Marine Marchande

Reportage

Déconstruction : Dans les entrailles du Captain Tsarev

Marine Marchande

Il y a du pain sur la tôle, à bord du Captain Tsarev. Le navire de 153 mètres pour 5500 tonnes n'est pas un lapin de deux semaines. Construit en 1982, il était arrivé en Brest en plutôt bon état. Huit ans plus tard, il fait triste mine. Il flotte encore, ne prend pas l'eau, mais rouille et s'écaille de partout. Pilotée par le groupe Les Recycleurs Bretons, la dépollution a démarré par les curages verts et noirs. Tous les plastiques et les bois sont retirés du navire. Le pompage des 220 tonnes de fioul lourd est actuellement réalisé. En huit ans d'immobilisation, le pétrole de combustion est devenu dur comme du caillou et il a fallu réchauffer la cuve pour le liquéfier à nouveau. Sur les ponts supérieurs, on s'active pour retirer les substances non métalliques.

 

 

Place nette pour la fête

Autour du 4 juillet, la vieille coque devrait être déhalée vers le quai de réparations numéro 4, où les opérations de désamiantage pourront commencer. Les chantiers allemands n'utilisaient plus beaucoup d'amiante, au début des années 80. Les pièces et zones amiantées ne sont pas légion. Mais le travail s'annonce fastidieux, dans la salle des machines, où l'on espère récupérer certaines pièces et en démonter d'autres, avant de laisser la pelleteuse à mâchoires faire son oeuvre et découper le cargo en morceaux. Autour du 10 août, le Tsarev reviendra à son quai de prédilection, avant de rejoindre la forme numéro 1 pour le découpage final. L'ambiance est toujours aussi étrange à bord du Tsarev, comme elle l'était déjà en 2008, d'après ceux qui étaient montés à bord dès son arrivée à Brest.

Pas si abandonnée que cela

Le Captain-Tsarev résonne encore de ses marins que l'on imagine à s'activer en passerelle ou à tuer le temps dans les carrés disproportionnés pour un maigre équipage à 25. La soute avant, où l'on déversait des tonnes de céréales, est vaste comme trois courts de tennis. Des pompes sont actuellement à l'ouvrage pour extirper le mazout des cuves encore pleines. Un peu partout, des inscriptions, des tags, des dessins... Preuve que la coque a bien été squattée durant un certain temps.

Six mois de travail

Une fois débarrassée de son fuel lourd, de ses produits autres que ferreux et de ses résidus d'amiante, la coque sera découpée en morceaux et vendue en France, en Espagne ou en Turquie. Au fur et à mesure de la déconstruction à quai et à flot, il faudra s'assurer de la stabilité du navire. « On espère avoir terminé pour janvier 2017 », résument le patron des Recycleurs Bretons, Pierre Rolland, et celui d'Alzéo, Arnaud Bégoc, chargé de cette déconstruction. Un gros chantier, qui place le Tsarev en tête des plus grands navires de commerce jamais démantelés en France. Les Recycleurs Bretons s'étaient fait la main sur le TK-Bremen, fin 2011-2012. Le cargo échoué sur la plage d'Erdeven, découpé en moins d'un mois, mesurait 35 m de moins pour deux fois moins de tonnage. « On s'est battu pour avoir le Tsarev. C'était important de le déconstruire à Brest », ajoute Pierre Rolland. « Nous avons le personnel pour et l'expérience, même si le cours de l'acier n'est pas au plus haut aujourd'hui ». L'opération, qui soutiendra 20 emplois durant six mois, est une véritable ouverture pour le groupe industriel créé en 2002 (110 salariés aujourd'hui). Des centaines de navires de la Marine nationale attendent leur tour. « Une fois qu'on aura absorbé le Tsarev, on espère continuer sur cette lancée ! ».

Un article de Stéphane Jézéquel, de la rédaction du Télégramme

 

Port de Brest