Croisières et Voyages
De Bergen à Kirkenes, une traversée sur l'Express Côtier

Reportage

De Bergen à Kirkenes, une traversée sur l'Express Côtier

Article gratuit
Croisières et Voyages

Mer et Marine vous propose un embarquement le long de la côte norvégienne à bord de l'une des plus belles lignes maritimes au monde. L'Express côtier d'Hurtigruten, mi-ferry mi-croisière, accueille des passagers toute l'année pour découvrir les paysages sauvages du grand Nord. Bienvenue à bord du Nordnorge, un des navires de la ligne.


Le Nordnorge (© : HURTIGRUTEN)
Le Nordnorge (© : HURTIGRUTEN)


Bergen, fin d'après-midi automnal. La ville norvégienne s'étend sur les collines autour de son port, bien protégé au fond de la baie de Vagen, entourée de montagnes qui la protègent des vents d'Est et de Sud. Déjà, les Vikings, rois des mers du Nord au Moyen-Age, avaient pris leurs quartiers dans ce carrefour stratégique des routes maritimes. Plaque tournante entre les importants ports de pêche du Nord, les îles Lofoten et Vesteralen, les îles de l'Ouest (Féroé, Islande, Shetland) et l'Europe, Bergen est vite devenu un des plus grands ports de commerce d'Europe. À la Renaissance, les commerçants de ligue hanséatique renforcent encore cette place stratégique, des centaines d'ouvriers allemands s'y installent pour travailler dans les chantiers navals et les conserveries.


Bergen, point de départ de l'Express Côtier (© : HURTIGRUTEN)
Bergen, point de départ de l'Express Côtier (© : HURTIGRUTEN)


Perdant progressivement son influence au profit de la future capitale Oslo, Bergen revit avec l'arrivée de l'industrialisation et des bateaux à vapeur. Dans la deuxième moitié du XIXème siècle, de grands armements s'installent, les lignes maritimes reliant le port au reste du pays et de l'Europe se mettent en place. En 1852, au terminal de Skolten, s'ouvre la plus vieille ligne de passagers de Norvège entre Bergen et Newcastle, en Angleterre : « Det Bergenske Damskipsselkap ». La ligne existe toujours, elle dessert les ports de Stavanger et Haugesund avant d'arriver à Newcastle. Elle est exploitée par l'armateur danois DFDS, qui possède également la ligne reliant Bergen à Hanstholm au Danemark. Aujourd'hui, Bergen est un des ports les plus dynamiques d'Europe du Nord, porté par l'industrie offshore qui travaille sur les champs pétroliers situés au large. Si les mauvaises langues, particulièrement norvégiennes, évoquent volontiers la pluie éternelle qui y tombe, le port conserve un charme vivifiant et très maritime, de nombreux témoignages de la prestigieuse histoire viking, des ruelles et des quais où les marchés aux poissons s'étalent à toutes les saisons... Et une vie nocturne réputée.


Hurtigruten, la mythique ligne postale du Nord


Mais Bergen c'est aussi le départ. Celui des bateaux blanc, noir et rouge. Hurtigruten. Le légendaire Express Côtier. Une ligne qui relie le sud au nord de la Norvège. L'ancienne ligne postale, devenue un des itinéraires mythiques pour les amateurs de sensations nordiques. « C'est une histoire un peu folle au début », raconte un des marins norvégiens de la compagnie. L'histoire d'un jeune capitaine, Richard With, qui en 1893, prend le pari, avec un solide bateau, de lancer une ligne qui desservira tous les ports de la très longue côte norvégienne. Du sud (ou presque), Bergen, au très grand nord, le port de Kirkenes en mer de Barents. « Personne n'y croyait vraiment, la mer est tellement dure ici, surtout en hiver. Il disait qu'il voulait faire une ligne avec des horaires garantis, une sorte de navette. Cela semblait impossible. »

 


Le Nordnorge (© : HURTIGRUTEN)
Le Nordnorge (© : HURTIGRUTEN)


Mais l'intrépide capitaine norvégien l'a fait. Une saison, puis deux, il agrandit la flotte, toujours avec de robustes navires, qui emmènent des passagers et des marchandises dans ces ports isolés durant tout l'hiver. « Hurtigruten est devenu le cordon ombilical pour les régions très au Nord. Un service indispensable qui a profondément amélioré la vie des gens. » Le gouvernement du jeune royaume de Norvège le comprend vite. Une délégation de service public - toujours en vigueur - est signée avec l'armement. Le contrat prévoit la desserte quotidienne de près de 40 ports sur la côte. Une rotation de 12 jours, des escales jour et nuit, des fjords au cap Nord, Hurtigruten perpétue la tradition des capitaines intrépides qui l'ont fondé.


Bienvenue à bord du « Nordnorge »


Dans le port de Bergen, le navire attend. Le Nordnorge est un beau bateau, construit en 1997 aux chantiers Kleven, à quelques centaines de kilomètres au nord de son quai. Une étrave droite, 123 mètres de long, un grand pont garage qui peut accueillir des remorques de camions ou 45 voitures, 200 cabines, 623 passagers. Il est l'un des 11 navires de la flotte d'Hurtigruten, qui compte 10 navires dédiés à la ligne de l'Express Côtier et un petit paquebot d'expédition, le Fram, qui navigue régulièrement dans les eaux polaires arctiques et antarctiques.


Le terminal de Bergen (© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)
Le terminal de Bergen (© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)


Dès le terminal, l'efficacité scandinave est à pied d'oeuvre. Un check-in rapide, le dépôt des bagages, la montée à bord, tout est effectué en quelques dizaines de minutes. Parmi les très nombreux passagers, beaucoup de retraités allemands. « C'est une tradition. L'empereur Guillaume II de Prusse est venu faire la ligne au début du XXème siècle, suivi d'une bonne partie de sa cour et de personnalités prussiennes. Cela a popularisé la ligne en Allemagne et, depuis, cela ne s'est jamais arrêté », précise Aksel, le commissaire du bord.
Les cabines, ainsi qu'une dizaine de suites situées à l'avant du navire, sous le pont panoramique, sont claires et fonctionnelles. L'ambiance, dans les coursives, est sobre, chaleureuse et feutrée. « On sent le navire taillé pour le froid, quand même », sourit une des touristes françaises. Le calme qui règne à bord du navire qui vient pourtant de se remplir de près de 500 personnes est surprenant. Et très agréable.


Une cabine du navire (© : HURTIGRUTEN)
Une cabine du navire (© : HURTIGRUTEN)

 

Une suite (© : HURTIGRUTEN)
Une suite (© : HURTIGRUTEN)

Les coursives du Nordnorge(© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)
Les coursives du Nordnorge(© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ) br>


Les coursives du Nordnorge(© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)
Les coursives du Nordnorge(© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ) br>


Les coursives du Nordnorge(© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)
Les coursives du Nordnorge(© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ) br>


Les pont du Nordnorge(© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)
Les pont du Nordnorge(© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)



Au pont 4, la queue commence à se former devant le restaurant du bord. « Ce soir, nous appareillons, donc nous allons dîner avec un buffet. Mais, dès demain, nous aurons un dîner assis, avec deux services », précise le maître d'hôtel qui accueille les invités dans toutes les langues. Le buffet est gargantuesque, notamment au rayon poisson. « Nous ne travaillons qu'avec des produits frais, que nous chargeons principalement à Trondheim et tout au long de la ligne », explique le commissaire. La grande salle de restaurant qui s'ouvre sur l'arrière du navire est cosy : nappes blanches, petites tables et fauteuils moelleux, service discret et efficace. La cave est fort bien pourvue. Mais, au tarif norvégien, le verre de vin d'entrée de gamme s'affiche à près de 8 euros. « Bon, de toute façon, on n'est pas ici pour boire du Bordeaux », plaisante un des Français présent à bord.


Enfin l'appareillage


Le brouillard tombe, les passagers du Nordnorge se sont massés sur le pont extérieur du navire. 20 heures précises, le navire décoste. Un coup de corne de brume, le commandant Johannessen salue Bergen, 60°23,6' Nord, 005°18,2' Est. Maintenant c'est route au Nord. Un dernier coup d'oeil à la baie de Bergen, le navire commence son slalom dans les fjords, direction les ports de Florø, Maloy et Torvik que le Nordnorge va desservir dans la nuit. Des escales d'une dizaine de minutes, « le temps de décharger des palettes ou de prendre quelques passagers, ici les gens prennent le bateau comme le bus », explique un des marins du bord.


« Ici, ce n'est pas un paquebot, c'est surtout un navire qui travaille »


La nuit tombe. Sur les programmes distribués tous les jours par le centre d'information, il est précisé que la soirée sera consacrée à une réunion d'information. Enfin trois réunions, une en Norvégien, une en Allemand et une en Anglais. Une organisation polyglotte, avec à sa tête la dynamique Ina, qui est « tour leader » pour cette rotation.
Elle reçoit les passagers au salon Stella Polaris, un des bars situés au pont principal. Entourée par son équipe, elle présente le commandant, son second et le chef mécanicien, trois solides gaillards qu'on imagine bien avoir bourlingué sur des chalutiers en mer de Barents. Puis avec ses adjointes, elle passe aux choses sérieuses. De l'efficacité et de l'humour. « Bienvenue à bord du Nordnorge. Alors, pour commencer, je voulais préciser que, comme vous avez pu le constater, ce navire n'est pas vraiment un paquebot. C'est un ferry qui travaille sans relâche. Alors, bien sûr, la nuit, vous allez entendre du bruit, des chaînes qui claquent, des sirènes, bref la vie portuaire. C'est que, pendant que vous dormez, le navire ravitaille des ports. Alors, soyez curieux, regardez ces opérations, vous ne verrez pas ça à bord de paquebots, n'est-ce-pas ? » Le public est conquis. « Les gens viennent aussi pour ça. Il y a les paysages magnifiques et les excursions, mais ils ont aussi la sensation d'être sur un vrai navire », précise Ina. br>


Les opérations commerciales se font à chacune des 37 escales(© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)
Les opérations commerciales se font à chacune des 37 escales(© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)



Les réservations pour les excursions du lendemain sont effectuées, un dernier verre au bar Vestfjorden, tout là-haut, le bateau tangue un peu. En route pour Aalesund.


Aalesund, porte d'entrée des fjords


La lumière des fjords est douce ce matin. Un grand bol d'air vivifiant en passant devant Ulsteinvik, le berceau des navires offshore et de nos remorqueurs de sauvetage des Abeilles. La température est agréable en ce début d'automne. Les passagers sont nombreux à déambuler sur le pont promenade après avoir profité d'un gigantesque buffet de petit déjeuner. br>


Aalesund(© : HURTIGRUTEN)
Aalesund(© : HURTIGRUTEN)


Le Nordnorge accoste à Aalesund, 45 minutes d'escale. Le temps de se dégourdir les jambes et de partir à la découverte de cette très jolie ville universitaire marquée par l'architecture Jugendstil. Des excursionnistes suivent un guide dans la ville, d'autres partent en promenade. Et tout le monde sait qu'il faut revenir à l'heure, le navire ne part jamais en retard. « Si vous le ratez, il faudra attendre 24 heures le suivant », sourit Ina.
Retour à bord, et comme à chaque mouvement d'entrée ou sortie du ferry, le passager est prié de se désinfecter les mains. « Un navire c'est un vase clos, les épidémies vont beaucoup plus vite qu'à terre, alors si on peut essayer de limiter la propagation des virus, on le fait. » Un pragmatisme tout scandinave.


Le majestueux Geirangerfjord


Le Nordnorge repart, pour se diriger pour la dernière fois de la saison vers le Geiranger Fjord. « Nous n'y allons pas l'hiver, c'est trop dangereux compte tenu de la taille du navire ». Le spectacle est fantastique dans le fjord, classé patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2005. Le navire se faufile dans d'étroits passages bordés par de majestueuses falaises et des cascades, tout le long, le bureau d'information diffuse des explications sur les différentes étapes de la remontée.

Le Geirangerfjord (© : HURTIGRUTEN)
Le Geirangerfjord (© : HURTIGRUTEN)


Un bureau de poste spécial s'est ouvert en face de la boutique du navire : le commissaire propose un timbre spécial pour l'occasion. Arrivé au bout du fjord, un gros groupe de passagers est transbordé vers de petites embarcations. Un groupe de scolaire monte à bord pour profiter de la vue panoramique du voyage retour.


Navigation dans le Geirangerfjord(© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)
Navigation dans le Geirangerfjord(© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Le Geirangerfjord(© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)
Le Geirangerfjord(© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Le Geirangerfjord(© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)
Le Geirangerfjord(© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Le Geirangerfjord(© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)
Le Geirangerfjord(© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)


Pendant que les excursionnistes profitent d'une vue imprenable sur le fjord puis d'une traversée du très mystérieux et pittoresque chemin des trolls, le ferry repasse devant Aalaesund puis remet le cap au nord vers Mølde. A 20 heures pile, le Nordlys, sister-ship du navire, croise le Nordnorge dans les passes du port. L'un monte, l'autre descend, et tous les jours les navires se croisent et se saluent.
Premier dîner placé ce soir, deux services, un à 18H30, l'autre à 20H. « Nous essayons d'apporter un effort particulier à nos menus et nous veillons à servir des repas correspondant aux spécialités de nos escales », souligne le maître d'hôtel. Tout le monde est revenu à bord, le Nordnorge peut reprendre sa route. Le vent souffle à peine, la température est toujours douce, grâce au Gulf Stream qui tempère les eaux du Nord et permet la vie en Norvège. Une nuit calme se prépare à bord.


Trondheim, la capitale des Vikings


Le soleil se lève sur la côte. Le Nordnorge, qui n'a pas chômé cette nuit, arrive devant Trondheim. Troisième ville de Norvège, Trondheim a été fondée en l'an 1000 par le légendaire roi viking Olaf, qui fut à l'origine de la christianisation de la Norvège. C'est aussi une des plus grosses escales de l'Express Côtier, notamment au niveau logistique. « C'est ici que nous faisons principalement nos vivres », explique le commissaire. Plus de 600 palettes sont transbordées, le navire charge également pas mal de fret pour les ports suivants. « Après il y a moins de grandes villes sur notre route ». Les passagers en profitent pour partir à la découverte de la ville et de ses très belles maisons en bois, donnant sur le bassin de l'ancien port de commerce, témoignages de la grande activité commerciale du port à la Renaissance. Autre monument incontournable, l'imposante cathédrale, Nidarosdomen, héritage des premiers rois chrétiens de Norvège. Une ballade culturelle et agréable d'une matinée avant de revenir à bord et de poursuivre le voyage plus au Nord.


Le Nordnorge et le Richard With à quai à Trondheim(© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)
Le Nordnorge et le Richard With à quai à Trondheim(© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Trondheim(© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)
Trondheim(© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Trondheim(© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)
Trondheim(© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Trondheim(© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)
Trondheim(© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)


La navigation est toujours aussi resserrée, du pont du bateau, on a l'impression de frôler les jolis villages aux maisons en bois rouge. A bord, les habitudes sont paisiblement prises. Les passagers embarqués pour la rotation ont leurs horaires, et s'installent sur le pont panoramique, leur mug rouge à la main, pour regarder la côte défiler doucement devant eux. Les arrivées dans les ports sont signalées le jour, et il y a toujours des curieux pour observer l'impressionnante plage de manoeuvre avant, commandée à distance. Les habitués sont rejoints de temps à temps par des Norvégiens, qui prennent le bateau parce que « c'est plus agréable de naviguer une nuit à bord de l'Hurtigruten et d'arriver reposé le matin, que de changer d'avion et louer une voiture ». De plus, les prix des billets sont fixés et garantis dans la délégation de service public signée avec le gouvernement.


Un peu de haute mer


Sur le pont extérieur, on aperçoit quelque chose qu'on n'avait pas vu depuis le départ. Le large. A force de naviguer dans les fjords, on n'en finit par oublier que la mer est bien là. Après avoir doublé le phare de Kjeungskjaeret, le Nordnorge s'éloigne un peu de la côte pour mettre le cap sur Rørvik.


(© : HURTIGRUTEN)
(© : HURTIGRUTEN)


« Les choses sérieuses commencent », rit un des habitués norvégiens. On le sait depuis ce matin, un jeu concours a été lancé pour deviner l'heure à laquelle on va le passer. Le cercle polaire, bien sûr. On s'approche et la température commence à descendre. Le navire continue sa desserte des petits ports de la côte et le paysage commence à changer. Les villages sont de plus en plus petits, les fermes à saumons font leur apparition. Le Nordnorge subit un peu de houle d'Ouest, le léger roulis ne perturbant que très peu la vie du bord. « C'est un très beau bateau solide et confortable », dit fièrement Aksel, le commissaire, « il a déjà été utilisé pour faire des croisières, dans le grand Sud ». Mais pour Aksel, le gars du grand Nord, ce qui est quand même le mieux, c'est la ligne de l'Express Côtier. « Cela fait plus de 25 ans que je fais ces lignes et je ne m'en lasse pas. Comment d'ailleurs se lasser de si beaux bateaux, de si beaux paysages et de belles rencontres ? »


(© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)
(© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)


A bord, ils sont une centaine de membres d'équipage : « principalement des Norvégiens, même si ce n'est pas obligatoire, la seule chose qui est obligatoire, pour des raisons de sécurité, c'est que tout le monde parle le Norvégien ». Une quarantaine de marins, dont « beaucoup d'élèves, entre 7 et 10, c'est Hurtigruten qui forme une bonne partie de nos futurs officiers », une soixantaine de personnels hôteliers. « Les gens aiment travailler ici, le rythme est de 22 jours en mer/22 jours à terre. Et la compagnie s'arrange pour qu'on puisse embarquer près de là où on habite, donc c'est très commode. Il y a une très bonne ambiance, même si nos standards de qualité de service sont très élevés. » Une vraie compagnie à l'esprit scandinave avec, à sa tête, le très apprécié Olaw Fjell. « C'est une famille, Hurtigruten ». Et une institution en Norvège.


(© : HURTIGRUTEN
(© : HURTIGRUTEN


Le cercle polaire en vue


Dans le restaurant, tout le monde a quitté la table du petit déjeuner et a le nez collé à la vitre. Le Nordnorge franchit la ligne symbolique, le cercle polaire. « A partir de maintenant, nous sommes vraiment dans le grand Nord, explique un des passagers norvégiens, ici, en hiver le soleil ne se lève pas. Et il y a des aurores boréales ». Les falaises noires sont découpées, la lumière est rasante et mystérieuse, pas de doute, une frontière est franchie.

(© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)
(© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)


Une petite vedette se colle le long du bordé du navire. Un groupe monte à bord pour profiter d'une excursion vers l'impressionnant glacier Svartisen. Celui-ci, le deuxième plus grand glacier de Norvège, se trouve au fond d'un fjord et descend jusqu'au niveau de la mer. Lieu de randonnée apprécié, il est entouré d'un parc naturel, où l'on peut observer de nombreux oiseaux, dont les magnifiques aigles de mer.


Au pied du glacier Svartisen(© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)
Au pied du glacier Svartisen(© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Le glacier Svartisen(© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)
Le glacier Svartisen(© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

En route vers Bodø(© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)
En route vers Bodø(© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)


En milieu de journée, tout le monde rejoint le bord à Bodø. Beaucoup de passagers norvégiens se mêlent aux croisiéristes, Bodø étant un des principaux ports d'embarquement pour les îles Lofoten. « A partir de maintenant, à part l'avion, il n'y a plus beaucoup de transport en commun. La gare la plus au Nord est à Narvik et est desservie par les trains suédois. Après, c'est nous et le Finnmark, et on dépend essentiellement de l'Express Côtier », note un Norvégien.
Le Nordnorge appareille, route à l'Ouest vers les îles sauvages. Les Lofoten, un archipel de pêcheurs, rude et magnifique, un refuge pour les amateurs d'authenticité. L'arrivée se fera de nuit à l'aller, mais les passagers effectuant la totalité de la rotation pourront profiter de l'escale au retour. Les ports desservis de nuit à la montée du navire le sont de jour à la descente, permettant ainsi aux touristes de voir la totalité des escales.


(© : HURTIGRUTEN)
(© : HURTIGRUTEN)


Baptême polaire


Eclat de rires sur le pont ce matin. Grand soleil et température vivifiante pour les passagers rassemblés devant le commandant et une partie de son équipage. Celui-ci préside à la distribution des diplômes de franchissement du cercle polaire. Des bulles et de la glace, un joli souvenir pour tout le monde. Les escales se succèdent dans des ports de plus en plus petits, accrochés aux rochers. Harstad, Finnsnes et finalement Tromsø, la capitale de la Norvège arctique. La ville s'apprête à entrer dans l'hiver polaire et profite des derniers rayons de soleil. Durant l'après-midi d'escale, un groupe va visiter un élevage de huskies, d'autres vont déambuler dans le port aux jolies maisons colorées et à l'audacieuse cathédrale arctique. Les bateaux de pêche sont là pour rappeler qu'ici, on est pêcheurs depuis toujours. Et pas n'importe où, là-haut en mer de Barents et au Spitzberg. Les gens d'ici sont des aventuriers, et il n'est pas étonnant que les pionniers de la conquête des pôles, Nansen et Amundsen, soient norvégiens. A Tromsø, un très beau musée raconte la vie de ces hommes et celle du grand Nord.


Tromsø (© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)
Tromsø (© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

La cathédrale arctique de Tromsø (© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)
La cathédrale arctique de Tromsø (© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)


Appareillage, sur le GPS, la longitude donne le vertige. Cette nuit, on va passer les 70° Nord. Le coucher de soleil a des couleurs que l'on ne connaît pas plus au sud.


(© : HURTIGRUTEN)
(© : HURTIGRUTEN)


Arrivée en mer de Barents


C'est sans doute un peu psychologique mais tout semble un peu différent ce matin : le fond de l'air, la lumière, la couleur de la mer. Le Nordnorge s'apprête à quitter l'océan Atlantique pour rejoindre la mer de Barents. Les eaux glaciales qui baignent le bout du bout de l'Europe et qui, l'été, est relié au passage du Nord-Est, la Sibérie et le détroit de Béring. Sur l'eau, il y a de gros chalutiers, dont le nom est écrit en cyrillique. Dans les ports, les vedettes de sauvetage mesurent plus de 30 mètres et les navires des gardes-côtes ont la taille de nos Abeille Bourbon et Liberté. Dans quelques années, ici, il y aura sans doute de nouveaux ports, qui accueilleront les navires offshore qui travailleront sur les champs profonds que l'on met à jour dans la mer de Barents.


(© : HURTIGRUTEN)
(© : HURTIGRUTEN)

(© : HURTIGRUTEN)
(© : HURTIGRUTEN)

(© : HURTIGRUTEN)
(© : HURTIGRUTEN)

(© : HURTIGRUTEN)
(© : HURTIGRUTEN)


En attendant, les villages du Finnmark sont avant tout tournés vers la pêche. Honningsvag, que le Nordnorge atteint en milieu de journée, est le village le plus au Nord de l'Europe. Blotti au fond d'une baie, il est le chef lieu de l'île qui abrite le célèbre cap Nord. La plupart des passagers de l'Express Côtier ont choisi de s'y rendre, bien sûr. Le bus longe des prairies à l'herbe rase, balayée par les vents et freine régulièrement pour laisser passer les rennes. Seigneurs de ces lieux, ces animaux broutent presque en liberté sur l'île, surveillés par leurs propriétaires, souvent issus du peuple Sami, les « bergers » de Laponie. Au bout du bout, il y a un rocher, du vent, un musée et l'impression de surplomber le bout du monde. Un peu plus à l'Est, il y a la Russie et le port de Mourmansk. Plus au Nord, il y a le pôle. Les yeux sont rêveurs. « On reviendra pour les aurores boréales », murmure une Allemande. L'hiver, en effet, de nombreux touristes empruntent l'Express Côtier pour découvrir le cap Nord sous la neige et sous les lumières des aurores boréales. L'été, c'est le soleil de minuit et la fameuse « lumière du Nord » qui les attirent. « Il y a des visiteurs toute l'année et on adore ça », rit la pétillante guide d'Honningsvag en ramenant le groupe au navire.


(© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)
(© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

(© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)
(© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

(© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)
(© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

br>
(© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)
(© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)


Ce soir, après le régal des yeux, ce sera celui des papilles. Un grand buffet de produits de la mer se dévoile au restaurant avec, comme plat d'honneur, le King Crab, crabe géant, roi des eaux glaciales du Nord.
Une partie des passagers s'apprête à quitter le bord à Kirkenes, le dernier port avant la frontière russe. D'autres vont effectuer le retour au cours duquel ils vont pouvoir découvrir les ports passés de nuit à l'aller. Le petit matin sur Kirkenes est ensoleillé, les panneaux sont en Norvégien et en Russe. La valise est débarquée, on a un peu de mal à laisser notre beau navire noire et rouge. « On repart dans deux heures, nos escales n'attendent pas. Mais de toute façon, vous savez où nous trouver, on est là tous les jours, toute l'année », sourit Aksel. På gjensyn !


(© : HURTIGRUTEN)
(© : HURTIGRUTEN)
 

Hurtigruten