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DCNS : Sur la voie de la diversification et des nouvelles alliances

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DCNS : Sur la voie de la diversification et des nouvelles alliances

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Leader européen de la navale militaire, DCNS a réalisé, en 2007 un chiffre d'affaires de 2.7 milliards d'euros. Transformée en société de droit privé en 2003, l'ex-Direction des Constructions Navales a scellé, quatre ans plus tard, son rapprochement avec Thales. Dans le cadre du projet Convergence, DCN a racheté les activités navales françaises (hors équipements) de l'électronicien, ce dernier prenant dans le même temps une participation de 25% dans le capital du nouveau groupe, devenu DCNS. Thales a également la possibilité de porter sa participation à 35%. De plus, selon les Echos, dans le cadre du projet de Loi de Programmation militaire, qui sera présenté mercredi en Conseil des ministres, de nouvelles dispositions sont prévues pour ouvrir le capital de DCNS et de Nexter afin de préparer d'éventuels rapprochements avec d'autres groupes industriels. S'il semble peu probable qu'une grande consolidation européenne soit imminente, cet outil législatif permettra, indique-t-on au ministère de la Défense, d'être prêt lorsque le jour sera venu. Le dispositif permettra, en attendant, de faciliter la création de filiales et de joint-ventures, à commencer par les trois sociétés communes dont DCNS, Thales et Finmeccanica ont annoncé la création dans le domaine des armes sous-marines.
Porté par Jean-Marie Poimboeuf, qui partira en fin d'année car atteint par la limite d'âge, la restructuration des anciens arsenaux a été menée tambour battant. En à peine cinq ans, l'entreprise s'est défaite du carcan administratif qui l'enserrait pour se transformer en groupe industriel international, et rentable. Ainsi, l'Etat actionnaire aura touché, depuis 2003, quelques 600 millions d'euros de dividendes.

FREMM proposée à la Grèce  (© : DCNS)
FREMM proposée à la Grèce (© : DCNS)

Une gamme totalement renouvelée

En quelques années, DCNS a totalement renouvelé son catalogue de navires. Dans le domaine des bâtiments de surface, son produit phare est la Frégate Européenne Multi-Missions (FREMM), développée conjointement avec l'industrie italienne. Adopté par la Marine nationale à raison de 11 exemplaires et la Marina militare pour 10 unités, ces bâtiments de premier rang (6000 tonnes), polyvalents, modulaires et très équipés, sont extrêmement automatisés, ce qui permet de réduire les coûts de fonctionnement, alors que d'importants efforts ont été réalisés pour diminuer le poids de la maintenance. Proposé à l'export, la FREMM a remporté son premier succès cette année avec le Maroc, qui a commandé une frégate de ce type. DCNS espère également, l'an prochain, placer six frégates de cette famille (en une version antiaérienne) en Grèce. Des négociations sont également en cours avec l'Algérie, d'autres prospects étant approchés.
A l'occasion d'Euronaval, le groupe présente également la succession des frégates légères furtives de la famille La Fayette. D'un déplacement de 4000 tonnes, les FM 400 bénéficient des développements du programme FREMM et permettent à DCNS de renouveler sa gamme de navires de combat intermédiaires.

FM 400   (© : DCNS)
FM 400 (© : DCNS)

La nouvelle gamme Gowind   (© : DCNS)
La nouvelle gamme Gowind (© : DCNS)

Nouveauté également, les nouvelles corvettes Gowind. Moins complexes et coûteuses que les précédentes versions, présentées en 2006, ces bâtiments de 1000 à 2000 tonnes, très économiques, sont optimisés pour les missions de surveillance et de sécurité maritime (lutte contre la piraterie et le narcotrafic, contre-terrorisme, surveillance des pêches...) et présentent une graduation de l'équipement et de l'armement en fonction des besoins des clients.

BPC 140(© : DCNS)
BPC 140(© : DCNS)

En matière de bâtiments de projection et de commandement, des variantes du BPC français (21.500 tonnes) sont proposées, avec des tonnages oscillant entre 14.000 et 16.000 tonnes. Ces BPC plus compacts que ceux de la Marine nationale doivent permettre de séduire des flottes plus petites.

Scorpène   (© : DCNS)
Scorpène (© : DCNS)

Dans le domaine des sous-marins, DCNS travaille actuellement à l'achèvement du SNLE Le Terrible et a débuté la construction du premier des six SNA du type Barracuda, dont la livraison est prévue en 2017. Ces bâtiments sont, évidemment, strictement réservés au marché national. A l'export, DCNS propose toujours le Scorpène, développé en coopération avec Navantia. Déjà vendu à 10 exemplaires au Chili, en Malaisie et en Inde, ce sous-marin est présenté comme l'un des plus silencieux du monde. Il peut, de plus, être doté du nouveau système de propulsion en circuit fermé AIP MESMA, qui permet d'augmenter considérablement l'autonomie en plongée. Après des années de développement, le premier MESMA embarqué a été testé à la mer, puis accepté par le Pakistan, à l'occasion de sa mise en oeuvre sur le dernier Agosta 90B construit pour ce pays. Avec ce dispositif, désormais opérationnel, le groupe français dispose d'un nouvel argument commercial de poids.

L'Andrasta   (© : DCNS)
L'Andrasta (© : DCNS)

Alors que l'avenir de la coopération avec Navantia (qui a développé son propre sous-marin et le présente contre le Scorpène à l'export) est encore flou, DCNS a décidé de se lancer sur le marché des petits submersibles. Destiné aux pays n'ayant jamais possédé de sous-marinade, l'Andrasta est une petite unité côtière de 1000 tonnes. Robuste, simple d'utilisation et capable de mettre en oeuvre 6 torpilles lourdes ou des missiles à changement de milieu, ce bâtiment est nettement moins cher qu'un sous-marin classique.

Le Charles de Gaulle en IPER   (© : DCNS)
Le Charles de Gaulle en IPER (© : DCNS)

Maintenance : Des efforts considérables réalisés

Libéré du système des appels d'offres publics avec son changement de statut, en 2003, DCNS a pu révolutionner sa politique d'achats et de relations avec ses fournisseurs. Les coûts ont donc considérablement baissé, alors que de nouveaux contrats étaient signés avec la Marine nationale, notamment dans le domaine de la maintenance, qui représente 20% du chiffre d'affaires de DCNS. Les résultats ne se sont pas fait attendre. De 2003 à 2007, le taux de disponibilité des navires de la Marine nationale, hors arrêts techniques majeurs, est passé de 58 à plus de 74%. Le premier grand carénage du porte-avions Charles de Gaulle, malgré sa complexité, n'aura nécessité que 15 mois, un record si le compare à celui de ses homologues américains, qui dépasse les 30 mois. De même, l'Indisponibilité périodique pour entretien et réparation (IPER) du sous-marin nucléaire lanceur d'engins (SNLE) Le Téméraire, achevée fin 2007, n'aura duré que 21 mois, contre plus de deux ans pour l'IPER du Triomphant, réalisée en 2005. Dans le même temps, la facture, annoncée à 200 millions d'euros, a été réduite de 20%.

SNA en arrêt technique   (© : DCNS)
SNA en arrêt technique (© : DCNS)

Afin d'améliorer encore ses performances, l'industriel cherche désormais à globaliser ses marchés. Jusqu'ici, le maintien en condition opérationnelle (MCO) des navires faisait l'objet de contrats régionaux. Les unités basées en Bretagne dépendaient de marchés passés avec DCNS Service Brest et celles opérant en Méditerranée avec DCNS Services Toulon. Or, les deux entités ne proposaient pas le même contrat. Alors que Brest assure une disponibilité par gros système (moteurs, systèmes d'armes...) Toulon proposait une disponibilité complète. Très contraignant et plus onéreux, le système établi dans le Var entrainait des pénalités d'ensemble dès qu'un système embarqué n'était plus opérationnel. D'où l'idée de passer, à l'instar de Brest, à des contrats par systèmes, permettant par exemple à un aviso de mener une mission de police des pêches même si une partie de son armement n'est plus dans des conditions optimales. Tous les contrats vont donc faire l'objet d'une remise à plat, à la fois sur les engagements en termes de disponibilité, mais aussi sur le rapprochement des marchés brestois et toulonnais. SSF souhaite, en effet, signer un contrat unique par type de bâtiment (frégate, aviso, patrouilleur...) quelque soit sa localisation géographique. Cette mesure doit permettre de baisser les prix mais aussi d'éviter le casse-tête contractuel inhérent aux mutations, en cours de contrat, d'un bâtiment dans un autre port. Ce projet, baptisé Cap 2015, doit aussi comprendre un allongement des contrats, de 3 à 5 ans, donnant une meilleure visibilité et autorisant des réductions de coûts supplémentaires. Mais les nouveaux contrats, qui devaient être signés cette année, sont désormais suspendus aux choix qui seront rendus dans le cadre de la nouvelle Loi de Programmation Militaire, qui sera présentée mercredi en Conseil des ministres.

Scorpène   (© : DCNS)
Scorpène (© : DCNS)

Trouver des relais de croissance, notamment à l'international

Dans les années qui viennent, DCNS ne pourra plus compter sur les marchés nationaux pour garnir son carnet de commandes. Actuellement, la Marine nationale représente, en matière de services, près de 800 millions d'euros. Dans 10 ans, ce chiffre devrait avoir diminué de moitié, en raison de la réduction de format de la flotte mais aussi de la livraison de nouveaux navires, nécessitant beaucoup moins de maintenance. Le groupe doit donc, impérativement, trouver de nouveaux débouchés pour faire face à la décroissance prévisible de son activité avec son client principal. DCNS mise bien évidemment sur l'exportation, segment sur lequel elle peut compter sur sa nouvelle gamme de produits, mieux adaptée aux besoins actuels. Afin d'être plus près des marchés porteurs et d'entretenir des relations à long termes avec ses clients, l'entreprise a lancé plusieurs filiales à l'étranger, s'inspirant de la politique « multidomestique » de son actionnaire Thales. Après la création de DCNS Far East, à Singapour, fin 2005, DCNS India a été lancée cet été et une nouvelle filiale sera implantée l'an prochain en Malaisie.

Chaufferie nucléaire à Indret  (© : DCNS)
Chaufferie nucléaire à Indret (© : DCNS)

Nucléaire civil, services aux bases militaires et projets innovants

Dans le même temps, le groupe cherche des relais de croissance, autres que ses actuelles activités sur les navires armés. Plutôt qu'une « diversification », Jean-Marie Poimboeuf, PDG de DCNS, préfère parler de « développement » car ces nouveaux créneaux sont, directement, en lien avec les coeurs de métiers de l'entreprise. Ainsi, DCNS travaille depuis 40 ans dans le domaine de la propulsion nucléaire, participant au développement des chaufferies avec Areva et à leur réalisation dans son site d'Indret, près de Nantes. De même, DCNS dispose d'une compétence très prisée en matière de maintenance d'équipements nucléaires. L'idée est donc de proposer les services du groupe, où plus de 650 personnes travaillent sur ce domaine, aux grands noms du nucléaire civil : Areva, EDF et peut être, demain, Suez, qui souhaite se développer sur ce créneau très porteur. La direction de DCNS estime le marché potentiel à 5 milliards d'euros dans les prochaines années.
Toujours dans le domaine des services, le groupe naval va créer une filiale avec Veolia afin de proposer des prestations de maintenance de systèmes et de fluides dans les bases navales françaises, mais aussi à l'étranger et dans des bases militaires autres que celles de la marine.
On trouve également le groupe dans différents projets très innovants. Ainsi, il s'est associé récemment à d'autres acteurs des secteurs navals, éoliens et parapétroliers maritimes, afin de développer le projet WINDFLOT, portant sur une éolienne flottante.
L'ensemble doit permettre à DCNS de faire progresser de 30 à 40% son chiffre d'affaires dans les services au cours des 10 prochaines années, sachant que les services représentent aujourd'hui, dans son chiffre d'affaires global, un peu moins d'un milliard d'euros.

Les BPC, réalisés à   Brest et Saint-Nazaire (© : DCNS)
Les BPC, réalisés à Brest et Saint-Nazaire (© : DCNS)

En attendant la consolidation européenne

L'avenir du groupe français passera aussi, inévitablement, par une consolidation des industries navales européennes, et peut être pas uniquement dans le domaine militaire. Ainsi, en septembre, Nicolas Sarkozy a, de nouveau, posé la question d'un rapprochement entre DCNS et les chantiers de Saint-Nazaire. L'Etat et Alstom contrôleront bientôt 34% du capital du constructeur civil, le solde étant détenu par le Sud-Coréen STX Shipbuilding, qui a réussi, cet été, son OPA sur le Norvégien Aker Yards. Ce dernier était propriétaire depuis 2006 de l'ancienne division navale d'Alstom.