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DCNS : Mise à flot et baptême du premier Scorpène pour la Malaisie

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DCNS : Mise à flot et baptême du premier Scorpène pour la Malaisie

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Le premier des deux sous-marins du programme Scorpène Malaisie à été baptisé mardi, sur le site de DCNS à Cherbourg. Commandé en juin 2002, le Tunku Abdul Rahman a rejoint son élément le 20 octobre après 44 mois de construction et 3 millions d'heures de travail. Bénéficiant des formes de coque des sous-marins nucléaires d'attaque français du type Améthyste, et des avancées technologiques des sous-marins stratégiques du type Le Triomphant, notamment en matière de discrétion acoustique, les Scorpène sont réputés comme faisant partie des meilleurs sous-marins conventionnels. Selon les simulations, ils disposeraient d'un avantage tactique indéniable sur leurs concurrents et pourraient même rivaliser avec les SNA actuellement en service. Les sous-marins commandés par la Malaisie pourront assurer toute une panoplie de missions côtières et océaniques, de la lutte ASM et antinavire au minage, en passant par le renseignement et les opérations spéciales. Doté de 18 armes, avec un panachage de torpilles lourdes Black Shark et de missiles Exocet SM39, le Scorpène est donc une arme de premier rang qui va permettre à la Malaisie d'accentuer considérablement son poids stratégique, et donc politique, dans la sphère régionale. Lors du baptême du Tunku Abdul Rahman, le vice premier ministre malaisien, Najib Tun Razak, ne s'y est pas trompé : « Ces sous-marins offrent une nouvelle capacité à la marine royale malaisienne pour protéger nos intérêts. Ils vont nous permettre de jouer un rôle beaucoup plus significatif et pas seulement côtier. Nous pourrons, notamment, participer activement à la sécurité dans le détroit de Malacca, l'une des plus grandes routes maritimes au monde. Ce sera notre contribution à la stabilité et à la paix dans la région, au service de la communauté internationale ».

Moitié français, moitié espagnol

Le programme Scorpène Malaisie ne comprend pas un mais quatre contrats. Le premier, signé par DCN-International en juin 2002 et transféré ensuite à Armaris, porte sur la réalisation par DCNS et son partenaire espagnol Navantia des deux bâtiments. Comme pour les deux Scorpène vendus au Chili, Cherbourg assure la réalisation de l'ensemble de la coque épaisse ainsi que l'aménagement de la partie avant. Carthagène, de son côté, a mené à bien l'assemblage de la partie arrière. Le chantier espagnol a reçu les éléments de coque produits par Cherbourg à l'été 2004. Durant 19 mois, Navantia a intégré dans les anneaux de la partie arrière le moteur électrique de propulsion, la ligne d'arbres, les deux diesel-générateurs et les équipements associés, tout en aménageant les locaux dédiés à l'équipage. Achevée, la section arrière du premier sous-marin, d'une longueur de 35 mètres pour un poids de 630 tonnes, est revenue en mars 2007 en France, où elle a été « jonctionnée » à la moitié avant. A l'instar du second Scorpène du contrat Chili, Navantia sera en charge de l'achèvement et des essais du second sous-marin malaisien. Réalisée par DCNS, la partie avant de ce bateau a été expédiée à Carthagène en juillet dernier. Après la livraison du premier sous-marin en janvier 2009, celle du second navire doit intervenir en octobre de la même année.

Deux Scorpène, un sous-marin école, une formation et un simulateur pour 1 milliard d'euros

Outre la réalisation des navires, la Malaisie ne disposant pas, jusque là, de sous-marinade, trois contrats portants sur la formation et l'entrainement des équipages ont été signés. Le Ouessant, un ancien sous-marin du type Agosta de la Marine nationale, a été remis et état et mis à la disposition de DCNS pour la formation en mer des équipages. Le bâtiment est utilisé par Navfco, la branche navale de Défense Conseil International, qui assure la formation des marins malaisiens à Brest. Le concours de la Marine nationale est très fort dans ce programme : « Le client à choisi l'école française en matière de sous-marins. Il y a un très important soutien de la marine, qui a développé des relations très fortes avec son homologue malaisienne », explique Philippe Novelli, responsable du projet. Dans le même temps, un simulateur de plongée a été commandé en mai 2006 à DCNS Ruelle, près d'Angoulême. L'ensemble du programme représente un investissement de plus de 1 milliard d'euros (1.3 milliard selon certaines sources, un chiffre non confirmé par les industriels). Pourrait également s'y ajouter un contrat de maintien en condition opérationnelle (MCO), actuellement en cours de négociation. Enfin, l'acquisition de Scorpène a nécessité la construction d'une base, aménagée avec les conseils de DCNS, à Kota Kinabalu, à l'Est de Bornéo.

Quelques différences par rapport aux sous-marins chiliens

Long de 67.5 mètres pour un diamètre de 6.2 mètres et un déplacement de 2010 tonnes en plongée, les Scorpène malaisiens sont légèrement différents des navires réalisés par DCNS et Navantia pour le Chili. Ils sont, notamment, légèrement plus longs, en raison de la présence d'un double sas (cofferdam) séparant chaque bateau en deux zones. La partie avant ou arrière peut servir de refuge en cas d'envahissement de l'autre section. Le double sas, constitué par deux cloisons étanches séparées d'environ 2 mètres, permet d'accéder aux moyens de secours, notamment la trappe vers la plateforme d'accueil pour engin d'évacuation du type DSRV. Il sert également de sas pour les nageurs de combat. Une autre différence notable est à signaler au niveau de la propulsion. Alors que les Chiliens avaient opté pour quatre moteurs diesels de l'Allemand MTU, les Malaisiens ont choisi d'équiper leur sous-marins avec seulement deux moteurs plus puissants, fabriqués par MAN - Pielstick. Ce changement a entraîné un réaménagement des locaux de l'appareil propulsif. Les Scorpène malaisiens sont, par ailleurs, équipés d'un mât optronique disposant de capacités en matière de guerre électronique. Livré par Sagem, cet aérien est notamment doté d'un intercepteur de communications et d'un détecteur de radars. Il peut être opéré par n'importe laquelle des six consoles multifonctions du PC Navigation Opérations (PCNO) alors que sur les bâtiments chiliens, une console spécifique est dédiée au mât.

Lorient et Toulon avant la livraison

Après avoir réalisé sa première plongée statique, normalement le 25 janvier, le Tunku Abdul Rahman rejoindra le Morbihan. Le site DCNS de Lorient servira de base à partir de laquelle les essais en Atlantique seront menés durant quatre mois. Après une remise à niveau consécutive aux essais, prévue pour durer une quinzaine de semaines, le sous-marin partira pour Toulon en octobre 2008. C'est là qu'interviendront les essais officiels et l'ultime phase du programme de formation. Dueant cette période, le premier équipage malaisien prendra en main son navire. Une fois livré et son équipage opérationnel, le Scorpène ralliera à l'été 2009 la Malaisie, après un transit de près de deux mois, vraisemblablement par le canal de Suez.

Naval Group (ex-DCNS)