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DCNS mise sur la FREMM à mâture intégrée pour l’export

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DCNS mise sur la FREMM à mâture intégrée pour l’export

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Moyen-Orient, Amérique du nord, Océanie… Les perspectives à l’exportation de la nouvelle frégate de premier rang française sont relancées grâce à la nouvelle version de la FREMM. Dévoilée pour la première fois fin 2012, à l’occasion du salon Euronaval, la FREMM Extended Range, dotée d’une mâture intégrée, devient aujourd’hui un produit beaucoup plus concret. Le ministère français de la Défense a en effet, en 2014, donné son feu vert aux équipes tricolores de Thales pour développer le Sea Fire 500. Un nouveau radar multifonctions doté de quatre antennes fixes qui sera, sans nul doute, choisi pour équiper les cinq nouvelles frégates de taille intermédiaire (FTI), que DCNS livrera la à la Marine nationale à partir de 2022.

Le SF 500 offrira une capacité défense aérienne étendue

En dehors de ces nouveaux bâtiments, plus compacts que les FREMM (4000 tonnes au lieu de 6000), le SF 500 pourra également équiper les frégates multi-missions, actuellement dotées d’un radar tournant Herakles. Plus puissantes et offrant une veille permanente à 360 degrés, les nouvelles antennes en cours de développement chez Thales permettront d’accroître significativement les capacités de détection des FREMM. Multifonctions, le SF 500 pourra servir aussi bien à la défense aérienne étendue qu’à la veille surface, en passant par la défense anti-missile balistique (y compris des engins balistiques antinavire) et l’autodéfense contre des attaques asymétriques. Cela, dans un environnement marqué par un brouillage de plus en plus intense, notamment en milieu côtier. Ses antennes actives assureront de manière simultanée l’ensemble des fonctionnalités radar nécessaires au bâtiment porteur : surveillance air et surface, poursuite de cibles identifiées comme menaçantes, guidage des missiles et même des éléments contribuant, en plus de la conduite de tir associée aux canons, à la précision de l’artillerie contre des buts en surface (suivi de gerbes). 

 

(© DCNS)

(© DCNS)

 

La frégate la plus polyvalente

Grâce à ce nouvel outil, la FREMM, considérée actuellement comme l’une des meilleures plateformes anti-sous-marine du monde, va pouvoir en même temps devenir une frégate de défense aérienne de premier rang. Ce qui constitue un atout considérable par rapport à l’ensemble de ses concurrentes internationales, aucune n’offrant pour le moment une gamme de capacités aussi large et, surtout, avec un tel degré de performances aussi bien en matière de lutte ASM et antisurface que de défense aérienne et d'action vers la terre. De plus, on rappellera que ces fonctions sont dimensionnantes pour la plateforme dès la phase de conception et que l’ajout ultérieur de certaines grandes capacités n’est pas toujours possible, comme les Australiens l’ont constaté en voulant renforcer les moyens de lutte ASM des F100 espagnoles.

Equipements de base

Conçue pour mettre en œuvre un sonar de coque et une antenne remorquée (Captas 4 de Thales), la FREMM, dans sa configuration actuelle, dispose de quatre lanceurs verticaux (32 cellules) pour la mise en œuvre de missiles surface-air Aster 15 et Aster 30 (sur les futures FREMM DA de la marine française), ainsi que des missiles de croisière (MdCN). Les bâtiments peuvent en outre embarquer 8 missiles antinavire Exocet MM40 Block3, leur artillerie comprenant une tourelle de 76mm et deux canons télé-opérés de 20mm. Dotées de deux tubes pour le lancement de torpilles MU90, les frégates françaises disposent d’une plateforme et d’un hangar pour un hélicoptère de 10 tonnes (en France le NH90 doté d’un sonar trempé FLASH, de MU90 et peut être à l’avenir du missile antinavire léger ANL). Côté équipements, les FREMM sont gréées avec de solides moyens de guerre électronique (intercepteur, détecteur, brouilleurs) complétés par des lance-leurres anti-missile et anti-torpille. Les deux niches situées de chaque côté peuvent, enfin, accueillir chacune un semi-rigide de 11 mètres et, ainsi, permettre au bâtiment de servir de support aux opérations spéciales. 

 

La FREMM Aquitaine (© MARINE NATIONALE)

La FREMM Aquitaine (© MARINE NATIONALE)

 

Evolutions possibles selon les besoins des clients

Des caractéristiques qui peuvent être modifiées significativement, DCNS ayant dès le départ conçu une plateforme évolutive, la configuration de la frégate pouvant changer selon les besoins du client. La tourelle principale peut, ainsi, passer du 76 au 127mm, alors que l’artillerie secondaire peut être constituée d’affûts de 30mm ou d’un système multitubes. En plus des canons télé-opérés situés à l’arrière, de part et d’autre du hangar, il est également possible d’en intégrer sur le roof, près des lanceurs, afin d’assurer un champ de battage complet pour parer à toute menace asymétrique.

Concernant les capacités aéronautiques, le hangar est reconfigurable afin d’accueillir deux hélicoptères et des drones.

 

Modèle avec 127mm, canon Millennium et double hangar (© DCNS)

Modèle avec 127mm, canon Millennium et double hangar (© DCNS)

 

Pour ce qui est de la dotation en missiles, on notera que DCNS a validé architecturalement la possibilité d’allonger la FREMM de quelques mètres (elle mesure aujourd’hui 142 mètres) afin d’ajouter deux lanceurs verticaux supplémentaires et, ainsi, disposer de 48 missiles prêts à l’emploi. Le développement probable d’un nouveau lanceur hybride capable d’accueillir aussi bien des Aster 30 que des MdCN améliorera en outre la souplesse de la configuration. Comme cela avait été proposé à la Grèce dans les années 2000, il est par ailleurs possible d’intégrer au niveau du hangar des lanceurs verticaux pour missiles surface-air à courte portée VL Mica (24 munitions) permettant ainsi, en plus des Aster 30 pour la lutte antiaérienne à longue portée, d’offrir une couche supplémentaire pour l’autodéfense rapprochée.

 

Modèle avec lanceurs VL Mica proposé en 2008 à la Grèce (© DCNS)

Modèle avec lanceurs VL Mica proposé en 2008 à la Grèce (© DCNS)

 

10 FREMM déjà commandées, dont deux à l’export

Grâce à toutes ces options, DCNS, qui en plus des huit FREMM commandées par la Marine nationale (trois réceptionnées à ce jour) a déjà livré deux frégates de ce type à l’export (le Mohammed VI au Maroc fin 2013 et la Tahya Misr à l’Egypte à l’été 2015), espère convaincre d’autres marines d’opter pour sa frégate de premier rang.

D’importantes opportunités à l’international

Parmi les prospects les plus sérieux, deux sont connus au Moyen-Orient. Il s’agit de l’Arabie Saoudite et du Qatar. Mais DCNS vise également le Canada et l’Australie. Concernant le premier, il s’agit de la compétition pour le programme Future Surface Combattant (FSC), qui doit voir au cours de la prochaine décennie le remplacement des 12 frégates du type City et des trois destroyers du type Tribal par 15 nouveaux bâtiments. Dans cette perspective, deux solutions sont possibles avec le modèle français : soit 12 FREMM classiques et trois « FREMM ER », soit directement 15 frégates équipées d’une mâture unique.

Intégration de systèmes étrangers

Concernant les équipements, le groupe naval français a déjà pris en compte la possibilité de pouvoir intégrer des senseurs et de l’armement américains. Si DCNS vend habituellement des bâtiments embarquant notamment les produits de MBDA et Thales, et dotés de ses propres systèmes de combat, le groupe sait aussi assurer l’intégration de systèmes étrangers, comme son expérience le démontre. Ce fut le cas par exemple avec les frégates singapouriennes du type Delta, équipées d’un système de combat développé localement et de missiles antinavire américains Harpoon, ou encore des patrouilleurs à effet de surface norvégiens du type Skjold, dotés d’un système de combat du type SENIT 2000 de DCNS et de missiles norvégiens NSM.

Dans le cas de l’Australie, pour laquelle la FREMM concourt dans le cadre du programme SEA 5000, destiné à assurer le remplacement des frégates du type Adelaide (FFG 7) et à terme des ANZAC, la question du radar sera primordiale. C'est pourquoi DCNS a entrepris de travailler avec le CEA Tech pour permettre l’intégration sur sa frégate du radar australien à faces planes CEAFAR.

 

La Provence avec l'USS Harry S. Truman en décembre (© MARINE NATIONALE)

La Provence avec l'USS Harry S. Truman en décembre (© MARINE NATIONALE)

 

Des bâtiments aux normes OTAN

On notera enfin que la marine française constitue une véritable vitrine commerciale cruciale pour DCNS, de par sa réputation, ses liens avec les forces navales à travers le monde et les nombreuses opérations qu’elle réalise. L’intégration réussie cet hiver des deux premières FREMM tricolores au sein d’un groupe aéronaval américain a fini de démontrer la parfaite compatibilité du matériel, ces bâtiments étant conçus aux normes OTAN. L’Aquitaine s’est ainsi vue confier une mission de défense aérienne de secteur au profit du porte-avions USS Harry S. Truman, que la Provence avait escorté fin décembre dans le détroit d’Ormuz. Au cours de son déploiement de longue durée, qui doit débuter cet été, le Languedoc, troisième FREMM française fraîchement livrée par DCNS, devrait quant à lui participer à un important exercice avec la marine canadienne.  

Naval Group (ex-DCNS)