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De simples canons pour assurer l’autodéfense des BRF ?
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De simples canons pour assurer l’autodéfense des BRF ?

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Alors que l’amélioration des capacités d’autodéfense de ses navires est érigée au rang de priorité par la Marine nationale, on apprend que le dispositif de protection des futurs bâtiments ravitailleurs de forces (BRF) pourrait être plus léger que prévu. Initialement, ces bateaux devaient combiner de l’artillerie télé-opérée, des missiles antimissiles à courte portée et un radar tridimensionnel. Pour l’armement, le couple Narwhal/Simbad RC semblait faire consensus ces dernières années afin de permettre à ces bâtiments de disposer d’une bulle de protection efficace contre un large spectre de menaces aériennes et de surface, allant des attaques asymétriques par embarcations suicides ou drones à la neutralisation de missiles antinavire. Des capacités complémentaires à même de réagir à des situations complexes, en particulier lors des navigations en eaux resserrées, comme les détroits, où les navires sont les plus vulnérables. Or, à ce stade, il semble que les BRF pourraient ne disposer que de deux canons et un simple radar 2D.

La raison de cette nouvelle perspective est budgétaire. Si le Narwhal est considéré comme un bon canon, les marins souhaitent disposer d’un système d’artillerie intermédiaire entre le 20mm et le 76mm qui équipe leurs frégates. Un calibre moyen offre en effet une portée accrue et, en même temps, la possibilité de mieux graduer la réponse face à une menace sur laquelle il subsiste des doutes. Les pièces de 30 à 40mm permettent par exemple d’effectuer plus facilement des tirs de semonce, alors que la portée plus limitée du 20mm oblige très vite à tirer au but et donc à user d’une action létale. La problématique se pose avec d’autant plus d’acuité pour les unités qui ne disposent pas de grosses pièces d’artillerie, comme les patrouilleurs et donc les futurs BRF.

Mais le recours à un système plus puissant est aussi plus cher, avec un coût plus ou moins important selon la solution choisie. Les options sur la table actuellement sont le 40mm Mk4 de Bofors et l’Oerlikon Millennium de 35mm, qui sont deux systèmes existants, ainsi que la version navale du RapidFire (40mm) dont Thales et Nexter espèrent pouvoir lancer le développement à l’occasion du programme BRF. Avec pour tous la perspective de pouvoir ensuite équiper les futurs patrouilleurs français et, éventuellement, d’autres plateformes.

Le problème est donc que le surcoût généré par le choix d’une artillerie de plus fort calibre risque apparemment, dans un cadre budgétaire contraint, de se faire au détriment d’un système surface-air nativement conçu et validé pour la défense antimissile, en l’occurrence le Simbad-RC doté de missiles Mistral 3. Or, le premier besoin exprimé par la Marine nationale pour la protection des BRF réside bien dans une capacité anti-missile tout temps, de jour comme de nuit.

Le sujet est d’autant plus sensible que les BRF seront des unités précieuses puisque c’est sur ces navires que repose la logistique des groupes de combat et donc leur autonomie stratégique. En cas de conflit conventionnel ou asymétrique, les ravitailleurs, qui dans les faits ne peuvent pas toujours être escortés compte tenu du nombre limité de frégates disponibles, sont des cibles de choix. Par conséquent, dans un contexte où les menaces se sont sensiblement accrues ces dernières années, ces bateaux, transportant des milliers de tonnes de combustible et de munitions, seraient particulièrement vulnérables sans système d’autodéfense approprié.

Alors que le choix de l’armement et des senseurs qui équiperont ces bateaux doit être fait d’ici l’été, la construction du premier BRF débutera en 2020 en vue d’une livraison fin 2022. Les trois autres suivront en 2025, 2027 et 2029.

Conçus et réalisés par les Chantiers de l’Atlantique et Naval Group, en coopération avec Fincantieri puisque leur design a été développé à partir du Vulcano italien, les BRF mesureront 194 mètres de long pour une largeur de 27.4 mètres et un déplacement en charge d’environ 31.000 tonnes. Les troisième et quatrième pourront être allongés d'une dizaine de mètres afin de porter leur capacité d'emport en combustible à 16.000 m3 au lieu de 13.000. Une option laissée ouverte si la France opte pour de futurs porte-avions à propulsion classique et non nucléaire comme c’est le cas avec le Charles de Gaulle.

- Voir notre article détaillé sur le programme BRF

 

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