Défense
DCNS : Un OPV du type Gowind pour la Marine nationale

Actualité

DCNS : Un OPV du type Gowind pour la Marine nationale

Défense

Le groupe naval français a annoncé, hier, le lancement de la construction du premier navire de la gamme Gowind. Ce bateau, qui sera financé sur fonds propres par DCNS, sera réalisé en 18 mois et mis à la disposition de la Marine nationale, logiquement fin 2011. Baptisé « Hermès », le projet, une première pour l'industriel français, vise à disposer rapidement d'une Gowind opérationnelle. DCNS fonde, en effet, de grands espoirs dans cette nouvelle famille de patrouilleurs hauturiers (OPV) et corvettes de 1000 à 2500 tonnes, plus ou moins armés suivant les versions. Pour favoriser les ventes à l'export et convaincre les clients potentiels, le groupe entend présenter un produit « sea proven », c'est-à-dire éprouvé à la mer. « L'un des atouts majeurs pour percer sur le marché des patrouilleurs hauturiers et des corvettes militaires est de bénéficier d'une certification sea proven, délivrée par une marine de premier rang. Cette certification représente un double gage d'innovation et d'efficacité », explique DCNS. Généralement, les commandes de la Marine nationale permettent de disposer de ce genre de navires pour, ensuite, les décliner à l'export. Ce fut par exemple le cas, ces dernières années, avec les frégates du type La Fayette. Mais, sur le segment des patrouilleurs hauturiers, le renouvellement des moyens de la flotte française n'est prévu qu'après 2015.

Passerelle de la Gowind (© : DCNS)
Passerelle de la Gowind (© : DCNS)

Un partenariat « gagnant-gagnant »

Face aux enjeux à l'international et aux perspectives à court terme, les dirigeants de DCNS et les actionnaires du groupe (l'Etat et Thales) ont estimé que cette échéance était trop lointaine. De plus, le futur programme national fera l'objet d'un appel d'offres, pour lequel d'autres constructeurs postuleront. DCNS n'a donc pas la certitude d'être sélectionné. D'où cette initiative originale, qui permet au groupe de se positionner habilement sur le futur marché français et de bénéficier de la réputation d'un bateau armé par la Marine nationale pour valoriser la gamme Gowind à l'export. L'idée présente également une opportunité intéressante pour la « Royale ». La Marine nationale se servira, en effet, de ce bâtiment « gratuit » pour renforcer les moyens de l'action de l'Etat en mer, à un moment où ses effectifs de patrouilleurs déclinent sérieusement avec le début du retrait des P400. Il s'agit donc d'un partenariat « gagnant-gagnant » pour le constructeur comme l'utilisateur. On notera toutefois que ce projet ne fait pas que des heureux. Quelques dents grincent en effet au sein de la concurrence, qui redoute qu'Hermès ne « fausse » la compétition sur le futur programme français.

OPV du type Gowind (© : DCNS)
OPV du type Gowind (© : DCNS)

« Outil de promotion commerciale sans équivalent »

Le nouvel OPV sera mis à disposition de la Marine nationale pour une durée de trois ans (2012 - 2015) suivant un régime juridique « en train d'être étudié », précise Patrick Boissier. Le patrouilleur pourra être amené à remplir des missions aussi diverses que variées. « Ce patrouilleur hauturier fournit aux utilisateurs un outil moderne capable de remplir leurs missions actuelles et émergentes : surveillance de zone, lutte contre la piraterie et le terrorisme, police des pêches, lutte contre les trafics de drogue, préservation de l'environnement, aide humanitaire, recherche et sauvetage en mer, sécurité maritime et sauvetage en mer... La Marine nationale pourra démontrer sur le théâtre d'opérations la pertinence et la valeur opérationnelle de ce nouveau système naval », explique le groupe naval. Pendant ses déploiements, et notamment au travers d'escales ou de manoeuvres avec des marines alliées, le navire servira donc de vitrine au groupe français. Pour Patrick Boissier, président de DCNS : « Cet investissement permet à DCNS de bénéficier d'un outil de promotion commerciale sans équivalent au service de notre croissance. Il nous permet également d'améliorer significativement nos méthodes de conception et de production pour être plus compétitifs ».

Plateforme et rampes de mises à l'eau sur gowind (© : DCNS)
Plateforme et rampes de mises à l'eau sur gowind (© : DCNS)

Le site STX de Lorient associé à la construction

Les dirigeants de DCNS souhaitent, en effet, profiter du projet Hermès pour mettre en place de nouvelles organisations industrielles destinées à améliorer l'efficacité. Cette démarche s'inscrit dans le cadre des objectifs fixés par le plan Championship, grâce auquel l'industriel souhaite réduire ses coûts de 30% en trois ans et multiplier par deux son chiffre d'affaires d'ici 2020. Les équipes chargées du projet ont donc été chargées d'optimiser au maximum la réalisation de la première Gowind. Les progrès obtenus pourront, ensuite, bénéficier à d'autres programmes. L'OPV sera réalisé sur le site DCNS de Lorient, qui doit actuellement gérer la montée en puissance des frégates européennes multi-missions (FREMM). L'Aquitaine, tête de série du programme, a été mise à flot le 29 avril et sera livrée en 2012. L'année suivante, sera au tour de la FREMM commandée par le Maroc puis, en 2014, de la seconde frégate française. Les 10 bâtiments suivants seront, ensuite, livrés au rythme d'une unité tous les 10 mois. La première Gowind doit donc s'insérer au milieu du programme FREMM et tenir compte des capacités industrielles de Lorient. Déjà, la partie avant des premières frégates est externalisée, la réalisation étant confiée aux sites de Brest et Cherbourg. Dans cette perspective, une partie de la coque du nouveau patrouilleur devrait être sous-traitée. Une part du travail reviendrait au chantier de Lanester, situé près de Lorient. Cette filiale de STX France (ex-Chantiers de l'Atlantique à Saint-Nazaire) a déjà travaillé sur plusieurs projets avec l'établissement morbihannais de DCNS et construit actuellement un OPV conçu par Raidco Marine et commandé par le Maroc.

CO sur Gowind  (© : DCNS)
CO sur Gowind (© : DCNS)

Un OPV de 90 mètres et 1100 tonnes

Pour son premier OPV, DCNS a opté pour l'entrée de gamme de la famille Gowind. Il s'agira d'une plateforme de 90 mètres de long pour 13 mètres de large, dont le coût sera de quelques dizaines de millions d'euros. Affichant un déplacement de 1100 tonnes, le navire sera donc légèrement plus grand que les avisos du type A69 actuellement en service dans la marine française (et nettement plus gros que les P400). Doté de deux moteurs diesels (plus de 8000 cv) et deux lignes d'arbres, il pourra atteindre la vitesse de 21 noeuds, franchir 8000 nautiques et disposer d'une autonomie de 21 jours. Armé par seulement 30 à 35 marins, le navire pourra embarquer une trentaine de passagers. Ces derniers pourront, par exemple, être des forces spéciales pouvant être déployées au moyen de deux embarcations rapides de types RIB mises en oeuvre en moins de 5 minutes via deux rampes situées à l'arrière. L'OPV français comptera, en outre, une plateforme et un abri pour hélicoptère ou drone. DCNS prévoit un équipement de base comprenant un système de combat Polaris, un radar de navigation, un système de transmission par satellite, un détecteur de communications et des canons à eau. La marine pourra, ensuite, ajouter les équipements répondant à ses besoins. On peut, ainsi, imaginer que le bâtiment soit doté d'un radar d'appontage et d'un système de veille infrarouge (un radar de veille peut aussi être installé dans une mâture intégrée). L'armement pourrait, quant à lui, comprendre un canon de 30mm Breda-Mauser et deux mitrailleuses de 12.7mm.

La famille Gowind (© : DCNS)
La famille Gowind (© : DCNS)

Une gamme comprenant plusieurs types de bâtiments

Lancée en 2008, la nouvelle gamme Gowind se décline en plusieurs types de bâtiments dont les dimensions oscillent entre 85 et 105 mètres et le déplacement entre 1000 et 2500 tonnes. Si Hermès constitue un modèle simple, dit d'entrée de gamme, la famille, à l'autre extrémité, compte des unités dotées d'équipements sophistiqués et d'un armement conséquent. Ces corvettes peuvent mettre en oeuvre des missiles antinavire, un système surface-air, des lance-leurres ou encore un canon de 76mm. Conçus pour être facile à construire, robustes et simples à entretenir, les bâtiments de la famille Gowind disposent tous d'une passerelle panoramique, offrant une visibilité sur 360°. « Cette gamme de navires Gowind bénéficie également de l'expertise de DCNS dans les systèmes d'information et de commandement. Les bâtiments de la gamme Gowind permettent ainsi une surveillance étendue de l'espace maritime et la détection automatique de comportements suspects. Celle-ci est réalisée grâce à la mise en réseau des communications entre les navires présents sur la zone et les centres à terre », souligne DCNS.

Une Gowind fortement armée (© : DCNS)
Une Gowind fortement armée (© : DCNS)

Naval Group (ex-DCNS) Marine nationale