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Décapage des coques : DCNS teste la robotisation à Brest

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Décapage des coques : DCNS teste la robotisation à Brest

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A l'occasion du passage au bassin du porte-hélicoptères Jeanne d'Arc, cet été à Brest, DCNS a utilisé pour la première fois le Dockmaster 3000. Ce robot impressionnant, long de 7 mètres et large de 3 mètres, consiste en une structure mobile d'une quinzaine de tonnes dotée d'un bras télescopique. En bout de flèche, la tête de lavage se pose sur la coque et injecte un puissant jet dont la pression atteint 3000 bars. « Ce matériel permet un important gain de temps par rapport à la technique manuelle de la lance à injection. Il a traité entre 250 et 300 m² de surface par jour, contre 20 à 25 m² pour une personne équipée d'une lance », explique Christian Jaffres, chef du service peinture de DCNS, à Brest. Grâce à l'utilisation du robot, les 5000 m² de coque de la Jeanne d'Arc, pour lesquels il fallait enlever 2 mm de peinture, ont été décapés en 5 semaines, c'est-à-dire le temps aujourd'hui nécessaire pour traiter une frégate, dont la surface est deux fois moins importante.
L'intégralité de la carène n'a, toutefois, pas pu être nettoyée de cette manière, l'appareil ne travaillant que sur des surfaces verticales et planes : « Il ne peut pas traiter les parties arrondies et les endroits où il y a des appendices, soit environ un tiers des oeuvres vives ».

Récupération automatique des déchets

Six personnes munies de lances ont donc été nécessaires pour s'occuper des endroits où le robot ne pouvait intervenir. Malgré tout, le gain de temps reste appréciable et le robot présente d'autres avantages. Il est, notamment, doté d'un système de récupération automatique de l'eau et des déchets de peinture. Envoyés directement dans une cuve de décantation, ces produits sont filtrés au sable, analysés, puis rejetés dans le fond du bassin. Le procédé présente donc un intérêt environnemental certain, bien que le rejet dans la rade des produits de décapage ne soit plus d'actualité depuis longtemps : « Habituellement, nous installons autour du bateau un bassin de rétention, où l'eau sale est pompée pour être envoyée dans les cuves », précise Christian Jaffres. Bien que le dispositif soit maintenu pour recueillir les déchets produits par les personnels travaillant à la lance, le robot permet « une consommation d'eau moindre et un gros gain de temps sur la récupération des déchets ». Autre « plus » du Dockmaster, l'aspiration directe de l'eau pulvérisée sur la coque : « Il y a moins d'oxydation du métal décapé et, par temps sec, on peut donc attendre deux ou trois jours avant de remettre en peinture ».

Manque de matériel adapté aux navires militaires

L'utilisation du robot pour le décapage des coques est un procédé déjà largement usité dans les chantiers de réparation navale civils. Produit par Hammelmann, le Dockmaster 3000 utilisé par DCNS appartient à Doornbost. La société hollandaise, qui dispose de plusieurs matériels de ce type, loue la prestation et les personnels formés à l'utilisation et à la maintenance du robot, transportable en conteneur. Différentes équipes sillonnent ainsi le monde en fonction des besoins en matière de carénage. A quelques kilomètres de la base navale de Brest, Sobrena est déjà un habitué des robots de décapage, qui présentent notamment le gros avantage de pouvoir travailler en 3/8. Le chantier civil l'utilise notamment pour les arrêts techniques des grands navires, comme les méthaniers, dont les surfaces à traiter peuvent atteindre 15 à 20.000 m². Les besoins de DCNS sont toutefois différents : « L'utilisation du robot se fera au coup par coup. Nous avons peu d'unités de la taille de la Jeanne d'Arc à traiter. Généralement, les carènes que nous entretenons ont des surfaces de l'ordre de 1000 m². Même les frégates, avec 2500 m², restent petites, d'autant qu'elles présentent beaucoup d'appendices et de formes arrondies. C'est donc moins rentable, du moins tant qu'il n'existe pas un matériel plus légers et adapté », précise le chef du service peinture de DCNS Brest. En décembre 2006, un test avait été réalisé sur la frégate De Grasse avec un matériel différent, consistant en une tête retenue par des élingues. La tentative n'aurait, néanmoins, pas apporté entière satisfaction. En attendant un matériel approprié, les traditionnelles lances semblent donc avoir encore du pain sur la planche.

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