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De l'utilité d'un bâtiment de transport aux Antilles

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De l'utilité d'un bâtiment de transport aux Antilles

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En 2008, il était fortement question de désarmer le bâtiment de transport léger (Batral) Francis Garnier, basé en Martinique. Mais, après de vives protestations au niveau local, le ministère de la Défense avait finalement décidé de le maintenir en service, malgré son âge. S'il date de 1974, le Batral rend en effet de précieux services. Doté d'une plateforme hélicoptère et conçu pour transporter et débarquer sur une plage une compagnie d'intervention de l'armée de Terre (140 hommes et 12 véhicules, y compris des blindés), le Francis Garnier offre des capacités de projection intéressantes. Long de 80 mètres pour un déplacement 1330 tonnes en charge, il dispose d'une rampe avant d'une capacité de 40 tonnes, d'un hangar à véhicules de 168 m2 et d'une plateforme hélicoptère. Son autonomie est de 4500 nautiques à la vitesse de 13 noeuds.

Plageage pour le Francis Garnier (© : MARINE NATIONALE)
Plageage pour le Francis Garnier (© : MARINE NATIONALE)

Plageage pour le Francis Garnier (© : MARINE NATIONALE)
Plageage pour le Francis Garnier (© : MARINE NATIONALE)

Outre sa vocation militaire, ce bateau est, aussi, très régulièrement engagé dans des opérations humanitaires. Ainsi, en 2008, il apporta de l'aide à Haïti, alors frappée par le passage successif des cyclones Ike, Hanna et Gustav. Aujourd'hui encore, le bâtiment est engagé dans une nouvelle opération d'assistance aux populations, toujours à Haïti, mais cette fois après le tremblement de terre du 12 janvier. Arrivé mardi soir à Port-aux-Princes, il a acheminé une soixantaine de militaires avec des engins du génie (3 tractopelles et 2 mini pelleteuses) et des véhicules de transport (camion de maintenance, 2 P4, un 4X4) ; une équipe médicale et une ambulance, 700 tentes et du fret au profit de la Croix Rouge.

Le Francis Garnier à Port-au-Prince(© : MARINE NATIONALE)
Le Francis Garnier à Port-au-Prince(© : MARINE NATIONALE)

L'intérêt d'un moyen naval pré-positionné

Dans le cas du séisme qui a frappé Haïti, l'aide a d'abord pu être apportée par voie aérienne, l'aéroport de la capitale haïtienne étant encore en état de fonctionner après le tremblement de terre. C'est une chance car, très souvent, après une catastrophe naturelle, les infrastructures sont détruites. L'aide ne peut alors être envoyée que par la mer et, lorsque les ports sont inutilisables, les navires spécialement conçus pour les opérations amphibies se révèlent très utiles. Les transports de chalands de débarquement peuvent, ainsi, débarquer leur cargaison par péniches ou hélicoptères, alors que les Batral sont à même de s'échouer volontairement sur une place pour délivrer leur cargaison. De plus, malgré la mise en place de ponts aériens (comme actuellement à Haïti), les capacités d'emport des navires (bien que plus lents) restent très supérieures.

Le Francis Garnier (© : MARINE NATIONALE)
Le Francis Garnier (© : MARINE NATIONALE)

Pré-positionner un navire dans une région comme les Caraïbes présente donc un véritable intérêt, notamment en matière de réactivité d'intervention. Dans les situations d'urgence, le moindre jour de mer gagné est précieux et, dans cette optique, se reposer uniquement sur les moyens disponibles en métropole serait sans doute un pari risqué. Il n'y a qu'à voir le temps de transit du TCD Siroco, lui aussi dépêché à Haïti. Contrairement au Batral, déjà présent dans la région, le Siroco (qui naviguait au large de Dakar au moment de l'alerte) a mis une semaine pour rallier les Antilles, où il s'est arrêté hier pour embarquer du fret avant de rejoindre la zone de la catastrophe.

Le Batral Dumont d'Urville (© : MARINE NATIONALE)
Le Batral Dumont d'Urville (© : MARINE NATIONALE)

La succession encore floue

Avec ses 36 ans de service, bien qu'il soit un peu prolongé, le Francis Garnier ne sera pas éternel, pas plus d'ailleurs que ses sisterships. Comme le Batral antillais, les Dumont d'Urville (1983), Jacques Cartier (1983) et La Grandière (1987) ; basés à La Réunion, en Nouvelle Calédonie et en Polynésie, accusent leur âge. Comme le Garnier, ces bateaux rendent aussi de grands services dans les territoires d'outre-mer où ils sont basés, notamment grâce à leurs capacités de transport. En océan Indien ou dans le Pacifique, ils sont eux aussi amenés à intervenir en cas de catastrophe naturelle et pour le soutien aux populations. Pour l'heure, aucun programme de remplacement n'a été lancé et les réflexions se poursuivent pour trouver un successeur à ces quatre Batral. Les nouvelles unités pourraient être intégrées au projet BATSIMAR (Bâtiment de surveillance et d'intervention maritime), dont les contours demeurent encore flous (notamment sur les différentes classes que ces bateaux remplaceront). Comme leurs missions ne sont pas uniquement militaires, loin s'en faut, le remplacement des Batral pourrait aussi voir le jour au niveau interministériel et s'intégrer à la nouvelle fonction « garde-côtes », rassemblant les moyens de l'action de l'Etat en mer. En fonction d'un besoin identifié, les différentes administrations pourraient alors mutualiser leurs moyens pour financer de nouveaux bâtiments. L'avenir de cette capacité fait, également, partie d'une réflexion menée actuellement sur la réactualisation des moyens déployés outre-mer.

Le Dumont d'Urville (© : DROITS RESERVES)
Le Dumont d'Urville (© : DROITS RESERVES)

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