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DCNS / STX : Les relations « clarifiées » estime Patrick Boissier

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DCNS / STX : Les relations « clarifiées » estime Patrick Boissier

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A l'occasion de la présentation de sa nouvelle stratégie « Championship », nous avons interrogé Patrick Boissier sur les relations qu'entretenait DCNS avec les chantiers de Saint-Nazaire (STX France). Arrivé à la tête de DCNS en janvier 2009, Patrick Boissier était entre 1997 et 2006 à la barre des Chantiers de l'Atlantique, alors filiale d'Alstom. Au milieu des années 2000, il avait milité pour le rapprochement de l'entreprise civile avec les anciens arsenaux, transformés en société de droit privé en 2003 puis partiellement privatisés (25%) en 2007. Si le groupe naval, devenu DCNS il y a deux ans, se porte plutôt bien, la situation de Saint-Nazaire a considérablement évolué. Après avoir été cédé au Norvégien Aker Yards en 2006 (75% Aker, 25% Alstom), le dernier constructeur civil français a vu sa maison mère se faire racheter, en 2008, par le Sud-Coréen STX Shipbuilding. Face aux inquiétudes liées à ce changement de capital, l'Etat est devenu actionnaire de STX France à hauteur de 33.34%, détenant avec Alstom 49.9% de la société. Mais, depuis un an, le chantier nazairien a vu sa charge diminuer gravement, faute de nouvelles commandes. L'idée d'un rapprochement entre les deux structures, relancée par Nicolas Sarkozy lors de sa venue dans l'estuaire de la Loire en septembre 2008, n'est toutefois pas d'actualité. Pour certains, l'arrivée à la tête de DCNS de l'ancien patron d'Alstom Marine était un signe. Finalement, il n'en serait rien. Du moins pour le moment. « Nous n'avons pas envisagé de franchir le pas d'un rapprochement capitalistique », explique Patrick Boissier. Pour autant, les relations entre les deux entreprises, autrefois difficiles, se sont améliorées. « Depuis mon arrivée à la tête de DCNS, nous avons clarifié nos relations, défini un mode de travail et trouvé un équilibre. STX est meilleur que nous sur les grands navires, comme les bâtiments de projection et de commandement. Maintenant, nous travaillons ensemble et nous avons d'excellentes relations, qui permettent de développer des synergies et des échanges de bonnes pratiques », estime le président de DCNS.

Le Charles de Gaulle (© : MARINE NATIONALE)
Le Charles de Gaulle (© : MARINE NATIONALE)

Front commun sur le second porte-avions

Aujourd'hui, DCNS et STX France poursuivent ensemble le programme des bâtiments de projection et de commandement de la Marine nationale. Construit à Saint-Nazaire, le 3ème navire de la série sera mis sur cale le mois prochain, pour une livraison prévue par STX au printemps 2011. Le bâtiment sera ensuite pris en main par DCNS qui, à Toulon, assurera la mise au point du système de combat et du système d'armes. En dehors du quatrième de la série, que le ministère de la Défense se refuse pour le moment à commander, les deux industriels s'intéressent au projet de la Russie, qui souhaite se doter d'une flotte de BPC. Si un accord est conclu entre Paris et Moscou, le prototype sera construit en France. Au cours de la prochaine décennie, DCNS et STX pourraient également s'allier dans le cadre du programme de renouvellement de la flotte logistique française, un projet qui porte sur la réalisation de quatre navires. Mais les deux partenaires visent surtout le projet de second porte-avions, pour lequel le président de la République doit prendre une décision en 2011/2012. L'enjeu est de taille : 2.5 à 3 milliards d'euros, un programme de 7 ans, des milliers d'emplois à la clé en études et fabrication, ainsi que la préservation d'un savoir-faire que seuls les Américains et les Français possèdent. Pour Patrick Boissier, l'intérêt industriel est évident, sans parler de l'enjeu opérationnel de la permanence d'un groupe aéronaval : « En tant que citoyen français, je souhaite que la France se dote d'un second porte-avions, pour ne pas avoir un groupe aéronaval à éclipse à chaque fois que le Charles de Gaulle est en IPER (arrêt technique majeur, ndlr). Comme président de DCNS, je le souhaite aussi, même si ce navire serait assemblé à Saint-Nazaire. Nous avons en effet un rôle très important à jouer et ce programme nous apporterait de l'activité ».
Après l'échec du projet de la coopération avec la Grande-Bretagne, qui s'est finalement lancée seule dans le programme CVF, les industriels français, DCNS en tête, prônent, désormais, une solution nationale. « J'observe que les Britanniques sont partis sans nous et, il faut le reconnaître, à chaque fois qu'un programme est mené en commun avec d'autres pays, il se traduit par des contraintes et des surcoûts. Pour avoir de l'efficacité, il faut un programme national ».
En attendant que le chef de l'Etat prenne sa décision, DCNS et STX vont plancher sur le design du navire et, plus particulièrement, sur sa propulsion. Le choix du nucléaire se pose, en effet, de nouveau.

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