Histoire Navale
Décès du pilote de Swordfish qui scella le sort du Bismarck

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Décès du pilote de Swordfish qui scella le sort du Bismarck

Histoire Navale

L’aéronavale britannique vient de perdre l’un de ses héros avec le décès du lieutenant commandeur John « Jock » Moffat, qui s’est éteint en décembre à l’âge de 91 ans. Cet ancien pilote de Swordfish est celui qui lança le 26 mai 1941 la torpille qui scella le destin du cuirassé allemand Bismarck. Un coup au but inespéré qui détruisit l’appareil à gouverner du fleuron de la Kriegsmarine et permit à la Home Fleet de le rattraper et de le couler.

L’évènement eut à l’époque un retentissement considérable et constitua un véritable remontant pour le Royaume-Uni, après une série de cuisants revers militaires et les ravages des bombardements de la Luftwaffe pendant la bataille d’Angleterre. Et bien sûr, la destruction du Bismarck permit à la Royal Navy de venger la perte du Hood, envoyé par le fond quelques jours plus tôt par le bâtiment allemand.

 

Peinture illustrant l'attaque des Swordfish contre le Bismarck  (© : ROYAL NAVY)

Peinture illustrant l'attaque des Swordfish contre le Bismarck  (© : ROYAL NAVY) 

La bataille de l’Atlantique

Sur le plan naval, au printemps 1941, la bataille de l’Atlantique fait rage et les sous-marins allemands coulent de nombreux navires, menaçant le ravitaillement des îles britanniques. Mais les U-Boote ne sont pas la seule menace puisque la flotte allemande engage ses principaux bâtiments contre les lignes de communication anglaises. Les croiseurs de bataille Scharnhorst et Gneisenau (235 mètres, 39.000 tonnes, trois tourelles triples de 280mm en artillerie principale) détruisent ainsi 22 navires en Atlantique début 1941 avant de rallier Brest. Et ils sont loin d’avoir la puissance de feu du Bismarck.

 

Le Bismarck (© : BUNDESARCHIV)

Le Bismarck (© : BUNDESARCHIV) 

Le plus gros cuirassé d’Europe

Lancé en février 1939 à Hambourg, en présence d’Hitler, ce cuirassé surclasse tout ce dont dispose la Royal Navy ou encore la flotte française, hors-jeu au moment de sa sortie en Atlantique. Long de 251 mètres, le mastodonte de plus de 50.000 tonnes est équipé de quatre tourelles doubles de 380mm, 12 canons de 150mm et 16 pièces de 105mm, auxquelles des affûts antiaériens plus légers. Capable de dépasser 30 nœuds et de franchir plus de 9000 milles à 16 nœuds, il dispose d’une ceinture blindée de 320mm et deux couches de 50 et 80mm au niveau des ponts. Le bâtiment est armé par un équipage de 2200 marins.

 

Le Bismarck  (© : DR)

Le Bismarck  (© : DR) 

Les convois britanniques en ligne de mire

Au printemps 1941, son sistership, le Tirpitz, mis à l’eau deux mois après son aîné, n’est pas encore totalement achevé et l’équipage poursuit son entrainement. Les deux cuirassés devaient initialement effectuer ensemble la percée vers l’Atlantique mais l’état-major allemand, à ce moment critique de la guerre pour le Royaume-Uni, ne souhaite pas attendre. Il décide donc de tenter la sortie sans le Tirpitz, mais le Bismarck sera néanmoins accompagné du croiseur lourd Prinz Eugen (212 mètres, 18.000 tonnes, quatre tourelles doubles de 203mm et 12 canons de 105mm). A Londres, où l’on a vent de cette opération, c’est la panique. Car si les deux bâtiments parviennent à forcer le passage et, pire, s’ils se joignent aux Scharnhorst et Gneisenau, la marine britannique n’aura aucun moyen de protéger ses convois face à une telle flotte.

Le Sharnhorst (© : DR)

Le Sharnhorst (© : DR) 

Le Prinz Eugen (© : BUNDESARCHIV)

Le Prinz Eugen (© : BUNDESARCHIV) 

 

Tous les moyens aériens et navals disponibles, ainsi que le réseau d’espionnage, sont donc mis en œuvre pour surveiller les deux bâtiments allemands et les surprendre lorsqu’ils tenteront de gagner l’Atlantique. Le 19 mai, ils quittent le port polonais de Gdynia et arrivent deux jours plus tard à Bergen, en Norvège. Profitant d’une mauvaise météo, à même de couvrir ses mouvements et empêchant l’intervention des bombardiers de la Royal Air Force, l’amiral Lutjens, qui commande l’escadre, décide d’appareiller et fonce vers le détroit du Danemark.

Par où passeront les Allemands ?

Les reconnaissances aériennes britanniques permettent de constater que le cuirassé et le croiseur ont quitté leur fjord. Mais on ne sait pas où ils sont et, s’ils tentent bien de rejoindre l’Atlantique, quel passage au nord des îles britanniques ils comptent emprunter.

L’amirauté britannique ordonne au croiseur de bataille Hood et au cuirassé Prince of Wales (tout juste sorti de chantier et avec encore des ouvriers à bord) de rejoindre les croiseurs lourds Suffolk et Norfolk, qui patrouillent dans le détroit du Danemark. Le reste de la Home Fleet se tient prêt depuis sa base écossaise de Scapa Flow, dans l’attente d’informations sur les mouvements des Allemands.

Ceux-ci ont bel et bien choisi la route la plus éloignée des bases britanniques, qui les fait passer au sud du Groenland. Le 23 mai, le Suffolk et le Norfolk établissent le contact grâce à leurs radars et, dissimulés dans la brume, parviennent à suivre le Bismarck et le Prinz Eugen. Ceux-ci s’aperçoivent de leur présence et tentent sans succès de les prendre par surprise. La deux « observateurs » donne les informations nécessaires pour permettre au Hood et au Prince of Wales d’établir la route d’interception qui va les mener le lendemain, à l’aube, jusqu’aux Allemands.

 

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